Photographier par mauvais temps mérite d’abord de se poser la question « Qu’est-ce que l’on appelle mauvais temps ? »

En effet sous ce vocable nous entendons beaucoup de choses, généralement des phénomènes météorologiques qui nous rendent la vie plus difficile, comme :

  • La pluie (et les précipitations de tous genres : neige, grêle)
  • Le brouillard
  • Le temps couvert (et ses variantes : ciel d’orage (avant et après), temps gris (voir ici).

La pluie est un sujet en soi que nous avons déjà traité (voir ). Le brouillard est un autre sujet en soi que nous traiterons. Le temps couvert orageux est un troisième sujet qui sera traité lui aussi.

Il existe également une autre variante de temps couvert, que j’appellerai « jour blanc ». C’est de ce sujet que nous allons parler aujourd’hui.

 

Le jour blanc

Il s’agit d’une formule personnelle pour qualifier ce temps de couverture nuageuse continue qui cache le soleil, sans empêcher la lumière d’être parfois presque aussi forte que celle d’un ciel clair. Cette lumière donne des photos dont le ciel est blanc et non bleu, d’où le nom de « jour blanc ».

L’autre caractéristique de ce jour blanc est que sa lumière diffuse de tout le ciel sans aucune source discernable. Dans ces conditions-là, photographiquement, il y a quatre solutions possibles :

  • Ne pas faire de photos du tout, aller au cinéma, par exemple.
  • Faire du N&B, qui s’accommode mieux d’une lumière uniforme et sans relief, où le graphisme doit occuper une place importante dans la composition de la photo.
  • Photographier comme si de rien n’était en prévoyant de colorer le ciel en bleu sous Adobe Photoshop (ou équivalent), si on l’a et qu’on sait faire.
  • Considérer cet aspect de la réalité, assez souvent mésestimé dans la photo d’extérieur.

 

Les solutions possibles

  1. Ne pas faire de photo est un sujet que nous nous engageons à traiter… un jour de mauvais temps.
  2. Faire du N&B. Et sa variante cut out.
  3. Faire comme si de rien n’était, photographier et prévoir un Post-Traitement musclé. C’est à dire en PT. Cette solution présente plusieurs variantes. Coloriser après coup. Soit très partiellement (le ciel en bleu par exemple), soit plus globalement (pas seulement le ciel en bleu, mais aussi d’autres zones …) Cela peut-être est amusant, mais à mes yeux, donne rarement des résultats probants. Mais ce n’est que mon avis personnel.
  4. Considérer l’aspect « boîte à lumière » que donne l’éclairage naturel sans ombre de ce « jour blanc ». Nous traiterons la question de la boîte à lumière dans un article ultérieur.

 

Le choix Noir & Blanc

On ne regarde pas la réalité de la même façon quand on veut faire du N&B ou de la couleur. Pour faire du bon N&B, il faut prérégler sa perception sur le N&B, « enclencher le programme mental Noir et Blanc ».

En d’autres termes :

  • Travailler les lignes de composition,
  • les oppositions de masses,
  • les différences de densité.
  • Se centrer sur les éléments fondamentaux de la photo à faire en traitant les couleurs de la composition comme des densités.  (voir article ici)

Assez souvent cette lumière donne à voir des « spectacles * » qui se visualisent assez facilement en noir et blanc.

* Par « spectacle » il faut entendre ici « ce qui s’offre à nos yeux », nous est donné de voir » et non « produit mis en scène ».

 

Noir et blanc contrasté et un poil retenu (-1)Ce cliché Noir et blanc a été contrasté et un poil retenu (-1) en PT

 

Ce cliché RAW par mauvais temps a été post traité en « cut out », manuellement bien évidemment.

 

Ces photos peuvent techniquement se faire de 3 façons.

  1. Directement en N&B par mode User (préférer alors un enregistrement JPEG qui vous donnera directement un fichier N&B). Solution la plus rapide, à conseiller pour une phase initiale de pratique du N&B.
  2. En prenant une photo en RAW seul que vous transformez en N&B au Post-Traitement. Solution « économique », mais qui correspond le plus souvent à une prise de vue courante que l’on transforme en N&B après coup, parce que « Tiens, celle-là serait pas mal en N&B ! »  C’est le cas type qui montre que l’on n’a pas vraiment pensé sa photo avant de déclencher… Par contre, après une certaine pratique du N&B (la phase initiale évoquée ci-dessus), on peut très bien construire ses photos de manière universelle et pratiquer le noir et blanc par transformation du RAW en phase PT.
  3. Faire du RAW + avec un mode User dédié au N&B. Votre fichier RAW sera en couleur et votre second fichier sera un Jpeg N&B. Cette solution présente l’avantage de vous permettre d’avoir un N&B témoin. Et un fichier RAW à partir duquel vous pourrez obtenir un fichier N&B définitif le plus riche possible. Et surtout vous aurez fait vous-même le travail de mise en N&B qui vous permettra de vous familiariser avec toutes les nuances de N&B.

De manière générale, chacun a son cheminement. Ces 3 processus sont forcément indicatifs. Sachez quand même que le fichier RAW est toujours plus riche que le fichier Jpeg direct.

Vous pouvez consulter, dans le numéro de février 2019 (n° 323) de Réponses PHOTO, un article très complet de J. Bolle et Ph. Bachelier sur la transformation de fichiers photo en clichés N&B.

 

 

Le choix : Comme si de rien n’était

Cette formule fait un bon (?) titre, mais dans la réalité on ne photographie pas « comme si de rien n’était ». Le jour blanc donne, comme dit précédemment, « des spectacles  » assez particuliers. La lumière étant totalement diffuse, tous les plans sont également éclairés, donc aucun ne se détache plus que les autres, tous se voient aussi bien, aussi distinctement. Ce qui donne une réalité singulière. Une réalité qui s’avère « pas facile » à photographier. En fait cette lumière oblige à construire ses clichés avec beaucoup de soin. Avec le soin que l’on met dans les cadrages N&B, mais la lumière contrastée en moins. Elle impose de bien observer, pour y discerner l’agencement des masses, l’imbrication des volumes, les lignes de force qui s’y dessinent. Cette lumière, de prime abord ingrate, offre vraiment « des spectacles », que nous n’avons pas l’habitude de regarder. En quelque sorte de l’expressionnisme (*) avec des couleurs de pastels. Le truc des pays nordiques.

(*) mais pas exactement.

Cette approche et sa dernière description ne cohabiteront pas trop avec l’idée du Post-Traitement. Ce PT signifie implicitement que la réalité n’est pas satisfaisante et mérite d’être corrigée, améliorée. Tout le monde aura compris, a déjà compris que ce n’est pas mon choix. Mais qu’importe. Ce choix de faire des photos par mauvais temps, jour blanc ou pire encore temps gris, c’est-à-dire la même lumière, mais encore moins forte, nécessite tout simplement de soigner encore plus que d’habitude composition et cadrage. D’attacher encore plus de soin à habiter les zones vides.

Par exemple en y mettant des passants. Comme nous l’avons déjà dit dans de précédents articles, pour qu’une photo soit réussie il faut qu’on y voie l’intention du photographe. C’est d’autant plus important si la lumière est « plate ». Pour une photo de paysage, une photo urbaine, une lumière parfaitement régulière est considérée comme plate. Même pour un portrait, cette lumière n’est considérée correcte que pour des photos d’identité… Donc, il faut au photographe mettre dans sa photo des éléments d’attrait que la lumière ne met pas. On pourrait presque dire construire sa photo comme un cliché N&B. La lumière naturelle crée elle-même du quasi N&B (voir la photo de titre de l’article, cliché argentique de 1966, pris en couleur en plein jour à Leningrad/Saint-Pétersbourg).

Plus encore, il sera bienvenu de donner un côté tragique en accentuant les contrastes (absents naturellement). Chercher des angles de prise de vue inhabituels, au ras du sol, privilégier les obliques, faire des contre plongées ou des plongées accentuées. Prendre le parti de sous-exposer ou surexposer. Ce dernier parti est délicat à utiliser en pleine journée.

 

Jour blanc avec brouillard à partir de 250m.

Jour blanc avec brouillard à partir de 250 m.

 

Jour blanc blafard de neige. Les couleurs sont vives.

Jour blanc blafard de neige. Les couleurs sont vives.

 

Photo faite par jour blanc (et même brumeux gris) : les couleurs restent vives malgré le brouillard

Photo faite par jour blanc (et même brumeux gris) : les couleurs restent vives malgré le brouillard

 

Jour blanc avec une petite lueur de soleil. Aucune ombre portée et les nuances de noir des plumes du corbeau sont présentes. Photo fortement cropée (x15)

Jour blanc avec une petite lueur de soleil. Aucune ombre portée et les nuances de noir des plumes du corbeau ne sont pas présentes. Photo fortement cropée (x15). Le cliché aurait mérité un petit coup de flash pour déboucher vraiment le plumage, encore qu’il était loin…

 

 

Il est intéressant de regarder la réalité qui nous est offerte dans ces moments et d’apprécier ce spectacle très subtil, où toutes les nuances de couleur, tous les détails jouent leur rôle. Voir cette réalité nécessite un certain travail sur nous-mêmes. Une bonne partie de ce travail réside dans le fait de dépasser nos habitudes, de bousculer le réflexe que nous avons tous, le sentiment bien ancré en nous que nous allons faire une photo dont tout le monde dira « Bof ! », parce que tous, nous les premiers, considérons ce temps comme pourri et triste. Et qu’il donne des photos pourries et tristes. Si l’on s’offrait l’occasion de sortir de ça, peut-être qu’elle nous ferait le cadeau de découvrir autre chose.

 

Crédit photo : Valia © – Cliquer sur les photos pour les agrandir.