Le portrait est certainement l’une des disciplines les plus répandues avec la photo de paysage. Car le portrait ne rime pas toujours avec studio. Beaucoup pratiquent cette discipline sans s’en rendre compte, très souvent dans un cadre familial. Après notre article sur les différents plans qu’on peut utiliser pour le portrait, il apparaît nécessaire de s’intéresser à l’arrière-plan desdits portraits, ce qu’on appellera communément le fond.

Un portrait, ce n’est pas juste viser un visage et déclencher. C’est un sujet et son environnement. Un portrait réussi dépend donc de la relation entre les deux, ce qui est parfois très compliqué à maîtriser. Le photographe va devoir composer son décor afin de mettre en scène son sujet. Et il s’appuiera sur la profondeur de champ pour situer son sujet dans ce décor.

En Studio, le photographe va pouvoir construire son décor comme il l’entend. Ou presque, car il va quand même avoir quelques contraintes de dimensionnement. Mais, dans l’ensemble, il aura une grande liberté. À noter que la lumière (l’éclairage) fait partie du décor qu’elle va grandement contribuer à façonner. À l’extérieur, il en est autrement. Le photographe va devoir composer avec les éléments naturels qu’il ne pourra pas déplacer à sa guise. La seule chose qu’il pourra déplacer, ce sera son modèle.

 

 

Le décor en studio

Le décor en studio est libre. Et vous en êtes le maître. Cela va du mur blanc à des arrières plans très élaborés, à base de tissus, plantes et bien d’autres. De même, vous allez pouvoir orienter la lumière comme bon vous semble.

Les fonds unis noir, blanc ou gris sont parfaits pour obtenir certains types de photos. Comme le High Key par exemple. Certains fonds comme le vert permettront plus facilement le détourage pour de l’incrustation a posteriori.

Photo en semi High Key, décor mur blanc et sofa

Photo en semi High Key, décor mur blanc et sofa

 

Mais ces fonds, s’ils permettent des choses intéressantes, sont souvent tristes. Il existe de multiples astuces pour égayer un portrait. Des caisses, des livres, une rose, certains types de tissus qui donnent un aspect texturé au mur. Tout n’est que question d’imagination. Et de recherches, que ce soit dans des expos (réelles ou virtuelles), des how to ou en chinant (pour les tissus, à Paris, il y a le marché Saint-Pierre).

Décor plus élaboré : fond en tissu, parquet en bois, caisse et livre.

Décor plus élaboré : fond en tissu, parquet en bois, caisse et livre.

 

S’il y a bien une constante dans le portrait, c’est l’omniprésence d’un arrière-plan plus ou moins flou. Plus ou moins, car c’est les circonstances et les envies du photographe qui influeront sur le degré de flou. En studio, sur des fonds unis, la notion de flou d’arrière-plan est presque anecdotique. Mais dans le cadre de fonds travaillés, elle redevient essentielle. On travaillera donc souvent à des ouvertures allant de f/4 à f/11, suivant ce que l’on veut obtenir. En dessous de f/4, il est possible de rendre floues des parties du corps. Ce qui n’est pas forcément l’idée de base.

 

 

Le décor en l’extérieur

 

Un arrière-plan flou

En extérieur, un arrière-plan flou est sans doute encore plus essentiel qu’en studio. Car l’idée du flou est de permettre au sujet photographié de se détacher, avec force, de l’arrière-plan. Cet arrière-plan n’est qu’un élément constitutif de la photo, mais pas son élément principal. Or, en extérieur, les éléments nuisibles à la lecture d’une photo sont encore plus nombreux qu’en studio. Surtout qu’ils ne sont pas maîtrisables et peuvent surgir au moment où le photographe s’y attendra le moins.

Arrière plan presque inexistant, qui fait ressortir le photographe (K-1 & DFA 70-200, f/8)

Arrière-plan presque inexistant, qui fait ressortir le photographe (K-1 & DFA 70-200, f/8)

 

Composer son fond est indispensable. Et, comme très souvent en photographie, il est nécessaire de prendre son temps pour observer le lieu de la prise de vue. Ce faisant, le photographe peut comprendre les différents éléments et interactions, afin d’éviter d’être pris au dépourvu au moment de la prise de vue. Pour certains, il faudra plusieurs minutes, pour d’autres quelques secondes suffiront. Ce qui est un vrai plus dans le cadre de street photography.

Conseil : il vaut mieux préférer les fonds unis ou des compositions pas trop structurés afin de ne pas brouiller la lecture de l’image.

 

Nous ne pouvons que vous conseiller lire ou relire nos articles sur la composition. Ils vous seront utiles pour trouver l’équilibre qui révèlera la beauté de votre modèle. En effet, l’équilibre de l’éclairage entre premier plan et arrière-plan est un des principaux éléments dont il faut tenir compte. Sans compter la complémentarité des couleurs, même si le résultat final doit être en Noir & Blanc. N’oubliez pas, non plus, les différents plans de l’image qui doivent s’accorder sans se confondre. Et pour cela, si vous le pouvez, éloignez votre sujet de l’arrière-plan. Quand c’est des clichés de personnes anonymes dans la rue, évidemment, ce n’est pas possible.

C'est la couleur des vêtements qui va permettre la différenciation avec le fond.(K-1 & DFA 70-200, f/8)

C’est la couleur des vêtements qui va permettre la différenciation avec le fond. (K-1 & DFA 70-200, f/8)

 

Objectif et technique

Encore une fois, les objectifs les mieux adaptés à ce type de prise de vues sont ceux dont la focale est supérieure au 50 mm. Parce que vous serez rarement près des personnes que vous souhaitez photographier.

En pratique, vous utiliserez principalement les modes qui vous laissent régler l’ouverture, puisque vous allez jouer sur la profondeur de champ. Votre but est de pouvoir isoler le sujet de l’arrière-plan. Si vous utilisez le mode Av (priorité ouverture), votre boîtier réglera la vitesse de prise de vue ainsi que les ISO. Pour ce type de photo, j’ai une tendance à privilégier plutôt le mode Tav. Ce mode vous laisse régler à la fois l’ouverture et la vitesse, ce qui vous permet une plus grande liberté dans les choix techniques (les ISO étant alors contraints dans une plage réduite, allant de 100 à 3200 ISO). Il reste aussi le mode M (manuel) à votre disposition. Mais dans les cas où il convient d’être rapide, ce n’est pas forcément le meilleur choix.

Arrière plan structuré mais éloigné (K-1 & DFA 70-200, f/8)

Arrière-plan structuré, mais éloigné (K-1 & DFA 70-200, f/8)

 

N’oubliez pas que le flou de l’arrière-plan dépend de plusieurs facteurs, dont :

  • L’ouverture du diaphragme : plus il est ouvert, plus le chiffre est petit et plus le flou d’arrière-plan est important ;
  • Le capteur. Plus il est petit, plus la profondeur de champ est grande, à ouverture égale. Avec un APC-S dont le capteur est environ 1,5 fois plus petit que celui d’un FF, il conviendra d’appliquer le même coefficient multiplicateur. Ainsi, si la valeur affichée est de f/7.1, le rendu de profondeur de champ sera environ celui qu’on aurait à f/11 sur un FF. Ainsi les smartphones qui ont de petits capteurs (6 mm de diagonale contre 43,3 mm pour les FF), auront comme coefficient multiplicateur 7,2 ! Ce qui explique pourquoi il est très compliqué de faire naturellement des portraits avec un beau flou d’arrière-plan avec ces appareils. Et aussi pourquoi Apple a mis au point son procédé avec double capteur !

 

N’hésitez pas à changer aussi vos angles de prise de vues. En extérieur, encore plus qu’en studio, c’est le moment pour choisir des décalages comme la plongée et la contre-plongée.

Et encore une fois, il faut pratiquer.

 

Crédit photo : © fyve