Suite de la première partie

 

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, malgré une certaine communauté historique de parcours pendant les années d’avant-guerre et la seconde guerre mondiale les pays d’Europe centrale et balte présentent une spécificité marquée de leur photographie.

 

La photographie Tchèque

La Tchécoslovaquie, ancienne Bohême de l’Empire austro-hongrois, petit pays doté d’une solide industrie diversifiée – automobile, aéronautique, armement, photographique … – et riche d’une vieille culture, a connu une histoire complexe. Après la période noire de 1939 à 1945, elle a connu une longue période rouge de 1448 à 1990, avec l’épisode du printemps de Prague.

Les Tchèques ont la particularité de réagir dans l’adversité avec beaucoup d’humour et d’ironie, façon «brave soldat Shveik», ce qui leur a permis de vivre 1968 et l’intervention russe avec peu de victimes et plus tard la partition avec le Slovaquie sans heurt.

Par «période rouge» il faut comprendre:

  • un art officiel, le «réalisme socialiste», au service du peuple, c’est à dire du parti unique au pouvoir, régi par un corpus d’idées déterminé, dans des formes codifiées, généralement conformistes, le plus souvent conservatrices.
  • des organismes d’édition aux mains de l’état.
  • une surveillance pointilleuse de tout ce qui peut être édité, spécialement dans le domaine de l’image.

 

Malgré tout cela la photographie tchèque a offert au monde quelques photographes (ainsi que quelques pellicules et agrandisseurs) dont la renommée a rapidement dépassé les frontières du pays.

 

František Drtikol

est né en1883 à Pribram ( Pibrans, ex-Freiberg en allemand).

Il arrête ses études, leur préférant la peinture et le dessin, son père le fait entrer en apprentissage chez le photographe local, estimant que la peinture n’offre pas suffisamment de sécurité. Pendant ses trois années comme apprenti, Drtikol y acquiert une solide base pratique du métier, mais est surtout cantonné dans les travaux pratiques, développement, retouche, impression des tirages pour les clients.

En 1901 il part à Munich où il entre à l’Ecole d’Etude et d’Application de Photographie. Il s’y distingue rapidement. En 1903-1904, il travaille comme assistant dans divers studios photographiques à en Allemagne et en Bohème. En 1907, après 3 ans de service militaire, il ouvre son studio photographique à Pribram. Il fait des portraits, du paysage, des nus.

En 1910-1911, Drtikol ouvre un studio à Prague. Il devient le portraitiste le plus en vue de la ville et voit défiler dans son studio toutes les personnalités de la capitale ainsi que d’illustres visiteurs étrangers, comme Paul Valéry ou Rabindranath Tagore, poète et philosophe indien.

Après la guerre, pendant laquelle il est mobilisé, il reprend son activité dans son atelier de Prague. En 1924, Drtikol commence à s’intéresser aux philosophies orientales et en1935, il décide d’arrêter la photographie, cède son studio pour se consacrer essentiellement à la peinture, à la méditation, à l’enseignement du bouddhisme et à la traduction de textes religieux indiens et tibétains. En 1945 il enseigne la photographie à L’Ecole d’Etat des Arts graphiques de Prague.

A ses débuts Drtikol travaille dans le style pictorialiste dominant à l’époque. Il est le premier photographe tchèque à produire des nus, dès les années 1907-1910. Au début des années 1920, l’influence du cubisme et du constructivisme est patente dans ses photos.

À partir de 1930, il se consacre à la photo de compositions à base d’éléments de décor et de figurines aux formes étirées, parfois purement abstraites.
En 1935, il liquide son studio et abandonne la photo pour la peinture. Son expression est alors essentiellement symboliste, influencée par le bouddhisme.

Il meurt en 1961 à Prague.

 

Frantisek Drtikol

Frantisek Drtikol

 

Nu-1931

Nu-1931

 

Nu et ombre

Nu et ombre

 

 

Josef Sudek

Né à Kolin en Bohème (Tchéquie actuelle) en 1896. En 1910, à l’âge de quatorze ans, il part à Prague en apprentissage chez un relieur. Il photographie en amateur dès 1913. En 1915, il accomplit son service militaire à Kadan et part ensuite pour le front italien armé de son appareil photographique. Il revient amputé du bras droit à cause d’une grenade, il devient alors photographe après avoir étudié la photographie pendant deux ans à Prague à l’école des arts graphiques en 1922-1923. Sa pension d’invalidité lui laisse la possibilité de se consacrer à la photographie d’art et dans les années 1920 il travaille dans un style pictorialiste.

En 1924, il crée la Société Photographique de Prague. En 1927 il lance son propre studio. Il photographie les mutilés de guerre, la restauration de la Cathédrale Saint Guy de Prague. De 1927 à 1936 il réalise des portraits, des reportages et des paysages pour la maison d’édition pragoise DP, dans les locaux de laquelle il organise sa première exposition personnelle en 1932. En 1933, il prend part à l’exposition La photographie sociale.

Durant la seconde guerre mondiale et après, Sudek photographie des paysages de nuit de Prague, les paysages boisés de Bohème et la fenêtre en verre qui donne sur son jardin – les séries «La fenêtre de mon Atelier» -. Il poursuit en photographiant l’intérieur encombré de son studio – les séries «Labyrinthes» -. À partir de 1940 il travaille avec une chambre 30×40 cm.

En 1954, il obtient le Prix de la ville de Prague et en 1961, le titre d’artiste émérite décerné par le gouvernement tchèque. Il sera exposé à l’Ouest, pour la première fois, en 1974, à la George Eastman House, et publiera 16 ouvrages au cours de sa vie. Appelé le « poète de Prague », Sudek fut une personne timide et solitaire : il n’apparut jamais aux vernissages de ses expositions et peu de gens figurent dans ses photos. Sotheby’s a vendu aux enchères un tirage pigmentaire d’époque (Sans titre -Étude de nature-morte de 1952) pour 300 750 €, record à l’époque, largement battu depuis.

Josef Sudek est mort en 1976 à Prague.

 

Josef Sudek

Josef Sudek

 

Chaise

Chaise

 

Nature morte avec pain et œuf

Nature morte avec pain et œuf

 

Autoportrait

Autoportrait

 

 

Josef Koudelka

Né en 1938 à Boskovice en Moravie (partie est de la Tchéquie). Un ami de son père, un boulanger, l’initie à la photographie et Josef Koudelka commence à photographier sa famille et ses amis. De 1956 à 1961 il poursuit des études à l’Université technique de Prague. Il rencontre un photographe et critique, qui l’encourage à exposer ses images. Il réalise sa première exposition au théâtre Semafor à Prague et rencontre Anna Farova, spécialiste d’histoire de l’art et critique, qui devient son amie et sa collaboratrice.

Ses premières images témoignent d’une vie de bohème, menée en parallèle à sa vie d’ingénieur aéronautique. Il suit la vie des Gitans en Tchécoslovaquie jusqu’en 1970. Il photographie beaucoup et participe à des représentations théâtrales. Il devient membre de l’Union des Artistes Tchécoslovaques.

En 1966, il publie un livre sur le spectacle «Ubu Roi». L’année suivante, il abandonne l’aéronautique et se consacre pleinement à la photographie… La même année, il expose ses photographies sur les gitans. Puis, il part photographier les gitans de Roumanie.

En août 1968, il photographie l’invasion des troupes russes, bulgares, est-allemandes, polonaises, hongroises du Pacte de Varsovie qui mettent brutalement fin à l’expérience du «printemps de Prague» dans les rues de la capitale tchèque. Ses photos sont d’abord publiées anonymement aux Etats-Unis. Il reçoit le prix Robert Capa pour ces images, qui deviendront vite cultes.

En 1970, il quitte la Tchécoslovaquie, devient apatride. Il s’installe en Angleterre jusqu’en 1979. Il continue son travail sur les Gitans et diverses coutumes des pays d’Europe, en quête d’instants de liberté.  En 1974, il devient membre de l’agence magnum et se lie d’amitié avec Henri Cartier-Bresson.

En 1975, il fait sa première exposition personnelle au MoMA de New York. En 1984, une importante exposition personnelle lui est consacrée à la Hayward Gallery de Londres, où, pour la première fois depuis 16 ans, ses photos de l’invasion de 1968 sont publiées sous son nom.

En 1986, il commence à utiliser un appareil panoramique et est participant à la mission photographique de la Délégation interministérielle à l’Aménagement du Territoire et à l’Attractivité Régionale, pour photographier la France. En 1987, il est naturalisé français. En 1990, après la Révolution de velours, il retourne à Prague, où ses photos sont enfin publiées.

 

Josef Koudelka

Josef Koudelka

 

jeune Gitan avant la fête

jeune Gitan avant la fête

 

Prague - août 1968 -1

Prague – août 1968 -1

 

Prague - août 1968-2

Prague – août 1968 – 2

 

 

Jan Saudek

Né 1935 à Prague, en Tchécoslovaquie.

Son père était juif et sa famille a été persécutée par les Nazis. La plupart des membres de sa famille sont morts au camp de Theresienstadt, mais son frère Kaja a survécu, il est devenu l’auteur de bande dessinée le plus célèbre de son pays. En 1950 Saudek commence à travailler chez un imprimeur, et après son service militaire il se consacre à la photographie. En 1969 il voyage aux États-Unis et est encouragé dans son travail par Hugh Edwards.

L’art de Jan Saudek est assez unique en son genre. Mais il est cependant empreint de certaines influences dont celle d’Alfons Mucha (1860-1939), important peintre tchèque qui fut le premier à utiliser la photographie comme esquisse pour ses affiches, tableaux et dessins. Jan Saudek a aussi beaucoup d’affinités en matière photographique avec un grand de la photographie tchèque : Frantisek Drtikol, avec lequel il partage l’obsession du nu féminin.

La photographie de Jan Saudek est pleine d’adolescents couchés par terre dans des poses d’abandon, de jeunes pères tenant leurs bébés sur leurs torses. Et surtout, de nombreuses femmes opulentes, rondes, charnelles. Les modèles sont maquillés, costumés, arrangés, et les vêtements sont choisis hors de tout contexte. Les personnages sont souvent habillés sur une photo, et déshabillés sur une autre. C’est principalement ce thème qui revient dans les photographies de Jan Saudek : l’opposition entre le nu et l’habillé. Saudek photographie également des femmes habillées (rondes) dans des scènes de la vie courante, et ensuite dans les mêmes poses, mais nues.

Ses photographies sont coloriées à la main : il accentue le maquillage de ses modèles, fait ressortir tel ou tel trait physique, par exemple les veines qu’il colorie en vert. Ces couleurs accentuent l’aspect artificiel de ses photographies. Il vivait dans un studio au sous-sol d’un bâtiment, studio qui possédait une fenêtre dont il s’inspirait beaucoup.

 

Jan Saudek

Jan Saudek

 

Nu

Nu

 

Nu au bébé

Nu au bébé

 

 

La photographie Hongroise

La Hongrie, associée au pouvoir à l’époque de l’Empire austro-hongrois, a connu après son effondrement une éphémère République des conseils assez sauvagement réprimée.

Cet épisode a fortement effrayé une partie de la société hongroise qui ne sera pas étrangère à une montée néo-fasciste antisémite, antérieure à celle du nazisme en Allemagne. Cette situation a conduit à un exode de nombreux créateurs, dont des photographes, vers l’Allemagne d’abord, puis avec la montée des nazis, vers la France, puis vers les Etats-Unis. Certains d’entre eux deviendront célèbres, sans que l’on sache forcément qu’ils étaient hongrois. Brassaï (cf article sur les photographes français), Kertesz, Capa, L. Mogoly-Nagy… Ils sont tous hongrois !

 

André Kertész

C’est en 1894 que nait, à Budapest, Andor Kertész. Fils d’un libraire juif aisé, il rêve très tôt de devenir photographe. Mais en 1908, la mort de son père fait qu’il doit travailler comme employé à la bourse de Budapest de 1912 à 1914. Il achète son premier appareil photo en 1913, un ICA 4,5/6.

En 1914, il est incorporé dans l’armée austro-hongroise, où il fait beaucoup de photos. Il publie ses premières photos et se fait remarquer. La plupart de ses plaques et de ses négatifs sont détruits pendant la révolution de 1918. En 1923, il émigre à Paris. Il francise son prénom. Il fréquente les milieux littéraires et rencontre Colette, Mondrian…

De 1925 à 1935, il vit de la vente des ses tirages et collabore avec diverses revues. En 1928, il aide Brassaï dans ses débuts photographiques et s’achète un Leica. Il en sera le premier utilisateur professionnel. Il réalise un premier reportage pour VU. En 1932, il réalise un premier reportage pour le galiériste new-yorkais Julien Levy qui expose les surréalistes, et des photographes comme Atget, Man Ray, Alfred Stieglitz ou Walker Evans, mais aussi Picasso, Max Ernst, Marcel Duchamp, Giacometti…

En 1933, il réalise la série «Distorsions», qui sera marquante dans l’histoire de la photographie, et qu’il reprendra en 1984 lors d’un séjour à Paris. En 1936, alors qu’il est parti à New York pour un contrat avec Keystone, sa femme et lui décident d’y rester provisoirement, vu la montée du nazisme et de l’antisémitisme en Europe. En 1944, ils prennent la nationalité américaine.

Après la guerre, il revient de plus en plus souvent en France. Il n’arrive pas à assimiler l’anglais et à s’adapter au mode commercial de fonctionnement du marché de la photo, ni au style photographique américain.

En 1963, après la mort de sa femme, et après des problèmes avec ses Distorsions, exposées recadrées, pour supprimer les parties déformées qui choquent le public, il met fin à tous ses contrats et cesse de photographier. En 1982, il lègue tout son fond photographique à l’état français. Il s’est lié d’amitié avec de nombreux participants des rencontres internationales de la photographie d’Arles.

Il décède en 1984 à New-York.

Méconnu dans le grand public, Kertesz a exercé une influence internationale immense dans le monde de la photographie. Ses distorsions, qui ont fait couler beaucoup d’encre, n’ont pas forcément joué le rôle le plus marquant dans cette influence.

 

André Kertesz

André Kertesz

 

Village (Hongrie)

Village

 

Ombres portées - Paris - 1933

Ombres portées – Paris – 1933

 

Meudon

Meudon

 

Perspective

Perspective Pont de Arts Paris

 

Distorsion-2

Distorsion

 

 

Laszló Moholy-Nagy

László Weisz nait en 1895 à Bacsborsod en Hongrie, non loin de la frontière avec la Serbie. Il est issu d’une famille juive hongroise. Abandonnés par leur père, Laszlo et ses frères sont recueillis par leur grand-père Gusztav Nagy, à Mohol, puis à Szeged. En 1910 il adopte ses petit-fils qui prennent alors son patronyme.

A Szeged, Laslo collabore au journal local. Après son bac, il commence des études de droit à Budapest. Quand éclate la guerre, il s’engage dans l’armée austro-hongroise. Il est blessé en 1917. A la fin de la guerre, il se consacre à la peinture. En 1919, il part pour Vienne, où il ajoute à son nom Mohol. En 1920 à Berlin, il découvre le constructivisme et le suprématisme grâce aux œuvres de Malevitch. Il rencontre la photographe Lucia Schûtlz qu’il épouse. En 1923, il est invité par Walter Gropius au Bauhaus à Weimar. Là il travaille sur les photogrammes, photos sans appareil, sorte de planches-contact avec des objets. Il collabore avec Man Ray sur ces photogrammes.

En 1933, il quitte l’Allemagne, pour les Pays-Bas, puis l’Angleterre et enfin les Etats-Unis en 1937 où il va diriger le New Bauhaus de Chicago. A sa fermeture en 1938, il fonde sa propre Ecole de Design, qui devient Institut de Design en 1944, date à laquelle il obtient la nationalité américaine.

Il décède en 1946 à Chicago.

Moholy-Nagy a laissé une trace persistante dans les mondes entrelacés de la peinture, le design, l’architecture et la photographie, bien qu’il n’ait pas été, stricto sensu, un photographe.

 

Laslo Moholy-Nagy

Laslo Moholy-Nagy

 

Photogramme

Photogramme

 

 

La photographie des pays baltes : Lituanie, Lettonie et Estonie

Le choix de parler des photographes des pays baltes en les groupant avec leurs voisins des bords de la Baltique leur fera certainement très plaisir, à la différence de leurs anciens «frères et compatriotes» russes.

Ces pays, souvent cités ensemble, sont en réalité assez différents, leurs langues en particulier: l’estonien est proche du finnois, le letton et le lituanien sont des langues indo-européennes, la Lituanie est catholique comme la Pologne, la Lettonie et l’Estonie sont protestantes et de culture plutôt germanique. Mais ces trois pays sont tombés en même temps sous la coupe de l’URSS de Staline en 1939, et n’en sont sortis qu’en 1991.

Avant 1939 c’étaient des pays de culture démocratique et nationale, voire nationaliste, que 50 années de pouvoir soviétique n’ont jamais réussi à gommer. La photographie des pays baltes est une sorte de mélange de traits que l’on retrouve dans la photo du pourtour de la Baltique et de la Russie, avec une présence forte du N&B et une présence toute aussi forte du portrait et la proximité constante avec la nature. La photographie occupe depuis longtemps une place importante dans la culture de la Lituanie et de la Lettonie. A l’époque soviétique les photographies lituanienne et lettone ont exercé une influence évidente sur la photographie russe. A mesure que l’on remonte vers le nord, l’évolution géographique et photographique se rapproche de la Finlande.

 

 

Rimantas Dichavitchius (Lituanie)

Est né en 1937. Après l’annexion de la Lituanie par l’URSS, il est déporté avec sa famille en Sibérie. En 1963 il termine l’Institut d’Art de la république de Lituanie. Il s’occupe alors de l’édition de livres et de magazines, de graphisme publicitaire. Il illustre quelques 200 ouvrages.

En 1987 sort son premier album d’auteur «Fleurs parmi les fleurs» qui est présenté à la Foire Internationale du Livre à Moscou. C’est le premier album de nus jamais édité officiellement en URSS. Initialement tiré à 5000 exemplaires, il sera réédité  4 fois. Une exposition de photographies tirées de l’album est organisée à la maison Centrale des Journalistes à Moscou, elle voit passer plus de 20 000 visiteurs par jour !

Il devient un personnage marquant de la culture dans sa république et en profite pour promouvoir d’autres artistes, photographes ou non. Edite une revue « L’Art balte».

En 2005, il publie un album sur l’Ossétie du Nord – Alanie, petit territoire du Caucase du nord, disputé à la Géorgie par les Russes sous couvert d’«indépendantistes». A exposé dans de nombreuses villes de Russie, des Etats-Unis et d’Europe.

 

Rimantas Dichavitchius

Rimantas Dichavitchius

 

Nu-1

Nu-1

Portrait

Portrait

 

Nu - 2

Nu – 2

 

Antanas Sutkus (Lituanie)

Est né en 1939 à Kluonishkiaï, près de Kaunas. Il est un des fondateurs de la Société des Arts Photographique de Lituanie, dont il est devenu président.

En 1965 Sutkus a rencontré Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir en visite en Lituanie, sa photo de Sartre, arpentant les sables de Nida a été considérée à l’époque comme un des meilleurs clichés du philosophe.

En 1976, il a commencé une série de photos intitulée «Le peuple de Lituanie» qui s’attache à montrer les changement dans la vie des gens ordinaires dans leur vie quotidienne, en opposition avec la photographie officielle soviétique des citoyens modèles et des travailleurs de choc.

La renommée de son travail en 24×36 au 20mm en N&B avait largement débordé les frontières de son pays et influencé toute la photographie russe soviétique. Après l’indépendance Sutkus est décoré  par la Lituanie de l’Ordre du Grand Duc Gediminas, sorte de Légion d’Honneur et d’Ordre du Mérite cumulés.

Son travail est maintenant internationalement reconnu.

 

Antanas Sutkus

Antanas Sutkus

 

Pionniers

Pionniers

 

Jean-Paul Sartre en Lituanie en 1964

Jean-Paul Sartre en Lituanie en 1964

 

Dernier été - 1968

Dernier été – 1968

 

 

Egons Spuris (Lettonie)

Il est né en 1931. En 1962, il fonde le photoclub de Riga. En 1970 il commence la série «Riga, Les arrondissements prolétaires. Fin XIX-début XX.» Une série de 7500 négatifs dont une centaine d’épreuves sont tirées.  En 1973 il fonde une autre structure: le photoclub d’Ogre, une ville située au centre de la Lituanie. Ce photoclub «Ogre» devient un laboratoire de recherches auxquelles participent Inta Ruka, et Andreis Grants.

Spuris a intégré les recherches de la «nouvelle objectivité» de l’époque de la République de Weimar, les compositions et les angles inhabituels du Hongrois Kertesz, le documentarisme subjectif de l’Américain Walker Evans dans un ensemble synthétique qui lui est propre. Il exerce sur la photographie balte et soviétique un influence fondamentale. Tous les photographes qui viennent après « sortent du manteau de Spuris », comme les peintres du XXe siècle «sortent du manteau de Cézanne» (citation de Picasso).

Spuris a reçu de la Fédération Internationale des Arts Photographiques le titre d’Artiste (AFIAP). Il a été plusieurs fois médaillé par la PSA (Photographic Society of America).

Il est décédé en 1990.

 

Egons Spuris, Alexandre Slioussariev par Andreis Grants

Egons Spuris, Alexandre Slioussariev et son fils par Andreis Grants

 

Portrait de femme

Portrait de femme

 

Portrait - 1968

Portrait – 1968

 

Riga prolétaire (série 1970)

Riga prolétaire (série 1970)

 

Inertie (série 1974)

Inertie (série 1974)

 

Portrait du peintre Laimonis Kupcis

Portrait du peintre Laimonis Kupcis

 

 

Andrejs Grants (Lettonie)

Né en 1955 à Riga, il y fera ses études à l’université, de 1973 à 1978. De 1978 à 1988 travaille au studio Ogre, où il fonde le groupe (informel) «A» avec Inta Ruka photographe et veuve d’Egons Spuris. Influencé par Henri Cartier-Bresson et Robert Franck, le groupe A pratique illustre la vie de la Lettonie soviétique dans un style de reportage fortement teinté d’esprit critique. Il est reconnu internationalement avec «Lettonie: réalité changeante et inchangée» où il photographie ses concitoyens, de toutes origines sociales, professions, générations, dans leur milieu ambiant, ville, campagne, au travail, chez, en groupe ou seuls.

Depuis 1979 il enseigne à la maison de l’Innovation technique de Riga. Il y a acquis une solide réputation pour avoir formé de nombreux photographes, cinéastes et artistes.

Il a reçu le prix Higashikawa au Japon.

 

Andrejs Grants

Andrejs Grants

 

Portrait de famille

Portrait de famille

 

Jeunes en été - 1

Jeunes en été – 1

 

Jeunes en été - 2

Jeunes en été – 2

 

 

Remo Savisaar (Estonie)

C’est à Tartu, la deuxième ville d’Estonie, dans le centre du pays, que naît en 1978 ce jeune photographe. Il est l’un des photographes de la nature les plus renommés en Estonie. Professionnel depuis une dizaine d’années, il a participé à de nombreuses expositions de photos sur la nature. Ses photos ont reçu une reconnaissance internationale. Elles ont été publiées dans diverses revues dont « National Geographic ».

Son blog -pildiblog by Remo Savisaar- a été nommé en 2006 «meilleur photoblog pour les photos d’animaux» par les Photobloggies Awards.

Enfant de la ville, tout jeune il est attiré par la nature. Il décide de quitter la ville et de se rapprocher de la nature, en allant vivre à Tartu Parish, entre Tartu et le lac Peipus. Ses lieux de tournage favoris se situent pour la plupart autour de sa maison.

 

Remo Savissar

Remo Savissar

 

Bouleaux

Bouleaux

 

Renard - portrait

Renard – portrait

 

Querelle de renards

Querelle de renards

 

Jeu de renardeaux

Jeu de renardeaux

 

Martin-pêcheur

Martin-pêcheur

 

Rinhocéros

Rhinocéros

 

Rouge-queue

Rouge-queue

 

 

La photographie Finlandaise

Elle représente bien, elle-aussi, la particularité de l’Europe du nord, dans et hors de l’Europe en même temps. Un des rares non-lieus de passage et brassage sur le continent et pourtant tourné vers celui-ci. Grand territoire mais peu peuplé, voisin du géant russe et pourtant jamais dans un camp, ni dans l’autre. Sa photographie est elle très spécifique; neigeuse, polaire, hiératique, toujours proche de la nature, malgré son côté hostile.

 

Arno Rafael Minkkinen

Minkkinen est né en 1945 à Helsinki. Alors qu’il a 6 ans, sa famille émigre aux USA et s’installe dans le quartier de Brooklyn à New York. En 1963, il entre à l’Université Wagner pour y étudier la philosophie et la religion. Son père meurt brutalement en 1966. Il séjourne en Finlande l’année suivante. Il se marie en 1969.

Il entre dans une agence de publicité au même moment. Il apprend la photographie auprès de Ken Heyman et John Benson. Il fréquente les milieux photographiques et développe sa sensibilité au fur et à mesure de ses rencontres avec des photographes américains connus et de styles différents, des artistes comme Ralph Gibson, Harry Callahan, Aaron Siskin, Minor White ou Lisette Model. Il expose pour la première fois en 1972 dans une galerie de Soho. Il est invité à donner des cours dans une école de design d’Helsinki de 1974 à 1976.

Sa première monographie Frostbite est publiée en 1978 par Morgan & Morgan. La majeure partie des ses travaux sont des «auto-portraits» extrêmement soignés en N&B de parties de son corps intégrées dans des paysages dans des combinaisons improbables mais saisissantes.

 

Arno Minkkinen

Arno Minkkinen

 

Arno Minkkinen -1

Arno Minkkinen -1

 

Arno Minkkinen -2

Arno Minkkinen -2

 

Arno Minkkinen -3

Arno Minkkinen -3

 

 

La photographie Suédoise

Grand pays, géographiquement et industriellement, à l’écart des conflits depuis près de deux siècles, la Suède est connue pour ses automobiles, ses avions, son mobilier, son cinéma, ses Hasselblad, moins pour ses photographes. Ils existent pourtant, souvent tournés vers l’Europe et le monde.

 

Christer Strömholm

Né en 1918 à Stockholm, il a suivi une formation de peintre en Allemagne, en Italie et en France. C’est aux Beaux-Arts de Paris qu’il s’intéresse à la photographie. À partir des années 1950, il enseigne la photographie en Suède.

A partir de 1958 Strömholm séjourne souvent en France où il a acheté une maison dans le Var. En 1962, il fonde avec Tor-Ivan Odulf l’école de photographie de l’Université de Stockholm qui formera près d’un millier d’étudiants dont Anders Petersen qui est le plus célèbre et le plus proche de sa démarche.

En 1965, quand Strömholm présente ses photos lors d’une exposition intitulée « À ma propre mémoire », dans le grand magasin NK (prononcer N-Ko), il provoque un scandale. Sa vision noire du monde fait que les images seront décrochées au bout de trois jours.

Strömholm est peu soucieux de sa médiatisation, il n’acquerra une notoriété internationale qu’à partir des années 1980. Elle sera confirmée en 1986 par une grande rétrospective au musée d’art moderne de Stockholm.

Christer Stromholm a travaillé sur des reportages en Inde, au Japon, en Espagne, en Afrique, aux Etats-Unis. Son travail le plus connu est celui sur les transsexuels de la place Blanche à Paris.

Il est décédé en 2002.

 

Christer Strömholm

Christer Strömholm

 

Nana - 1959

Nana – 1959

 

Nana - portrait - 1959

Nana – portrait – 1959

 

Sabrina - 1967

Sabrina – 1967

 

 

Anders Petersen

Né en 1944 à Solna, non loin de Stockholm, il a été l’élève de Christer Strömholm. Leurs styles ne sont pas étrangers…

En 1985, une de ses photographies a été utilisée pour la couverture de l’album Rain Dogs de Tom Waits. En 2003 il a été élu « Photographe de l’année » aux Rencontres internationales d’Arles. En 2003-2004, Anders Petersen est nommé professeur de photographie à l’école de photographie et de cinéma de Göteborg. Il anime régulièrement des stages et expose en Europe, en Asie et aux États-Unis.

Il vit et travaille à Stockholm.

 

Anders Petersen

Anders Petersen

 

Café Lehmitz - Hambourg - 67-70

Café Lehmitz – Hambourg – 1967-1970

 

Lili and Rose

Lili and Rose

 

Cette présentation n’a évidemment pas la prétention d’être complète. Elle veut simplement donner une idée de la photographie dans cette partie de l’Europe, ouvrir une porte sur un autre monde qui mérite d’être connu, pour notre plus grand bonheur. Nous achèverons ce voyage avec une troisième partie, encore plus à l’Est.