Photographier la nature morte

Non, ce n’est pas un sujet sur la nature morte telle que Pentaxklub l’a déjà traité en 2017. Ce n’est pas du tout de ce genre pictural et photographique qu’il va être question ici. Quoi alors ? Eh bien il s’agit de la nature morte au sens propre – enfin, si l’on peut dire ! – telle qu’on peut la voir autour de nous. Si l’on y prête un tant soit peu attention, on peut y trouver de nombreux sujets à photographier. Et, bien souvent, des sujets inattendus ou auxquels on ne pense pas spontanément. La nature morte, on va le voir, n’est pas morte « pour la vie » et encore moins pour la photo.

Le but de cet article n’est pas de faire une exposition bien léchée de photos de nature morte, mais plutôt de donner aux lecteurs des idées de sujets différents de ceux qu’ils pratiquent le plus souvent.

Qu’entend-on par ces mots « la nature morte »

Tout simplement tout ce qui, dans la nature, a l’apparence d’une absence de vie. C’est extrêmement varié, allant du monde végétal au monde animal. On peut aussi y inclure – hélas – tout ce dont l’humain se débarrasse sans vergogne. Font partie de cette catégorie, les objets usagés de toutes sortes qui, au lieu de rejoindre les points de collecte et/ou de recyclage, ont lâchement été abandonnées dans la nature. C’est sans aucun doute un premier « coup de gueule » qu’il faut pousser ici. On ne devrait pas trouver ce genre de choses dans la nature :

Comment tuer la nature…
Pentax K-5 IIs + smc PENTAX-DA ★ 50-135mm F2.8 ED [IF] SDM à 50 mm – f/9 – 1/30 s – ISO 80

Que peut-on photographier dans la nature morte ?

Les végétaux

La nature est essentiellement faite de végétation. Ce n’est pas une lapalissade, tant s’en faut ! Et, tout comme les humains, la végétation naît, vit et meurt. Ne peut-on pas y trouver un certain charme ?

 

Les arbres

Un arbre mort peut présenter une esthétique intéressante. À ce propos, je prétends que chacun peut trouver de l’intérêt là où d’autres n’ont que dédain voire mépris. Les goûts et les couleurs… L’angle selon lequel cet arbre sera photographié peut accentuer son intérêt, son côté inattendu. Il faut juste apprendre à regarder, à observer même, et ne pas déclencher à tout va.

Une photo, ça se conçoit intellectuellement, ça se construit, bien sûr avec les critères de chacun, et ainsi ça n’est pas d’une affligeante banalité. Au moins au regard de ceux qui ne se contentent pas d’une première impression. C’est particulièrement vrai pour les photos de nature. Cette nature qui nous entoure, sans doute moins en environnement urbain, semble banale jusqu’à ce que l’on se prenne à s’y intéresser de plus près. Elle révèle alors ses charmes.

L’arbre mort
Pentax K-1 II + Pentax DA 55-300 f/4-5.8 ED (mode crop APS-C)
Un arbre demi-mort
Pentax K-1 II + Tamron 28-75mm à 28 mm – f/9 – 1/200 s – ISO 100 – -0.7 EV

 

Fleurs et plantes

Elles aussi vivent et meurent. On les photographie toujours – ou presque – comme on le fait pour les humains (et surtout les humaines) : dans la plénitude de l’âge, quand elles sont réputées (ou supposées) « les plus belles ». Ne peut-on trouver aucun intérêt à photographier une plante, une fleur, quand elle a dépassé cette plénitude ? Le rabougrissement ne manque parfois pas d’intérêt, apportant des formes inattendues, mais intéressantes. On photographie bien nos aîné(e)s. Pourquoi ne pas le faire avec la végétation ?

 

Des éléments de la nature

Nos générations sont grandement responsables de la dégradation de la nature. La pollution que l’humain multiplie à l’envie de façon plus ou moins consciente est à l’origine de bien des grands problèmes actuels de l’humanité. Parce que dégrader la nature, l’environnement, ne peut aboutir qu’à dégrader la vie en général. On peut certes juste le montrer comme dans la photo ci-après.

Pollution
Pentax K-1 II + Pentax DA 55-300 f/4-5.8 ED (mode crop APS-C)

 

Mais ce n’est positif que si cela permet à tous de prendre conscience de l’ampleur du problème. En multipliant de telles images et en les diffusant, on peut garder l’espoir de toucher d’autres personnes. Cela devient alors de la photo témoignage, presque de la photo militante. Et alors ? Est-ce interdit ? Photographier ce qui est universellement estimé comme « beau » n’interdit pas de photographier aussi ce qui ne l’est pas.

 

Les animaux

Avec un titre comme « la nature morte », on pense tout de suite aux animaux morts. Et on en rencontre souvent !

Pentax K-1 II + Pentax DA 55-300 f/4-5.8 ED (crop APS-C)

 

Ici, par exemple, un poisson mort échoué sur la rive d’un lac. Cette mort est-elle due à la pollution ? Tout à fait possible, si l’on en juge par la photo précédente du même lac. Mais pas obligatoire pour autant. On peut tout imaginer sur les causes, mais tel n’est pas notre propos ici. On peut juste se satisfaire encore une fois d’une photo témoignage : ce poisson est mort, nul doute qu’il fera un repas intéressant pour les rats ou certains oiseaux en quête perpétuelle de nourriture.

Toutes sortes d’autres animaux morts se rencontrent aussi. Tout dépend du lieu où l’on se trouve ? En montagne, ce sera par exemple une carcasse de mammifère faisant la joie des charognards, en bord de mer des animaux marins échoués. Sur les bords des routes, des animaux (sauvages ou pas) tués par des véhicules, etc.

Ce ne sont sans doute pas les sujets les plus répandus dans les activités photographiques, mais justement : le fait qu’ils soient rarement traités peut leur donner un regain d’intérêt si on opère avec goût et avec soin.

Et les vivants dans la nature morte ?

On croit trop souvent que la nature, lorsqu’elle est morte, n’a plus d’intérêt pour personne. Ce qui est dit ci-avant voudrait prouver le contraire, mais il est probable que de nombreux lecteurs resteront sceptiques. On les comprend. Mais d’autres arguments peuvent être avancés, nettement plus convaincants sans doute.

Si l’on prétend que la nature morte est source de vie, qui le croira ? Assurément pas ceux qui ne réfléchissent pas. Et pourtant !

Certaines municipalités l’ont bien compris et en informent même les promeneurs :

 

L’utilité des arbres morts

Les insectes

Les végétaux morts se dégradent peu à peu, se décomposent. C’est le moment que choisissent de nombreux insectes pour proliférer, car ils trouvent dans ces végétaux « le gîte et le couvert ». C’est un peu comme pour les humains : on les rencontre peu dans les endroits désertiques où s’abriter et se nourrir relève de l’exploit. Les insectes aussi ont besoin de vivre et rien n’est plus propice à la vie que ce qui leur permet surtout de se nourrir. Ainsi, les souches d’arbres dégradées abritent souvent des vers et d’autres petits organismes vivants : larves ou œufs d’insectes, notamment. Que voilà une belle aubaine pour les photographes, non ? Certains l’ont bien compris. Certains environnements (forêts, feuilles mortes et autre végétation en décomposition) abritent de petits êtres vivants, par exemple des collemboles, dont la beauté n’est pas évidente au premier regard (d’autant que leurs dimensions se prêtent mal à une analyse esthétique visuelle directe).

Les animaux morts attirent aussi fourmis et mouches : c’est, là encore, l’occasion de photos, pour autant qu’on ne soit pas gêné par l’aspect olfactif !

On me rétorquera que c’est de la macro. Oui, bien sûr, mais largement favorisée par la décomposition d’éléments naturels, « la nature morte ».

 

Les oiseaux

De nombreux lacs et cours d’eau sont bordés d’arbres mots. Le passant « ordinaire » s’étonne parfois que les « pouvoirs publics » ne nettoient pas ces berges des végétaux morts. Très souvent, c’est au contraire la volonté de les conserver qui prévaut. Pourquoi ? Tout simplement parce que ces arbres constituent des perchoirs naturels pour certains oiseaux. Les martins-pêcheurs en quête de nourriture les utilisent pour scruter leur territoire. Ainsi perchés, ils voient plus facilement les poissons qui passent à leur portée. Leur présence témoigne de la bonne qualité des eaux, mais les arbres morts leur sont très utiles.

À ce propos, pour ceux qui aiment les photos d’oiseaux (mais aussi d’autres animaux), voici une adresse qui mérite un petit détour !

Nous évoquions plus haut les carcasses d’animaux en montagne. Voilà encore une belle occasion de photographier les rapaces qui s’en nourrissent. Bien sûr, certains d’entre eux sont capables de prélever aussi des animaux vivants, mais les charognards, eux, se satisfont des animaux morts. Il en est de même des nécrophages.

D’autres animaux

Même dans nos contrées il existe des animaux qu’on croyait il y a longtemps « exotiques ». Parce qu’ils n’étaient pas nombreux, et qu’on les voyait rarement.

C’est le cas par exemple des tortues : toutes ne sont pas marines, tant s’en faut. Il y a peu, j’en ai rencontré une qui se prélassait au soleil sur la branche d’un arbre mort tombée dans un lac.

Pentax K-1 II + PENTAX-DA ★ 300mm F4 ED [IF] SDM
Sur une branche tombée à l’eau

Cela démontre, encore une fois, l’utilité de ces arbres morts.

Et, tout près, dans un bassin qui ne donne vraiment pas envie de s’y baigner tellement tout y est dégradé, un ragondin cherchait sa nourriture sans vraiment s’inquiéter de la présence humaine.

Pentax K-1 II + PENTAX-DA* 300mm F4 ED [IF] SDM
Un ragondin dans une eau semi-croupie

La nature morte ? Vraiment ?

Tout dans la nature peut mériter l’attention des photographes, pour autant qu’ils ne soient pas spécialisés dans des domaines strictement « humains » : portrait, photo de rue. Et ce n’est sûrement pas parce qu’elle meurt que la nature doit être négligée. Déjà, il faudrait s’attacher à ce qu’elle soit et reste le plus possible en « bonne santé ». Comme nous, les humains… Et, quand elle meurt, elle a sur nous l’avantage de servir encore.

En plus, en photographiant cette « nature morte », on devient témoin de ce que l’on voit. Et pourquoi ne pas transmettre les images aux services en charge de l’environnement ? On n’ira pas jusqu’à penser que les « coupables » pourraient se sentir responsables en voyant les photos, car ils ne les verront sans doute jamais. Mais on peut rêver, non ?

 

D’autres photos de nature morte, graphiquement intéressantes, mais écologiquement dramatiques :

 

 

Pollution
Pentax K-1 II + Pentax DA 55-300 f/4-5.8 ED (mode crop APS-C)

 

Pollution
Pentax K-1 II + Pentax DA 55-300 f/4-5.8 ED (mode crop APS-C)

 

Pentax K-1 II + Pentax DA 55-300 f/4-5.8 ED (mode crop APS-C)
Pollution

 

Crédit photo : © Micaz – Cliquer sur les images pour les agrandir

  • Lénaïck
    18 septembre 2019 at 10 h 36 min

    Merci pour ce regard décalé sur la nature, je ne pensais pas que d’autres photographes s’intéressaient à cela.
    La décomposition de la nature est pourtant partout en automne et offre des sujets pas toujours flatteurs mais terre à terre, qui ferme chaque année le cycle ouvert au printemps … c’est en ce qui me concerne une préoccupation saisonnière même si malheureusement je connais, comme beaucoup, bien des zones où la pollution peut être captée toute l’année.

    • Micaz
      18 septembre 2019 at 11 h 56 min

      Bonjour et merci pour votre message.
      Les images montrées ne se veulent pas artistiques mais témoignent du comportement des uns et des autres, ou des conséquences de comportements inadaptés.
      Elles n’ont pas toutes été prises en automne : certaines datent de juin et juillet de cette année.

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