Et si on utilisait un objectif de 100 mm pour photographier un paysage ? Hérésie s’empresseraient de déclarer certains ! « Horreur, malheur », comme disait la chanson. En effet, pour certains bien-pensants de la photographie, seuls les objectifs grand-angles peuvent être utilisés pour les photos de paysage. Parfois cela va même à exiger une focale fixe, les zooms étant des instruments si peu dignes d’intérêt. Un objectif grand-angle (GA) ou ultra-grand-angle (UGA) ne serait donc réservé qu’à une seule utilisation possible, la photo de paysage. Et pourtant…

 

 

Une vision restrictive

Exiger d’un objectif d’être une focale fixe et/ou cantonner son usage à un seul type d’utilisation m’a toujours paru être une vision restrictive, voire excessive. Pour plusieurs raisons.

Ce raisonnement ne tient pas compte de ceux qui débutent ou des photographes amateurs, qui ne font de la photo qu’en vacances ou lors d’évènements particuliers. Ceux-là, ils n’ont souvent qu’un seul objectif, un zoom, souvent extrême d’ailleurs (type 18-200 ou 18-270). Ils sont très satisfaits de ce qu’ils ont, même si qualitativement ce n’est pas forcément très bon. Ils ne vont donc pas investir forcément dans un deuxième objectif.

Ensuite, les photographes qui débutent ne connaissent pas encore les différentes pratiques. Ils les découvrent et n’ont donc pas encore fait de choix. Alors, pourquoi les forcer à investir dans un GA ou un UGA, a fortiori de type focale fixe ? Surtout si finalement ils s’aperçoivent que c’est la pratique de la « chasse photo » qu’ils aiment et que ce sont de longues focales qui sont nécessaires ! De plus, les GA, et à fortiori les UGA, ont une nette tendance à déformer les images.

 

A 15mm, il y a de la déformation.

A 15mm, il y a de la déformation. (photo non post-traitée)

 

Pour terminer, préconiser un GA ou un UGA pour du paysage, cela équivaut à dire qu’en dehors d’un objectif de ce type, on ne peut arriver à prendre en photo la splendeur d’un paysage. Cette vision est si restrictive qu’elle en devient réductrice et appauvrit le photographe.

L’inverse est également vrai. On peut très bien utiliser l’objectif que l’on veut pour prendre ses photos, peu importent les circonstances et les pratiques. Simplement, certains objectifs sont parfois inadaptés aux circonstances. Il est sûr qu’utiliser un 560mm pour du paysage, cela va rendre les choses compliquées. Mais pourquoi s’interdire un 50mm ? Et pourquoi ne pourrait-on pas faire un portrait avec un 20mm ?

 

 

UGA, GA, à quoi cela correspond en focale ?

 

Rappel sur les petits capteurs

Pour rappel, les valeurs exprimées sont toujours par rapport à un boîtier de type 24×36 (ou Full Frame, ou Plein Format). Les boîtiers qui ont des capteurs plus petits (APS-C, 1″, micro 4/3, etc.) doivent appliquer un coefficient multiplicateur pour avoir le champ visuel correspondant. C’est ainsi qu’un 50mm aura un champ visuel d’un 50mm sur un FF (logique), d’un 76mm sur un APS-C Pentax (80 mm pour un APS-C Canon), d’un 100 mm sur un Four Third… ou d’un 35 mm sur un moyen format de type 645Z ! Ainsi, un objectif dédié APS-C avec des focales comprises entre 10 et 20 mm couvrira le même champ visuel qu’un 15-30 mm dans le format 24×36.

Corollaires, les fabricants ont dû concevoir et fabriquer des optiques avec des focales plus petites, allant au-dessous des 12 mm pour ouvrir le champ visuel des boîtiers à capteurs APS-C, Four thirds et autres capteurs de taille réduite !

Taille des capteurs

Taille des capteurs

 

GA et UGA, définition ?

La question qui se pose est la suivante : quelles focales peuvent être considérées comme des grand-angles et à partir de quelle focale bascule-t-on dans le monde des Ultra-Grand-Angle ? Il n’est pas certain qu’il existe une réponse universelle à cette interrogation. Tout simplement parce qu’il n’y a pas de définition précise de la focale minimale à partir de laquelle on doit parler de focale de type GA. Néanmoins, beaucoup d’exégètes de la photo estiment que tout objectif qui a un angle de vision supérieur au champ visuel d’un œil humain doit être considéré comme étant un grand-angle.

Sachant que l’œil humain a un champ visuel autour de 43 mm, on peut dire que tout ce qui est inférieur est un GA ou un UGA ! Une focale de 35 mm est un GA !

 

 

Les principales focales GA et UGA

Le 35 mm est-il un vrai GA ou bien entre-t-il dans une sous-catégorie, celle d’un semi-grand-angle ? Peu importe, car il répond à la définition évoquée ci-dessus. Même si son champ visuel est plus réduit que pour les autres focales inférieures, il a un avantage certain, celui de ne pas, où très peu, déformer l’image.

Le 28 mm était certainement LA focale GA la plus couramment utilisée pendant des années. Le zoom trans-standard DFA 28-105 est typiquement un héritier de cette période. Cette focale dispose d’une amplitude visuelle suffisamment importante pour permettre des photos de paysages ou des effets de perspectives. Le 28 mm est certainement la focale qui caractérise le mieux le GA.

Le 24 mm est devenu avec le temps, le remplaçant du 28 mm. SI ce dernier dominait les années 70 et 80, la focale de 24 mm l’a remplacé à partir des années 2000. De nombreux zooms « haut de gamme » démarrent leur course à 24 mm. Cette focale conjugue de très nombreuses qualités dont la principale est celle d’éviter les effets de déformation les personnes en périphérie de l’image. Ce n’est pas un hasard si, en APS-C, les constructeurs ont rapidement proposé des zooms dont la focale minimale était de 16 ou 17 mm !

Le 20 ou 21 mm (selon les marques). Pendant longtemps, c’était LA focale la plus courte disponible. Le champ visuel couvert par cette focale est de 90 °, presque de l’UGA ! On a vu des zooms de type 20-35 apparaître sur le marché à la fin des années 80, début 90. Les focales inférieures ne vont se démocratiser que récemment.

Le 18 mm. Avec cette focale démarre le territoire des UGA. L’angle de son champ visuel est de 100 ° dans la diagonale. Un plus pour la photo de paysage, mais au prix parfois de déformations de l’image, qui se font de plus en plus sentir suivant les objectifs.

 

K-1 & DFA 15-30 à 18mm

K-1 & DFA 15-30 à 18mm – 1/250s à f/13

 

Le 14 mm est la focale fixe la plus courte pour plusieurs marques. Avec un champ visuel de 114 °, la vue couverte est impressionnante. Les déformations aussi.

En deçà de 14 mm, les objectifs se sont de plus en plus rares, sauf pour les APN à petit capteur.

 

 

Et la photo de paysage dans l’histoire ?

La photo de paysage n’est pas aussi simple qu’une certaine croyance populaire laisse entendre. En effet, il ne s’agit pas d’arriver à un endroit, prendre son appareil avec un objectif le plus UGA possible et appuyer sur le déclencheur. Non, car comme pour toute photo, il convient de composer sa photo, voir ce que l’on veut photographier. Il faut chercher le meilleur endroit où lignes et formes vont s’harmoniser pour proposer un cliché intéressant, non parasité par des éléments qui n’ont que faire dans l’image. Plus une composition est simple, plus elle est réussie.

 

K-1 & DFA 24-70 à 55mm - 1/100s à f/11

K-1 & DFA 24-70 à 55mm – 1/100s à f/11

 

Si effectivement de nombreux paysages se prêtent à une focale UGA ou GA, cela n’est pas le cas de tous. Certaines scènes souffrent d’éléments parfois fort gênants comme des pylônes, des routes, etc. Pratiquer la photo de paysage dans de nombreuses zones se révèle être un exercice compliqué. C’est ainsi qu’une focale plus longue oblige le photographe à penser autrement et donc proposer une image débarrassée des éléments perturbateurs.

Une focale plus longue vous aide à trouver ce qui vous a attiré au départ, et à alléger votre sujet de tout ce qui n’apporte rien à l’image, tout en épurant le contenu.

Et puis, rien n’empêche de composer un panorama à partir de multiples images prises avec une longue focale. Certes, cela demande du temps et de la précision, mais offrira en contrepartie une image avec une plus grande profondeur de champ et donc une impression de netteté sur les plans lointains nettement supérieure.

 

K-1 & DFA 24-70 à 70mm

K-1 & DFA 24-70 à 70mm – 1/100s à f/11

 

Utiliser des longues focales permet donc de jouer différemment sur la composition, la disposition des éléments ou la profondeur de champ. Car il ne faut pas oublier que les GA et UGA ne permettent pas de « jouer » avec la profondeur de champ comme une longue focale. On peut proposer des photos plus élaborées, parfois au détriment d’un travail de Post-Traitement nettement plus important. Et donc, du temps supplémentaire à trouver.

 

 

 

La photo de paysage n’est donc pas une pratique réservée aux seuls objectifs GA et UGA. Avec des objectifs standards ou de longues focales, il est tout à fait possible de réussir de très beaux paysages, du moment qu’on s’applique. Alors, lors de votre prochaine sortie photo, pourquoi ne pas oublier votre ou vos objectifs GA ou UGA ?

Reste une dernière interrogation : que faire comme photo avec un objectif GA ou UGA ? Des réponses seront apportées prochainement.

 

Crédit photo : © fyve