Photographier la pluie est beaucoup plus varié qu’on ne l’imagine. Car on peut photographier la pluie dans tous ses états.

En effet il ne s’agit pas de photographier par temps de pluie, mais de photographier la pluie elle-même. Elle présente des formes diverses, selon qu’on la voit de loin ou de près, selon qu’elle est en l’air ou qu’elle arrive au sol. Et dans ce dernier cas, selon la nature du sol, son état. On aura donc affaire à des types assez différents de prise de vue et à des problématiques très variées. Sans parler des multiples types de pluie : bruine, pluie fine, pluie à grosses gouttes, averses orageuses…

 

 

Le ciel et les nuages

Commençons donc par le commencement : par le haut. Le ciel et les nuages. Si vous avez repéré un beau ciel nuageux qui annonce la pluie ou même l’orage, vous pouvez être prêt à photographier quand la pluie commence à tomber. Dans ce cas, si ce n’est pas une pluie générale qui occupe tout le ciel, ce qui peut être intéressant, outre les nuages eux-mêmes, c’est le voile gris qui apparaît à l’endroit où tombe la pluie. Ce phénomène est plus photogénique à une certaine distance. Très souvent dans ces conditions météo la lumière peut être intéressante, voire belle. Ce genre de spectacle se prend le plus souvent avec une focale moyenne ou longue [dans les limites du range 50-135 ou 60-250 en APS-C -ou à 1:1 au K-1-, 70-200 en FF].

Nuées et lambeaux de pluie.

Nuées et lambeaux de pluie.

 

Nuages qui tombent en pluieNuages qui tombent en pluie

Nuages qui tombent en pluie

 

 

Les arcs-en-ciel

Les arcs-en-ciel sont évidemment un sujet intéressant. Ils ne sont pas particulièrement difficiles à photographier. Ils sont surtout intéressants par leur état – partiel – complet – simple – double… Pensez selon la lumière générale à modifier la densité de votre prise de vue (+/-) et à corriger en PT l’équilibre clair : sombre pour faire ressortir votre arc-en-ciel. Mais ils ont si souvent été photographiés qu’ils en deviennent trop vus. Descendons donc d’un étage

Arc en ciel double et complet. Chose assez rare.

Arc-en-ciel double et complet. Chose assez rare.

 

Bel arc-en-ciel - détail

Bel arc-en-ciel – détail. Contraste  retravaillé en PT.

 

 

La pluie qui tombe

Si l’on photographie de plus près, surtout pendant les forts orages, les belles averses, quand la pluie est violente, on peut saisir les stries créées par les gouttes. On les voit à l’œil nu, grâce au phénomène de rémanence rétinienne, on peut les saisir avec un appareil photo. Pour cela il convient de travailler à des vitesses de l’ordre de 1/80 – 1/125 sec. Au-delà les traînées sont (trop) courtes, en deçà elles commencent à s’estomper et deviennent rapidement invisibles parce que les gouttes vont trop vite. En fait il faut réagir vite et régler sa vitesse en faisant un test, ou bracketer en modifiant la vitesse. Pour un meilleur rendu, il vaut mieux choisir un fond sombre devant lequel les traînées seront plus visibles. Les gouttes sont visibles parce qu’elles captent la lumière. Plus elles en captent, plus elles sont visibles, voire brillantes. (voir plus loin) Descendons encore d’un étage.

 

Stries et vaporisation sous une averse intense.

Stries et vaporisation sous une averse intense.

 

 

La pluie qui frappe le sol

On peut également saisir la pluie au moment où elle frappe le sol. Avec bon nombre de variantes.

  • sol sec au début de la pluie. Le sol se colore en se mouillant. Vous aurez donc une photo évocatrice, graphique. Vous pouvez y ajouter les stries ou les gouttes avant leur chute (vitesse conseillée : respectivement ~1/100 pour les stries et 1/1000 ou plus pour les gouttes. Focale assez longue à longue pour obtenir un cadrage serré.
  • sol « miroir » mouillé (surface horizontale imperméable). Vous aurez alors des éclaboussures et leurs corolles au moment de l’impact (voir article sur la photo à haute vitesse). Comme il y a beaucoup de gouttes, vous aurez forcément de beaux impacts. D’ailleurs votre photo aura pour but d‘évoquer la pluie et non d’être un exploit… Même si elle en sera un aux yeux de certains, pas très poètes.
  • surface liquide (lacs, étangs, mares, bassins, flaques…) Vous aurez les ronds et leur graphisme, et la surface liquide modifiée par les impacts. Le résultat est très différent des précédents. Avec de la chance (ou de la technique), vous pouvez saisir aussi les impacts, en prime…
  • surfaces vitrées verticales : vous pouvez photographier les gouttes qui constellent les vitres, et/ou qui coulent. Il est parfois difficile de distinguer les deux ! Vous pouvez diaphragmer pour y ajouter le fond, soit très flou, soit plus présent, plus identifiable, selon l’ouverture choisie. Pour une photographie plus sophistiquée, voir l’article « Retour aux fondamentaux ».
Effet général de pluie fine.

Effet général de pluie fine.

 

Sous l'averse.

Sous l’averse.

 

Pluie quasi tropicale

Pluie quasi tropicale

 

Orage en mer. Les impacts.

Orage en mer. Les impacts.

 

 

Ce qui évoque la pluie

Ce sont tous les objets quotidiens présents par temps de pluie. Ce sont les objets mouillés par la pluie et qui dégoulinent, comme les parapluies, les auvents de cafés pas refermés à temps, ou encore les passants surpris par la pluie. Ici la pluie sera plus évoquée que présente et les règles sont celles de la nature morte in situ ou de la street. Photographier juste après la pluie des lieux et des ambiances que l’on ne rencontre qu’après la pluie. Souvent la lumière est intéressante dans ces moments-là. Et la réalité s’enrichit de brillances et de reflets. Même si ces reflets ne deviennent pas le sujet central de la photo.

 

Une conséquence extraordinaire de la pluie: l'inondation.

Une conséquence exceptionnelle de la pluie : l’inondation (© fyve)

 

 

La mise en scène

C’est un tout autre domaine. En effet toute mise en scène signifie deux phases : la conception à partir de l’idée et ensuite la préparation concrète de sa réalisation. Cette dernière phase nécessite du temps. Ce qui n’est pas forcément compatible avec la pluie. D’où le recours éventuel à une pluie artificielle. On est réellement dans un autre domaine, très éloigné de la capture du réel par l’œil exercé d’un photographe vigilant. Comme ce type de photo se pratique généralement dans le domaine public, il exige de prendre en compte les règles auxquelles il est soumis (voir article). Il est quand même possible de borner la mise en scène à la seule utilisation de figurants qui se prêteront à vos demandes sous la pluie. Ce qui nécessite quand même de la préméditation, de la bonne volonté et… de la chance avec la météo.

 

 

Remarques générales à tous les types de prise de vue

Au-delà des indications données au cas par cas, et sans les infirmer, mais au contraire les compléter, on peut retenir quelques repères.

Vitesse et rendu : un rendu figé demande une vitesse élevée. Celle-ci implique une ouverture plus grande, donc une PdC moindre et un risque d’insuffisance de matière fixée (les gouttes) dans la zone nette.

Élévation des Isos :  Elle permet de conserver une ouverture plus petite mais aura tendance à diminuer la netteté, visible sur les stries ou les gouttes d’eau. Là encore la solution est une courte série d’essais pour déterminer le bon trio de paramètres. Le numérique permet de faire ce que les professionnels obtenaient autrefois avec les polaroïds préalablement au shooting.

Contraste : Les gouttes, sous toutes leurs formes, étant mises en valeur par la lumière, il faut, de manière générale, privilégier les arrières plans sombres. Bien entendu, dans la mesure du possible. Une solution très efficace quand elle est envisageable, est le rétro-éclairage, a minima naturel, ou mieux avec un réflecteur ou un flash déporté. Cette dernière solution signifie un assistant et des conditions favorables. C’est à dire sans que cet assistant soit visible sur la photo. Cette pratique est délicate dans la rue, pour des raisons de droit (voir l’article ) et des raisons pratiques, surtout sous la pluie. Mises à part les nécessités de repérage, la pluie ne tombe pas sur commande.

La dernière possibilité d’influer sur le résultat final est bien sûr le PT.

La pluie n’est pas seulement un phénomène qui empêche de photographier, qui oblige à avoir du matériel adéquat. C’est aussi une occasion de quantité de photos intéressantes. Bien sûr, photographier la pluie peut aussi signifier photographier sous la pluie. Et pour cela il est rassurant de la faire avec du matériel WR. Ce que Pentax propose largement. Nombre d’entre nous ont vérifié que même des boîtiers et des objectifs non tropicalisés supportent les gouttes quand ils sont essuyés rapidement et soigneusement ensuite. Ce qui n’est pas forcément le cas de tous les photographes. Mais dans ce cas Pentax n’y peut rien.

 

Crédit photographique Valia, sauf indication contraire