Travailler sur ordinateur n’est pas une maladie, encore moins une maladie honteuse.

Retravailler ses photos sur ordinateur est pratiquement obligatoire, utuapteur oblige.

Travailler sur ordinateur est l’équivalent du développement soigné et du travail de tirage de l’argentique.

La principale différence,  c’est que ce travail n’était accessible qu’aux professionnels et aux amateurs passionnés. Une autre différence tient aux possibilités techniques phénoménales qu’offre le numérique, comparées à ce que l’argentique permettait.

Un tirage argentique qui nécessitait 30mn était perdu si une fausse manoeuvre survenait dans les dernières minutes du processus. Il fallait recommencer à zéro. De toute façon, un tel tirage coûtait cher. Enlever les «pétouilles» était un processus pratiquement incontournable. Chaque tirage prenait entre 5 et 10 mn et devait être fait par quelqu’un d’habile, de préférence expérimenté, sous peine de voir le tirage passer à la poubelle. En couleur, tous ces processus devenaient pratiquement inaccessibles.

Déjà à l’époque, les techniques de labo, que certains qualifiaient d’ «extrêmes», comme la solarisation, étaient considérées comme «vulgaires» par l’écrasante majorité du monde photographique. Cette classification entre bonnes pratiques, invisibles, et mauvaises bidouilles, visibles par tout un chacun, pas créatives , etc… etc… existe depuis longtemps.

 

« Pour moi, il n’y a que deux sortes de photos: celles qui sont le produit du talent, et celles qui ne le sont pas. »

C’était vrai avec la photo argentique, ça le reste avec le numérique. Ce n’est pas nouveau. C’était déjà le cas avec certains peintres pompiers et les fauves. Et parmi les fauves aussi, il y avait des peintres plus ou moins talentueux. Les peintures de Lascaux ou de Chauvet sont talentueuses en diable, même si elles sont archéologiques, les photos de Winogrand, de Vivian Maier ou de Vishniac sont talentueuses avant d’être argentiques, de telle ou telle date.

Les raisons de post-traiter sont nombreuses et variées.

Pour ceux qui sont arrivés à la photo après le numérique, c’est l’évidence même. Pour les «vieux» de la photo pré-numérique, c’est  moins évident, temporairement.

Cette évidence commence avec le tri. On garde ses photos comme on gardait une pellicule développée. Une fois rentré «chez soi» on trie. Et on ne garde que ce qui mérite tirage (et développement numérique). Une fois cette opération faite, suivie du classement (mais c’est une autre histoire… à suivre) on post-produit. Et là s’ouvrent toutes les possibilités et autant de raisons de travailler sur ordinateur.

Niveau 1 : post-production à minima. Accentuation légère: 3 ou 4 curseurs, Netteté, Clarté. Si besoin on retravaille les hautes et basses lumières, légèrement. Et on sauvegarde.

Niveau 2: On ajoute le recadrage. Et même on duplique pour essayer-conserver plusieurs cadrages différents ou partiels. Et on sauvegarde.

Niveau 3 : On redresse les perspectives. Et on sauvegarde.

Niveau 4 : On retravaille pour produire du N&B, avec la variante Cut-Out, qui coule de source. * Et on sauvegarde.

Niveau 5 : On retravaille en local, avec tous les moyens possibles déjà cités et des modifications dans les 2 sens. Et on sauvegarde.

Niveau 6 : On modifie les couleurs, les saturations, les luminosités. on fabrique des photos débridées, délirantes. Et on sauvegarde.

Niveau 7 : Sous Photoshop ou Gimp ou autre, on travaille avec des calques, on supprime, on ajoute, on détoure, on remplace des matières par d’autres. On crée des images, à partir de clichés qui peuvent devenir de simples matériaux de base. Et on sauvegarde.

 

Les raisons personnelles de chacun pour travailler à un niveau ou à un autre sont probablement plus nombreuses que les niveaux.

Comme pour les photos, il y a deux sortes de post-traitement : celui qui est le produit du talent et celui qui ne l’est pas.

Simplement le PT peut faire tellement plus de choses que n’en faisait le laboratoire argentique, que percevoir le talent est peut-être devenu plus difficile.

Par ailleurs le retour, un certain retour de pratiques ante-numériques est, à mes yeux, une marque de la maturité du numérique. On peut commencer à prendre du recul. Et à prendre acte que la photographie est désormais très numérique, mais pas seulement numérique.

Et c’est tant mieux. De la diversité nait la richesse.

 

* Photographe depuis 1961. Passé au numérique en 2005 et au post-traitement en 2008, avec iPhoto, puis Lr, j’ai été très réticent au Cut Out pendant un certain temps, puis je me suis converti et ai rajouté une corde à mon arc.