La pratique photographique comporte parfois des difficultés de maîtrise de l’ »ingrédient » essentiel qui est la lumière. Parmi ces difficultés, le contre-jour occupe une place de choix.

Qu’est-ce que le contre-jour ? Comment le maîtriser ou contourner les problèmes qu’il nous pose ? Nous allons tenter de répondre à ces questions. On ne peut pas s’attaquer à un problème si on ne le connaît pas. Apprenons à le connaître !

Le contre-jour est la situation dans laquelle une source lumineuse est présente dans le champ de l’objectif qui sert à la prise de vue. Cette source peut tout aussi bien être le soleil qu’un lampadaire allumé. En tout état de cause, pour pouvoir parler de contre-jour, il faut que cette source de lumière soit plus importante en intensité que la moyenne dans la scène que l’on souhaite photographier.

Dans cet article, nous nous pencherons surtout sur la lumière du soleil, les autres sources pouvant être plus facilement contrôlées.

 

 

Quelles sont les difficultés qui en résultent ?

La photographie est l’art « d’écrire avec la lumière ». Écrire signifie aussi que l’on souhaite être « lu ». Or il s’avère que la présence d’une forte source lumineuse a la fâcheuse tendance à rendre cette lecture difficile. En effet, certains éléments de l’image seront trop fortement éclairés, tandis que d’autres risquent d’être fondus dans une pénombre sans détails.

 

 

Autrefois, en argentique

Aux débuts de la photo, les paramètres d’exposition (ouverture, vitesse, sensibilité) étaient réglés empiriquement par le photographe. C’est son expérience qui, complétée par des tables de correspondances, lui permettait de déterminer les bons réglages selon les situations rencontrées.

Puis, bien plus tard, furent inventés, des appareils munis de cellules au sélénium. Pour ceux qui en étaient dépourvus, l’utilisation de posemètres indépendants dotés de telles cellules permettait de mesurer la lumière. C’était le cas, par exemple, du Leica IIIf de 1950. À quoi servaient ces dispositifs ? Tout simplement à permettre de déterminer les paramètres de l’exposition. Ces posemètres fonctionnaient sur le principe de cellules photovoltaïques. Aujourd’hui d’autres semi-conducteurs sont utilisés, notamment le silicium, puis les polymères.

Dans ces « appareils », l’énergie des rayonnements lumineux captés par ces cellules était transformée en énergie électrique. Et c’est cette énergie qui permettait de commander les réglages du diaphragme (ouverture) et de l’obturateur (vitesse). Le principe avait été observé dès 1840 par les chimistes Antoine et Edmond Becquerel. De nombreuses évolutions virent le jour au cours des décennies suivantes. Les premiers posemètres pour la photo apparurent en 1914. Mais ce n’est réellement qu’au début des années 1950 que le principe fut « industrialisé ».

 

 

Aujourd’hui, en numérique

De nos jours, les appareils photo numériques sont tous équipés de cellules capables de « lire » avec précision la quantité de lumière qui entre par l’objectif pour aller « frapper » le capteur. Pour autant, doit-on leur faire confiance ? Oui, mais pas une confiance aveugle ! Je me souviens d’une phrase souvent prononcée par un de mes professeurs d’informatique : « La confiance n’exclut pas le contrôle ! ». Ce qui était (et reste) vrai en informatique l’est tout autant en photo ! Nous ne pouvons que vous inviter à moduler et à contrôler la confiance que vous pouvez avoir dans la technologie.

Comment ? C’est ce que nous allons voir !

 

 

Comment photographier en contre-jour ?

Il vous est probablement très souvent arrivé de faire des photos avec le soleil en face de vous, non ? Ne nous dites pas que vous êtes de ces personnes qui, systématiquement, exigent que la source lumineuse soit située derrière elles ? Si c’est le cas, alors vous avez souvent photographié votre ombre, en plus du sujet que vous visiez. Et il est alors probable que le résultat ne vous satisfait pas. C’est normal : dans une telle situation, les images obtenues sont souvent plates, dénuées de relief, ou au contraire trop violemment contrastées.

Car, en effet, c’est avec la lumière que vous donnerez du relief à une image. Mais il faudra gérer correctement cette lumière : l’endroit d’où elle vient, ce qu’elle doit éclairer, son intensité (autant que faire se peut, bien sûr !). Et n’oubliez pas que l’œil humain est bien plus performant que les capteurs d’APN. Il voit davantage de contraste et s’adapte mieux aux différences de luminosité.

Rue de Paris

 

 

Gérer l’intensité de la source de lumière

Ce n’est sans doute pas le plus facile s’il s’agit du soleil. Si le ciel est complètement dégagé, cela compliquera d’autant plus les choses. Dès lors, comment faire ?

Dans le cas d’un ciel sans nuage, il faudra essayer d’utiliser tous les moyens pour atténuer la source lumineuse : un arbre, un bâtiment, toute chose qui peuvent s’interposer entre le soleil et l’objectif. Selon le cas, peut-être pourrez-vous aussi changer l’angle de prise de vue. Sinon, à supposer même que vous ayez su calculer une exposition correcte dans ces conditions, il est très probable que la source lumineuse provoquera ce que l’on appelle du « flare » sur vos images.

 

 

Le flare

Ce sont des aberrations lumineuses provoquées par le cheminement de la lumière à l’intérieur des objectifs. Cela se traduit par des taches ou des traînées colorées sans rapport avec le sujet photographié. Les traitements multicouches modernes des lentilles les rendent parfois moins perceptibles que par le passé, mais, selon les conditions de la prise de vue, ces aberrations ne sont pas toujours très bien contenues. L’utilisation du pare-soleil peut atténuer voire supprimer le risque de flare.

Contre-jour : flare et aberrations chromatiques

 

 

Les aberrations chromatiques

Un autre inconvénient de ces prises de vue en contre-jour, ce sont les aberrations chromatiques : des franges de couleur, magenta ou vertes le plus souvent, qui bordent certains éléments de l’image. On peut certes les faire disparaître, au moins partiellement, en Post-Traitement, mais on s’évite du travail en les évitant à la prise de vue.

Contre-jour : flare et aberrations chromatiques

 

Autre rue de Paris. Remarquez les A.C. sur les balcons

 

 

Quelques artifices

Si l’on ne parvient pas à « masquer » par des moyens naturels une partie de la lumière, alors il faudra utiliser des moyens artificiels. À commencer, par exemple, par des diffuseurs à interposer entre la source lumineuse et l’objectif. Vous pouvez les placer soit derrière le sujet, pour atténuer la lumière venant de l’arrière, soit devant, pour au contraire renvoyer une partie de la lumière vers le sujet. Faites confiance à votre imagination : une pièce de tissu peut suffire. Tout dépend bien entendu des circonstances. Et aussi du sujet que vous photographiez. Il n’est pas question de supprimer le contre-jour, mais seulement de « faire avec », ce qui est très différent.

Et cela ne donne pas non plus les mêmes images. Si vous vous en tenez à cette façon de faire, il faudra veiller que le sujet photographié, mais éclairé « par l’arrière », ne manque pas de détails. Pour cela, il faudra « faire la lumière » (c’est-à-dire la mesurer) sur une zone que l’on souhaite voir correctement exposée, même si l’arrière-plan se trouve alors surexposé. Tout est question d’équilibre. Mais chacun sait que souvent l’équilibre est instable et que, par conséquent, il pourra être nécessaire de shooter plusieurs fois le même sujet avec des réglages différents. Ou alors, il faudra chercher cet équilibre dans une séance sérieuse de Post-Traitement. Nous verrons plus loin que l’utilisation d’un flash pourra également vous aider.

L'exposition a été mesurée sur les hautes lumières : le cygne est sous-exposé

L’exposition a été mesurée sur les hautes lumières : le cygne est sous-exposé

 

L’exposition a été mesurée sur le cygne : la partie gauche de l’image est surexposée.

 

 

Les fonctionnalités de votre APN

 

Le bracketing d’exposition

Un autre moyen de gérer le contre-jour consiste à utiliser le « bracketing » d’exposition. De quoi s’agit-il ?

Cette fonctionnalité existe sur la plupart des boîtiers reflex. Par exemple, sur les Pentax K-5IIs, K-3 et K-1 (mais sur d’autres aussi), il est possible de demander à l’appareil de faire 2, 3 ou 5 images consécutives avec, entre chaque prise de vue, un écart d’IL (donc d’exposition) qui peut être réglé par l’utilisateur. Ainsi, ce dernier obtiendra 2, 3 ou 5 images exposées différemment, selon ce qu’il aura choisi.

La fonctionnalité s’obtient, sur les boîtiers cités, en pressant le bouton supérieur du « trèfle », à l’arrière du boîtier, et en déplaçant la sélection, au moyen du bouton droit dudit trèfle, vers la fonction « bracketing ». Le réglage du nombre de déclenchements s’obtient au moyen de la molette avant. Le réglage de l’écart d’exposition varie selon les boîtiers.

Pour la mettre en œuvre, sans changer l’angle de prise de vue, il est recommandé (mais pas obligatoire) de fixer l’appareil sur un trépied ou de le poser sur un support stable. Ainsi, les images ne varieront que par leur exposition.

 

Le HDR

La fonctionnalité HDR de votre APN peut aussi être utilisée ? Nous n’en sommes pas de chauds partisans et, à notre avis, elle est à utiliser avec parcimonie. Mais parfois, cela peut permettre d’obtenir un équilibre d’exposition. À tester selon les situations.

 

 

D’autres conseils

 

Sur l’exposition

Tout est lié, en photographie. Nos APN offrent tout ce qui est nécessaire pour réaliser de très bonnes prises de vues. Il nous appartient à nous, utilisateurs, d’apprendre à nous en servir.

Les différents articles que PentaxKlub a produits concernant l’exposition, gardent ici toute leur valeur. Nous vous invitons à les lire ou à les relire : vous y trouverez tout ce qu’il est nécessaire de savoir pour « faire la lumière » là où « l’on fait le point ». C’est essentiel pour photographier en contre-jour.

 

 

Sur l’histogramme

De la même manière, l’utilisation de l’histogramme, sujet également traité par PentaxKlub, peut vous permettre de corriger une exposition initiale erronée ou inadaptée au sujet.

 

 

Sur le format RAW

Photographier en RAW est aussi hautement recommandable, pour plusieurs raisons. Dans le cas qui nous préoccupe, il permettra, si nécessaire, en Post-Traitement de corriger, efficacement mais sans destruction, de trop fortes sur ou sous-expositions. Attention toutefois : on ne peut pas toujours TOUT corriger ! On estime généralement qu’en RAW on peut corriger environ 2IL. Les chiffres peut apparaître modeste, voire anecdotique, mais lorsque l’on sait que la plage utile d’un APN s’étend sur environ 12 à 14 IL, les 2IL ne sont alors plus du tout négligeables !

Il ne faut pas non plus oublier que si l’on arrive assez bien à compenser les sous-expositions, il en va différemment pour les fortes surexpositions : quand c’est cramé, c’est cramé, RIEN n’est alors récupérable.

 

 

Ce qu’il faut éviter à tout prix

 

Le mode « vert »

Ce qu’il est absolument nécessaire d’éviter, c’est la confiance absolue dans les automatismes de votre APN. Le « mode vert » des Pentax peut être une bénédiction pour les débutants : dans 90% des cas, il permet d’obtenir des images correctes. Mais le contre-jour fait partie des 10% restant, et le mode vert ne vous permettra pas de le dominer. Ce mode ne laisse en effet à l’utilisateur aucun des choix « pointus » nécessaires pour réussir un contre-jour.

 

La mesure « SPOT »

Contrairement à d’autres, nous ne conseillerons pas, non plus, aux débutants, le choix de la mesure de lumière « spot ». Ce mode de mesure est, dans certains cas, utile pour favoriser l’éclairage d’une zone particulière de l’image. Mais cela se fait au détriment du reste de l’image qui risque donc, selon ce qui a été choisi, d’être très fortement surexposé ou sous-exposé. À la moindre erreur de zone, le résultat risque d’être très éloigné des espérances.

Ce mode « spot » est donc très loin d’être adapté à tous les cas de contre-jour où un équilibre de lumière est recherché. Il requiert par conséquent une bonne expérience, condition sine qua non pour ne pas « bousiller » une prise de vue. Si vous possédez cette expérience, alors cela devient un moyen efficace pour obtenir l’exposition souhaitée, en tous cas sur la partie du sujet qui le nécessite. Pour les débutants, il est préférable, de notre point de vue, d’opérer en mesure matricielle à prépondérance centrale en jouant sur la correction d’exposition.

 

 

Quelques pratiques spécifiques

Le portrait en contre-jour

C’est, à n’en pas douter, une pratique extrêmement répandue. Elle permet d’adoucir les contrastes sur le sujet. Mais le risque est aussi la sous-exposition là où il est important d’avoir une bonne luminosité. Un autre risque, ce sont les transparences vestimentaires malheureuses ou indésirables ! Prenez-y garde avant que votre modèle ne vous le reproche !

 

 

Les réflecteurs

L’utilisation de réflecteurs, comme il est dit ci-avant, est évidemment une solution possible, en renvoyant vers le sujet une partie de la lumière venant de l’arrière (l’arrière du sujet, pas l’arrière du photographe !). Mais ce qui est possible dans le cas d’un sujet unique l’est beaucoup moins s’il s’agit de photographier un groupe même peu important : il faudrait de trop grands réflecteurs !

En pareille situation, l’utilisation d’un flash permet de résoudre le problème. Attention toutefois : il ne s’agit pas de « balancer » un éclair direct à pleine puissance, surtout si l’on fait le portrait d’une personne seule. L’effet « fromage blanc » obtenu serait pire qu’une sous-exposition.

Il faudra alors, utiliser un réflecteur SUR LE FLASH. La lumière émise en sera adoucie et bien mieux répartie.

 

 

Moduler pour modeler

Diminuer la puissance de l’éclair – éventuellement en combinaison avec un réflecteur – peut aussi permettre de mieux modeler la lumière.

Et, si ce n’est pas possible, peut-être pourrez-vous attendre une heure plus favorable pour votre prise de vue ? Un moment où la lumière du soleil est moins violente (début et fin de journée), et, par conséquent, où le contre-jour est moins violent aussi ! Parce que vous savez bien que les heures de plus forte luminosité ne sont généralement pas celles où l’on réussit les meilleures images.

Pour les portraits en contre-jour, le plus important est de bien équilibrer l’éclairage. Il faut donc correctement exposer les hautes lumières, quitte à manquer de détails – à la prise de vue – dans les ombres : il sera temps de rectifier ce point en Post-Traitement.

 

 

Le paysage en contre-jour

Dans cette situation, l’exposition du premier plan ne pose généralement pas de gros problème. Il importe donc d’équilibrer la lumière, sans les accessoires cités plus haut. Le flash est bien sûr complètement inutile dans la plupart des cas. La seule exception serait la présence d’un objet à faible distance que l’on souhaiterait exposer correctement. Mais c’est un cas vraiment exceptionnel et on serait fondé à se demander quel est alors le sujet principal : l’objet ou le paysage ?

 

 

La macro en contre-jour

Ce cas est probablement l’un des plus difficiles à résoudre. En effet, en macro, les distances de mise au point sont faibles, voire extrêmement faibles. La difficulté réside dans l’éclairage correct du sujet. S’il est en contre-jour, alors se pose la question de savoir comment l’exposer de façon à ce qu’il soit lisible. Les réflecteurs sont évidemment possibles, surtout pour des sujets peu farouches (quelques insectes ou larves d’insectes ?) ou inertes (végétaux, petits objets). Mais pour les sujets craintifs et prompts à déguerpir au moindre mouvement, ce n’est plus du tout la même affaire.

 

 

Utiliser le flash ?

En macro, la proximité du sujet avec la lentille frontale interdira la plupart du temps l’utilisation du flash intégré ou d’un flash sur sabot de l’appareil. Reste alors la solution de flashes déportés, de part et d’autre du sujet, déclenchés à l’aide de dispositifs radio. Cela suppose que l’on ait pu au préalable prévoir : la direction de la lumière provoquant le contre-jour, la disposition du matériel d’éclairage d’appoint ou des réflecteurs. Autant dire que ces conditions sont rarement rencontrées sur le terrain. On ne pourrait en bénéficier facilement qu’en studio ce qui, de notre point de vue, n’est pas le côté le plus excitant de la pratique macro.

 

 

Le Noir & Blanc

Pour terminer, avez-vous remarqué que le contre-jour en noir et blanc est du plus bel effet ? Il crée des ombres chinoises intéressantes là où la couleur donne souvent l’impression d’une image ratée. Essayez dès la prise de vue, par exemple en configurant pour le noir et blanc un mode « User ». Si vous shootez en mode « RAW+ » c’est-à-dire RAW+JPG, vous verrez tout de suite le résultat sur l’écran de votre APN. Bien entendu, le RAW contiendra toutes les informations (en couleur) : vous pourrez ainsi apprécier les différences.

Un corbeau en contre-jour

 

Vapeurs en contre-jour

 

Dans ce domaine du contre-jour, comme dans d’autres domaines photographiques, la réussite se trouve dans l’envie du photographe à sortir des sentiers battus, à oser braver les sacro-saints principes et, ainsi, acquérir l’expérience qui autorise à aller toujours plus loin.

 

Crédit photo : © Micaz