Ne serait-il pas saugrenu de parler de photographier les arbres ? Bien sûr, c’est facile, les arbres ne courent pas vite. Ils ne bougent même pas quand fait la mise au point sur eux. Ils ne se plaignent pas de leur droit à l’image bafoué quand on les photographie, ne vont pas consulter internet pour vérifier si on respecte bien leurs droits. C’est cool, non ?

D’un autre côté, les arbres sont d’une banalité affligeante. On en voit partout. Tout le monde les connaît. Ils sont partout pareils. Les palmiers des Maldives sont les mêmes que ceux de Nice, sauf après un tsunami. Donc pour faire des photos originales, ça semble râpé !  Mais…

 

 

Photographier les arbres permet de pratiquer tous les genres de photo

Les arbres permettent de faire tous les genres de photos. Absolument tous les genres de photo. Depuis la macro-photographie de bourgeons, de fleurs, ou de feuilles, ou la proxi-photo avec l’écorce, du portrait avec les troncs, les racines, jusqu’à de la street avec les arbres dans les villes, ou du paysage avec les forêts.

On peut travailler indifféremment en cadrage horizontal ou vertical, les arbres offrent des sujets variés, répondant au premier, avec les pins parasols, comme au second, avec les cyprès, les peupliers ou les séquoias. Ou au cadrage carré avec les chênes. Seule la photographie astronomique ne se prête pas à la photographie d’arbres. Même le studio dont on pourrait croire qu’il ne s’y prête pas non plus, peut accueillir des bonzaïs. Car, pour être petits, ce n’en sont pas moins des arbres.

Beaucoup d’arbres offrent une telle diversité de couleurs, de nuances et de structure que l’on peut sur un seul spécimen faire de nombreuses photos de toutes sortes. En outre, le même arbre change de couleur(s) selon les saisons. Sa palette est pratiquement sans limites. Peu de sujets nous offrent autant de possibilités chromatiques, graphiques, de volume, de matière, de transparence.

Techniquement, on peut photographier les arbres avec toutes focales. Aussi bien avec de courtes focales, corrigées ou fish-eye, les déformations pouvant avec les arbres, encore plus qu’avec l’architecture, devenir le sujet de la photo. Mais c’est possible tout autant avec les focales standard ou les courts télés pour photographier des détails ou avec des télés de 200 à 400 mm, voire même plus, pour écraser les perspectives par exemple. En fait aucune focale n’est à écarter pour photographier les arbres.

 

 

La photographie des arbres peut se traiter par genre

Paysage général

Vues sylvestres ou mixtes avec bord de rivière ou de lac ou côte maritime, approche minimaliste, coloriste ou graphique. Dans cette dernière veine, qui n’a pas photographié des arbres, planté au milieu d’eux, le nez vers le ciel. Cette photo, popularisée par le cinéma avec la palme d’or 1958 à Cannes de « Quand passent les cigognes » a parcouru le monde comme un tourbillon. Les fuyantes verticales se rejoignant au centre de la photo en est devenu un classique. Mais dans le film elles tournent de plus en plus vite…

Paysage du Vercors. K-1. photo Micaz ©

Paysage du Vercors. K-1. photo Micaz ©

 

Séquioas géants. Cadrage vertical.

Séquoias géants.

 

Chêne solitaire dans les semis. Environs de Châtelleraut. Argentique.

Chêne solitaire dans les semis. Environs de Châtellerault. Argentique – filtre dégradé Cokin.

 

Forêt de jeunes mélèzes. Cliché Micaz ©Forêt de jeunes mélèzes. Cliché Micaz ©

Forêt de jeunes mélèzes. photo Micaz ©

 

Paysage urbain

Les arbres dans la ville sont un sujet riche. Un ami, Alexandre Slioussariev, grand photographe russe qui avait un don pour voir les détails qui parsèment nos chemins quotidiens sans que nous les remarquions, me disait au cours d’une de ses visites à Paris : « Ce que je trouve particulièrement remarquable à Paris, c’est l’extrême variété des arbres qui y poussent. Et la sophistication avec laquelle ils sont soignés ».

Ce n’est pas vrai que pour Paris ! Cela permet une belle variété de photos d’arbres en contexte urbain. Ce qui n’est pas exactement la même chose que des paysages urbains où se trouvent des arbres. En fait le thème peut avoir des quantités de variantes, tant il est vrai que les manières de traiter le sujet peuvent glisser de l’une à l’autre.

Arbres "apprivoisés" au cœur de Paris photo Micaz ©

Arbres « apprivoisés » au cœur de Paris
photo Micaz ©

Arbres d'automne en milieu urbain. photo Micaz ©

Arbres d’automne en milieu urbain.
photo Micaz ©

 

Couleurs d'automne. Paris Quartier Bastille. photo Micaz ©Couleurs d'automne. Paris Quartier Bastille. photo Micaz ©

Couleurs d’automne. Paris Quartier Bastille. photo Micaz ©

 

Erables en automne. Paris port de la Bastille. K-5 IIs avec Tamron 2,8/28-75mm

Érables en automne. Paris, port de la Bastille. K-5 IIs avec Tamron 2,8/28-75mm

 

Les arbres parisiens en état de crue (© fyve)

Les arbres parisiens en état de crue (© fyve, K-1 & DFA 24-70, 1/125s à f/11)

 

Street

La frontière entre « les arbres dans la ville » et « la ville et ses arbres » est très ténue, floue, voire poreuse. Elle peut très bien devenir « La ville est ses arbres ».

Lumière latérale face. Effet de contre jour heureux avec l'eau. Paris, place Félix Eboué.

Paris, place Félix Eboué.

 

 

Les fuyantes

Portées par les arbres, en contexte urbain ou pas. Généralement plus douces que les fuyantes architecturales, elles peuvent elles aussi être moins rigoureuses, mais plus ou moins ondoyantes et souples ou graphiques et plus raides.

Alignement de tilleuls. Paris Musée du Jeu de paume. K-5IIs avec FA4/20-35mm

Alignement de tilleuls. Paris, Musée du Jeu de paume. K-5IIs avec FA4/20-35mm

 

Troncs. Argentique au Z-1 / 4,5/300mm.

Troncs. Argentique au Z-1/4,5/300 mm.

 

 

Le contraste

En sous-bois ou parcs urbains. Ce genre de photo a été abordé pratiquement par tout le monde. Il est trop tentant… Et d’ailleurs pas si facile ! Que ceux qui restent de marbre devant une tache de lumière au milieu d’un écrin de feuilles enrobées de pénombre lèvent le doigt !

Alignement de jeunes arbres. Contraste de sous-bois. Parc urbain.

Alignement de jeunes arbres. Contraste de sous-bois. Parc urbain.

 

 

Portrait

Si, si, on peut appeler « portrait » la photo d’un seul arbre. Et celle d’un arbre mort « nature morte ».O Macro-photo. Les arbres la permettent sans obliger à se mettre à quatre pattes !

Portrait de racines. Parc des Buttes-Chaumont. Cliché argentique au Z-1 / FA 1,4/50mm

Portrait de racines. Parc des Buttes-Chaumont. Cliché argentique au Z-1/FA 1,4/50 mm

 

Portrait d'arbre civilisé dans un parc urbain

Portrait d’arbre civilisé dans un parc urbain.            photo Micaz ©

 

Portrait d'arbre mort transformé en sculpture. St Trojan - Ile d'Oléron. K-1

Portrait d’arbre mort transformé en sculpture. St Trojan – île d’Oléron. K-1

 

 

Macro-photo, Proxi-photo

Elle est encore plus facile que la précédente.

Détail d'écorce de résineux (non identifié)

Détail d’écorce (arbre non identifié) parc des Buttes-Chaumont

 

Baies. Composition chromatique en proxi-photo et sur-impression lumineuse au K-1 / Tamron 28-75mm.

Baies. Composition chromatique en proxi-photo et sur-impression lumineuse au K-1/Tamron 28-75mm.

 

Graines d'érable.

Graines d’érable.

 

Redémarrages sur un arbre taillé. photo Micaz ©

Redémarrages sur un arbre taillé. photo Micaz ©

Cryptogrammes ou art vivants. photo Micaz ©

Cryptogrammes ou art vivants.
photo Micaz ©

 

La photographie des arbres peut se pratiquer tout aussi bien en N&B qu’en couleur(s)

En couleur, le travail peut être classique ou à tendance coloriste. Ce qui, bien sûr, se prépare en amont, avant la prise de vue. Ou après cette dernière, en PT. Dans les deux cas, le résultat final ne sera pas identique. De toute façon, la frontière entre les deux genres est tout aussi instable que celle concernant les fuyantes.

En Noir et Blanc, le travail sera forcément plus graphique. Il vaut mieux qu’il soit plus graphique. Il peut concerner tous les genres de photo. L’adéquation du N&B au genre de la photo dépendra pour une bonne part de l’éclairage et du contraste naturel au moment de la prise de vue.

Arbres en milieu urbain. Bièvres. K-5 IIs

Arbres en milieu urbain. Bièvres. K-5 IIs

 

Portrait d'arbres. Bièvres. K-1

Portrait d’arbres. Bièvres. K-1

 

 

Photographier les arbres peut être un sujet à part entière

Ces remarques sur la pré-vision de la photo peuvent paraître obsessionnelles. C’est assumé, sans être une obsession cependant. En effet, sans cette pré-vision les photos sont bien sûr possibles. Mais elles seront le fruit des circonstances, du hasard. Elles ne formeront que difficilement un ensemble cohérent. Au mieux, votre coup d’œil vous permettra de shooter quelques sujets heureux. Qui ne feront pas forcément un sujet, par manque de matière.

Mais vous n’êtes pas obligés non plus de shooter pour « faire des sujets ». Vous pouvez considérer que cela « gâche le plaisir ». Si vous avez du plaisir à photographier les arbres, soit parce que vous les aimez, soit parce que vous avez un penchant pour le vert (ou le rouge, le roux, l’orange, le jaune d’or). Alors vous avez déjà votre sujet. Vous pouvez envisager un album… ou plus. Et consulter les articles déjà parus sur la question « – ». Les arbres, qui nous entourent, qui protègent notre qualité de vie, chimiquement et esthétiquement peuvent constituer de très beaux sujets de photos et même de séries.

Enfin pour terminer : Il convient, si l’on parle d’arbres et de contexte urbain, de ne pas oublier leurs frères, plus agrestes que sont les fruitiers, cultivés ou redevenus sauvages et leurs petits camarades les arbustes.

Et puis, pour vraiment conclure. On peut avoir deux attitudes devant les arbres :

  • Les admirer et ne pas les photographier parce qu’on les trouve trop beaux pour parvenir à rendre cette beauté.
  • Ou bien, malgré ce défi sans cesse renouvelé, les photographier, encore et toujours pour parvenir à saisir cette beauté et la communiquer.

C’est un beau choix

 

Galerie

Troncs d'arbres voisins. Juxtaposition obtenue par déplacement latéral pour coller visuellement les troncs.

Troncs d’arbres voisins. Juxtaposition obtenue par déplacement latéral pour coller visuellement les troncs.

 

Troncs de marronniers. Cliché au 300mm. f: 11

Troncs de marronniers. Cliché au 300 mm. f : 11

 

Feuillage. Cliché pris au parc des Buttes Chaumont de façon à ne pas voir le contexte urbain.

Feuillage. Cliché pris au parc des Buttes Chaumont de façon à ne pas voir le contexte urbain.

 

Feuillage et lumière. Cliché au 500mm reflex à main levée.Feuillage et lumière. Cliché au 500mm reflex à main levée.

Feuillage et lumière. Cliché au 500 mm reflex à main levée.

 

Erables. Photo "coloriste". K-10.

Érables. Photo « coloriste ». K-10.

 

Cerisier en automne. Parc urbain à Massy. K-1 / Tamron 28-75.

Cerisier en automne. Parc urbain à Massy. K-1/Tamron 28-75.

 

Chêne solitaire dans un champ de tournesols non moissonnés.Cliché argentique au LX.

Chêne solitaire dans un champ de tournesols non moissonnés. Cliché argentique au LX.

 

Grand chêne et cabane. Berry. Cliché argentique au Z-1.

Grand chêne et cabane. Berry. Cliché argentique au Z-1.

 

Cerisier en automne. Lacoste. Drôme. Argentique. LX avec smc A. 3,5/35-105

Cerisier en automne. Lacoste. Drôme.
Argentique. LX avec smc A. 3,5/35-105

 

Portrait bleu. Filtre Cokin dégradé. Argentique au LX.

Portrait bleu. Filtre Cokin dégradé. Argentique au LX.

 

Ambigu vert. Sur-impression au LX

Ambigu vert. Sur-impression au LX

 

"Hourra!" Détail d'érable. K-10.

« Hourra ! » Détail d’érable. K-10.

 

Composition jaune. Erables. Bièvres. K-5

Composition jaune. Érables. K-5

 

Crédit photographique Valia, sauf indication Micaz, Fyve