Certains journalistes proclament que la Photokina 2016 de KÖLN est un « bon cru ». Nous n’irons pas jusque là.

Si vous avez suivi l’actualité photographique, vous avez pu lire les annonces.   Nous n’y reviendrons donc pas. Tentons plutôt de dégager les grandes tendances de cette Photokina 2016 afin d’envisager l’avenir du monde de la photo.

Pour partir du plus général et détailler ensuite, la Foire internationale de Cologne reflète bien la situation de la photographie mondiale ; du point de vue des évolutions techniques et… commerciales.

Il n’y a pas eu en cette fin d’année 2016 de réelles nouveautés. De ces nouveautés qui annoncent des bouleversements futurs. Rien de tout cela, mais des évolutions, des améliorations, des introductions de technologies connues dans des appareils qui ne les connaissaient pas, une 4K par ci, une cadence infernale par là. Mais des tendances émergent qui sont intéressantes. Des tendances lourdes qui, elles, annoncent des infléchissements de stratégies commerciales.

 

 

Tendances d’ordre technique d’abord

 

L’extension du domaine des mirrorless

Il apparaît évident désormais que pentaprisme et viseur optique sont condamnés à terme. Pas l’année prochaine, mais il est à parier que dans les 5 ans qui viennent, le nombre de boîtiers mirrorless seront supérieur au nombre des autres boîtiers. Pentaprisme et viseur optiquel sont volumineux, lourds et surtout chers à produire. Donc leur sort est scellé. Cette tendance est confirmée par le fait que toutes les marques (presque toutes) se lancent dans la production d’appareils hybrides. Les caractéristiques techniques de ces nouveaux produits ne changent rien à l’affaire. Que ce soient le Canon M5 qui laisse sceptique beaucoup de monde, le Lumix LX15 ou l’Olympus OM D E-M 1 Mark II (ouf !) à la rafale de caméra, tous ces appareils montrent une activité de production qui indique une installation des hybrides dans le paysage photographique.

Cette extension a un autre aspect : elle saute les « barrières » traditionnelles. Elle s’étend maintenant au Moyen Format. Un Hasselblad mirrorless était un épiphénomène. Hasselblad ne produisant guère que des MF, il était compréhensible que la marque prévoie sa survie, mais quand Fujifilm sort un MF hybride (le GFX 50 S qui sortira à la CP+), doté d’un capteur qui ressemble furieusement à celui du 645 Z !, cela s’appelle une tendance. Et il y a fort à parier que cela va continuer.

Le Fujifilm GFX 50 S - 51,4Mp-capteur de 43,8x32,9mm- 800g

Le Fujifilm GFX 50 S – 51,4Mpx – capteur de 43,8 x 32,9mm – 800g

 

Les propos des ingénieurs de Fuji à la conférence de presse sur le format, la taille des photosites, les possibilités de montées en Iso sont clairs. Pour continuer à évoluer vers plus de définition et de montée en sensibilité, le passage au moyen format est la seule solution. Ils ont presque dit, en filigrane, que le format 24×36 est arrivé à la limite de ses possibilités. Ils ont presque dit que 36-42 Mp était un plafond. Un certain nombre de faits techniques le disaient déjà. Les 6400Iso du 5Ds, le D5 à 20,8Mpx permettaient de sentir ce plafond. Désormais c’est dit. Maintenant que produire des grands capteurs est maîtrisé, la montée en définition va changer de dimension. Pour que ce soit réellement possible, il fallait s’affranchir du miroir, du prisme. Avec une technologie hybride, il sera possible de proposer des boîtiers MF plus compacts, plus légers, et, rêvons, moins chers.

Mais ce dernier point est une autre affaire… En tous cas, la porte est ouverte, et rares seront les marques à ne pas y aller.

 

 

L’arrivée d’objectifs de plus en plus lumineux

Nous avons eu, et nous avons encore la mode des f:1,4, nous avons désormais celle des f:1,2. Cette tendance peut laisser dubitatif. En effet, cela contredit une autre tendance majeure et pas nouvelle : celle de la compacité. Un ultra lumineux à f:1,2 est forcément plus gros et plus lourd que son frère f:1,4. On cherche la logique.

Cela n’empêche pas de voir sortir:  chez Olympus  un 25 mm f/1,2,  chez Tokina (un 20 mm f/2), chez Voigtländer  un 58 mm f/1,4, chez Nikon un  105 f/1,4, chez Fujifilm un 110 mm f/2), chez Sigma un 500 mm f/4), chez Zeiss (un 15 mm f/2,8, chez Samyang un 50 mm f/1,2 et un 21 mm f/1,4 pour hybrides APS-C, le 35 mm f/1,2 dévoilé la semaine dernière et l’AF 50 mm f/1,4 AS IF UMC dont la commercialisation vient de débuter, l’opticien annonce aujourd’hui les spécifications de son 2 0mm f/1,8 ED AS UMC.

 

 

 

Tendance d’ordre économique (et technique) ensuite

L’arrivée de plus en plus massive sur le marché de fabricants asiatiques et plus particulièrement chinois. Que ce soit sur le marché des objectifs avec Samyang, Vénus, Iris (Suisse de fabrication coréenne), ou bien celui des boîtiers avec le chinois Yi (de Xiaomi) qui présente un petit hybride 4/3’’ à l’esthétique très épurée, très Leica, avec une baïonnette très Nikon, un tirage compatible Olympus et Panasonic et un prix très agressif. Les constructeurs installés ont dû frémir en pensant à ce que les Chinois ont réussi sur le marché des smartphones…

L'hybride chinois Yi 4/3"

L’hybride chinois Yi 4/3″

 

Sinon, grand calme chez Leica et Ricoh Imaging/Pentax.

 

 

 

Et Pentax justement ?

Pour la marque, rien que de très normal. Le full frame K-1 est sorti fin avril tandis que l’APS-C K-70 est apparu en août. Il est logique que la marque capitalise sur le matériel qui vient à peine de sortir. Néanmoins, certaines interviews laissent entendre que :

  • les ventes du K-1 ont dépassé les espérances. Ce boîtier est un succès.
  • le mirrorless est à l’étude chez Pentax, mais il n’y aura pas d’abandon (à terme ?) de la visée pentaprisme.
  • la monture Q n’est pas morte, mais son avenir reste dans le flou le plus complet. On parle bien d’une nouvelle optique, mais pas de nouveau boîtier.
  • des optiques devraient voir le jour au mieux à la fin 2016, plus sûrement au cours du premier semestre 2017 (à ce titre le sondage effectué via internet a été très enrichissant pour eux).

Reste le futur du Moyen Format. Si le remplaçant du 645Z n’a pas été présenté, certaines indiscrétions ont laissé supposer que les ingénieurs travaillaient sur le sujet. Des indications ont fuité, parlant d’un 100Mp dans un capteur du format de celui de Phase One

 

 

 

La conclusion est que la Photokina 2016 donne l’impression qu’il y a dans le monde de la photo deux courants de fond. Le premier montre une volonté de trouver des voies nouvelles à l’évolution de la photographie : c’est celles des mirrorless, de la montée de la définition et de la sensibilité effective. Le second celui des évolutions de détails, les petites améliorations bienvenues, mais pas fondamentales… qui donnent l’impression d’une fuite en avant dans la sortie de nouveautés pour la nouveauté, conçues pour vendre. Mais la fuite en avant concerne aussi les prix…

Tout en sachant que les constructeurs sont tous soumis à la nécessité impérieuse de vendre. Ce qui n’est pas un scoop.