Les photos à 300mm ne sont sans doute pas celles que les photographes amateurs réalisent le plus souvent ! Dès lors, la question qui sert de titre à cet article, « Quelles photos peut-on faire à 300mm », ne peut pas recevoir une réponse rapide ou lapidaire.

Des éléments ont cependant été évoqués ici et là, au cours de nos pérégrinations. Essayons de reprendre un peu tout cela. Et essayons de déterminer ce que l’on peut faire et ce qu’il est préférable d’éviter.

Une précision cependant : les propos qui suivent s’appliquent essentiellement à la focale fixe de 300mm. Mais il n’est pas interdit de faire des photos à 300mm avec un zoom qui le permet ! Dès lors, même avec un zoom utilisé à 300mm, nos propos gardent toute leur valeur.

Simplement, la qualité qui en résulte n’est pas toujours au niveau de ce que l’on peut obtenir d’une focale fixe. Et ceci est d’autant plus vrai que les 300mm fixes sont généralement (et pas uniquement chez Pentax) de grande qualité. Certains zooms ne peuvent certainement pas en dire autant !

 

 

Le champ couvert par une focale de 300mm

Cette information peut avoir une certaine importance, si l’on veut savoir ce que l’on photographie au 300mm. Vous allez dire : « Mais on le voit dans le viseur ! ». C’est vrai ! Mais êtes-vous capable de dire la largeur du champ photographié à 100m par exemple ? Ou à la distance minimale de mise au point ?

Le champ couvert s’obtient, pour toutes les focales, par application de la formule suivante :

Champ couvert = ((distance de mise au point – focale) x largeur du capteur)/focale

 

Tous les éléments doivent, évidemment être exprimés dans la même unité, par exemple (en mm).

 

Pour un capteur full frame de 36mm de largeur

Champ couvert à 100m : ((100 000 – 300) x 36)/300 = 11 964mm environ soit 11,96m

Champ couvert à 1,40m (distance minimale de MaP) :

((1400 – 300) x 36)/300 = 132mm soit 13,2 cm

 

Pour un capteur APS-C Pentax de 23,6 mm de largeur

MaP à 100m : (100 000 – 300) x 23,6/300 = 7 843 mm ou 7,84m

MaP à 1,40m : (1400 – 300) x 23,6/300 = 86,53mm ou 8,65 cm

 

 

La proxi photo

Un très récent article a exposé cette utilisation d’un 300mm. Il s’agissait, en l’occurrence, du DA* 300mm f/4 de Pentax, mais on aurait pu aussi bien écrire le même article – ou presque – s’agissant du SMC Pentax-FA* 300mm F4.5 ED [IF] que nous avons testé. Ou encore au sujet du SMC Pentax-FA* 300mm F2.8 ED [IF]. Avec cependant quelques nuances :

Quand le DA* 300mm f/4 pèse 1070g, il n’équilibre sur une balance ni le FA* 300mm F4.5 (plus léger à 935g), ni, surtout, le FA* 300mm F2.8 beaucoup plus lourd (2495g). Par ce poids, ce dernier serait très difficilement utilisable en proxi-photo : il nécessiterait pour beaucoup de photographes l’utilisation d’un trépied. C’est qu’un « engin » de ce type, associé à un boîtier relativement pesant comme l’est le K-1 (1010g), n’est pas facile à tenir en mains. C’est donc peu compatible avec la macro d’insectes vivants par exemple. Tout au plus serait-ce possible en studio pour la macro de petits objets. Au prix évidemment d’un « crop » important.

Rappelons que, par commodité, mais improprement, nous nommons « macro » la pratique qui est en fait surtout de la proxi photographie, eu égard à la distance minimale de mise au point de ces objectifs (1,40m pour le DA* et 2m pour les 2 FA*), qui ne permet pas d’atteindre le rapport de 1:1.

Le FA* ouvrant à f/4.5 pourrait, lui, remplir cette tâche avec presque autant de facilité (distance de MaP moins favorable) que le DA*.

 

 

Le portrait

Dans ce domaine, il existe essentiellement deux possibilités.

 

Le portrait en studio

Cette pratique présuppose que le modèle est consentant. Gros avantage ? Oui, mais pour le portrait en studio, il vaut mieux oublier le 300mm. Dommage ! Car, à moins de disposer d’un studio des dimensions du Stade de France ou de la Basilique souterraine Saint-Pie X à Lourdes, vous manquerez beaucoup trop de recul. À moins aussi que votre ambition soit de « portraiturer » un œil de votre modèle. De toute manière, pour ce faire, il vaudrait mieux disposer d’un objectif macro !

 

 

Le portrait en extérieur

On change complètement de registre. Le 300mm autorise ce genre de pratique, mais des précautions sont à prendre tout de même.

L’avantage de la focale, c’est qu’elle vous permet de shooter à bonne distance de votre « victime » et le cas échéant à son insu. Cela peut vous permettre des images où l’expression du modèle affichera un naturel de très bon aloi.

K1 & DA* 300 - 1/200s à f/13 - ISO 200 (© fyve)

K1 & DA* 300 – 1/200s à f/13 – ISO 200 (© fyve)

 

Inconvénient : un 300mm représente un volume relativement important qui peut très bien vous faire repérer facilement. Si donc vous pratiquez le « portrait volé », attendez-vous parfois à des regards réprobateurs. Au moins. Si c’est le cas, usez de diplomatie.

De plus, prenez garde à l’environnement si vous shootez ainsi à distance. Tout élément qui viendrait « s’incruster » dans le plan de la scène engendrerait probablement beaucoup de flou. Or le champ cadré étant relativement étroit, on ne voit pas toujours ce qui se passe à proximité immédiate du sujet photographié.

 

 

La photo de rue

Voilà encore un domaine où l’utilisation d’un 300mm ne va pas de soi. C’est toujours le manque de recul par rapport à la scène qui posera des problèmes. C’est pourquoi les objectifs lumineux de focale moyenne (et particulièrement les zooms type 24-70mm) sont plus indiqués. Mais, si vous disposez de ce recul, vous pourrez sans aucun doute isoler la scène convoitée de l’ensemble. À vous les bonnes photos !

K1 & DA* 300 - 1/8000s à f/13 - ISO 12800 (© fyve)

K1 & DA* 300 – 1/8000s à f/13 – ISO 12800 (© fyve)

 

Pour le reportage, parfois assez proche, une focale un peu longue peut être un atout. Alors, 300mm ? Pourquoi pas ? Tout dépend des circonstances et de la compétence du photographe.

 

 

La photo de sport

En extérieur

C’est très souvent, pour les professionnels surtout, le domaine des longues focales, et parfois des très longues focales. Lorsque l’on est au bord d’un terrain de football ou de rugby et que l’action se situe à l’opposé de votre position, disposer d’une longue focale est un atout indéniable. Surtout si, en plus, l’AF de cet objectif est suffisamment rapide et précis et l’ouverture assez grande (f/4 conseillé).

Une focale de 300mm peut aussi être utile en bordure d’un circuit automobile. Généralement, les voitures passent toujours au même endroit, et il est alors « facile » d’anticiper la mise au point et le cadrage pour mieux se concentrer sur les autres paramètres de la photo.

Ce n’est pas la même chose si vous aimez le rallye automobile : les lignes droites sont relativement rares, et les trajectoires des véhicules beaucoup plus difficiles à appréhender.

Vous aurez donc besoin de focales plus courtes et, surtout, d’un AF performant.

Voile sur un lac

Voile sur un lac

 

 

En intérieur

Il peut en aller autrement pour les sports en salle (« indoor » pour les franglicistes)  comme le hand-ball, le basket-ball ou encore les sports de combat. Il arrive en effet fréquemment que le recul soit très insuffisant pour embrasser la scène convoitée. En pareil cas, il est préférable de se tourner vers des focales plus courtes. Un zoom type 50-135 en format APS-C ou 70-200 en format 24×36 est alors très recommandable. Surtout s’il dispose d’une grande ouverture (f/2.8 est idéal).

 

 

La photo de paysage

Si vous êtes dans les grandes plaines de l’Ouest américain (ce n’est qu’un exemple !), vous n’aurez aucune difficulté à shooter les lointains. Enfin, du point de vue du recul ! Car il vous faudra assurer une bonne profondeur de champ et soigner le cadrage.

Paysage urbain au DA* 4/300mm sur K-1. photo Valia ©

Paysage urbain au DA* 4/300mm sur K-1. photo Valia ©

 

 

La profondeur de champ

Avec un 300mm, il n’est pas toujours aisé d’en obtenir suffisamment. On est tenté de fermer le diaphragme à des valeurs comme f/11, f/16, voire plus petites encore (en termes de grandeur de l’ouverture). Or, en pareil cas, si moins de lumière entre dans l’appareil, il faudra tout de même obtenir une exposition correcte. Pour ce faire, et compenser la petite ouverture, il ne reste que 2 solutions :

  • soit on abaisse la vitesse et alors attention au flou de bougé
  • soit on monte la valeur de la sensibilité et il faut alors contrôler la montée du bruit numérique.

Il faut donc trouver un subtil équilibre !

 

Le cadrage

Une bonne photo de paysage exige généralement un cadrage permettant d’occuper tant l’avant-plan de l’image sur le plan principal et/ou l’arrière-plan. Pour l’avant-plan, il est de bon ton (pour ne pas dire nécessaire) d’y incorporer des éléments (rochers, objets…) qui concourent à donner un sentiment de profondeur de l’image, donc… de profondeur de champ.

Ce n’est pas toujours facile avec un 300mm. Comme d’ailleurs, ce n’est pas facile non plus avec un ultra grand-angle ! Attention cependant à ce que cet avant-plan ne soit pas situé trop près de vous : à cause de l’éloignement du point de netteté, il serait flou, ce qui, selon l’intensité de ce flou, pourrait gâcher votre photo.

 

 

 

La photo animalière

Les animaux sauvages

C’est probablement le domaine privilégié des longues focales, puisque cela permet d’éviter de déranger l’animal par une trop grande proximité. Mais voilà ! Cette pratique s’accommode mieux de focales encore plus longues que 300mm (600mm, voire même 800mm), même si elles impliquent une mise au point encore plus délicate. Les animaux « sauvages » sont en effet très sensibles à la présence humaine et la fuient dès qu’ils la ressentent.

Si vous shootez à plus longue distance, alors la solution du « crop » en Post-Traitement devient quasiment obligatoire dans le cas où vous souhaitez cadrer l’animal seul avec un minimum d’environnement.

Rouge-gorge

Rouge-gorge

 

Le repas du rouge-gorge

Le repas du rouge-gorge

 

Évidemment, si votre pratique de la photo animalière se situe surtout dans nos parcs zoologiques, c’est complètement différent : tout dépend alors du recul. Par exemple, photographier dans une volière ne sera pas toujours facile !

La photo ci-après est faite dans un vivarium.

COLLIER PIEGEUX - K-1 & DA* 300mm – 1/30s à f/6.3 – ISO 1000 - Focale : 300mm

COLLIER PIEGEUX – K-1 & DA* 300mm – 1/30s à f/6.3 – ISO 1000 – Focale : 300mm

 

 

Les autres animaux

En fait, la photo animalière, dans nos contrées, est principalement tournée vers ce qui peuple notre environnement immédiat, les animaux domestiques, les oiseaux. Et, dans ce domaine, une focale de 300mm excelle, c’est certain. Toujours si vous disposez d’une certaine distance, bien sûr ! Alors, pourquoi vous en priver ?

Amerrissage

Amerrissage

 

Ligne de défense ?

Ligne de défense ?

 

 

Et à part cela ?

Eh bien, il vous appartient d’expérimenter par vous-même. Soyez créatif, quitte à échouer ! L’échec n’est jamais définitif si l’on prend la peine de l’analyser et d’en tirer tous les enseignements. Photographiez ce que vous voulez avec le matériel qui est le vôtre.

Nous y reviendrons dans un prochain article.

 

Crédit photo : © Micaz (sauf indication contraire)