Pourquoi je n’aime pas certains objectifs

« Pourquoi je n’aime pas… ? » est une question éminemment personnelle. La réponse elle-même ne peut donc qu’être aussi personnelle. On peut trouver des tas de raisons de détester ceci ou cela. Certaines de bonne foi qui expriment une réelle aversion, d’autres de mauvaise foi. Après tout, il n’est pas désagréable, parfois, d’être de mauvaise foi.

Essayons alors de trouver les raisons d’un désamour, qu’il soit dû aux goûts du photographe ou à son évolution photographique. Si tant est que l’on puisse parler de désamour : en effet, pour qu’il y ait désamour, encore faut-il qu’il y ait eu « amour ».

 

Pourquoi je n’aime pas…

Les objectifs de type UGA et fish-eye, c’est mon inimitié, non pas du moment, mais éternelle. Permanente et profonde. Explications et justifications, de bonne et de mauvaise foi (chacun fera le tri) :

Les caractéristiques de ces objectifs

Le point commun entre UGA et fish-eye, est une longueur focale extrêmement courte. Le corollaire est que la profondeur de champ est nettement plus importante qu’avec un objectif de focale standard. Et le champ photographié est aussi notablement plus large, en largeur comme en hauteur : cet effet est nettement plus prononcé, à focale égale, sur un boîtier à capteur FF que sur un boîtier à capteur APS-C. Ainsi, un objectif tel que le Zenitar 16mm f/2.8 est un fish-eye (certes rectilinéaire), monté sur un capteur FF, alors qu’il n’est plus qu’un UGA sur un capteur APS-C (où il cadre alors comme un 24mm). Pour autant, la focale n’est pas le critère discriminant pour différencier un UGA d’un fish-eye : c’est la formule optique qui importe le plus.

Zenitar 16 – Par JPRoche — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=25511289
Zenitar 16 – Par JPRoche — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=25511289

 

Et voilà une première raison de mon « désamour » : la grande profondeur de champ a tendance à mettre sur un même niveau tous les éléments de la photo, et surtout s’il s’agit d’un paysage comme une plage de bord de mer.

Particularités des images d’un fish-eye

Un objectif « fish-eye » a pour caractéristique de fournir des images avec des déformations très courbes et parfois quasi circulaires. C’est normal : son angle de vue est encore plus grand (plus large) que celui d’un objectif ultra-grand-angle. Il peut aller jusqu’à 180°. De quoi, pour certaines personnes bien dotées de ce point de vue (ou plutôt d’écoute !), photographier, volontairement ou pas, ses propres oreilles. Le tout, bien sûr, en voulant portraiturer le modèle face à soi ! On ne cite personne, s’il vous plaît ! Si l’on souhaite vexer la personne que l’on photographie en s’amusant à ses dépens, rien de tel qu’un portrait de près au fish-eye, voire à l’UGA !

On parle des oreilles, mais on pourrait aussi parler des pieds et des mains ! Il n’est pas rare, avec ces objectifs, de se piéger soi-même et d’inclure ses pieds dans le champ photographié. Ou encore ses doigts, si l’on ne prend pas garde à tenir l’appareil de façon à éviter ce genre de bévue.

En numérique, cela peut encore parfois être rattrapable, notamment en recadrant en Post-Traitement. Mais en argentique c’était nettement moins facile, voire parfois impossible, et dans tous les cas… beaucoup plus coûteux !

Une image circulaire prise avec un « fish-eye 180° » Photo de Josef F. Stuefer pour Wikipedia - Creative Commons Attribution 2.0 Generic
Une image circulaire prise avec un « fish-eye 180° »
Photo de Josef F. Stuefer pour Wikipedia – Creative Commons Attribution 2.0 Generic
Les appareils « 360° »

On pourrait ajouter aux images faites à l’aide des fish-eye, celles qui sont prises par des appareils du genre Ricoh Theta, qui englobent un champ de 360°. La technologie est différente (utilisation de deux objectifs sur le Theta), mais le résultat me semble aussi peu lisible dans certains cas.

De nombreuses photos et vidéos « 360° » sont visibles sur le site consacré au Theta. Si elles ne sont pas ma « tasse de thé » (chacun ses goûts !), elles n’en sont pas moins dignes d’intérêt et leur qualité est assez remarquable.

Pour ma part, je ne « sais pas » (comme on dit en Belgique) lire une image à 360°. Entendre par là « je ne peux pas » lire de telles images. Incapacité ou fainéantise intellectuelle ? Façon de « penser » la photo très différente ? Modestement, il y a sans doute un peu de tout ! Il est très clair que ma conception de la photo s’éloigne grandement de ce que peuvent produire généralement UGA et autres Fish-eyes. Mais il est incontestable que la compréhension de telles images m’est totalement étrangère et que je n’ai pas la moindre envie de faire les efforts nécessaires pour y remédier. Peut-être cela changera-t-il avec le temps, mais j’en doute. Mon âge s’y prête peu. Quant à l’avenir… !

Autre inconvénient des UGA et fish-eyes

Cette propension à incliner les lignes droites verticales est bien connue chez ces objectifs. C’est d’ailleurs pourquoi beaucoup de logiciels de Post-Traitement incluent une fonctionnalité de correction des perspectives. Il existe même des logiciels spécialisés dans ce domaine.

Ce « défaut » s’accentue d’autant plus que l’appareil photo ne soit pas parfaitement tenu à l’horizontale… ou du moins que l’axe optique de l’objectif ne sera pas parfaitement horizontal. S’il « pointe » vers le haut ou vers le bas, les déformations seront encore plus importantes. C’est la même « punition » si le sujet présente une grande hauteur : il devient impossible de le photographier sans déformation. Qui n’a jamais vu des photos des tours de Manhattan où le dernier étage est absolument indiscernable alors que le sol paraît démesurément large ?

L’image de titre (non corrigée, juste redimensionnée), prise avec le même objectif que celle ci-dessous, montre clairement que les bâtiments, à gauche et à droite, ne sont pas verticaux. De mon point de vue, c’est gênant. On remarquera, d’ailleurs, que la « penchitude » n’est pas dans le même sens : vers l’extérieur, dans la photo de titre (format « paysage »), vers l’intérieur dans l’image ci-dessous (format « portrait »).

 

Image prise avec un UGA 20mm. La "penchitude" des arbres et bâtiments est évidente.
Image prise avec un UGA 20mm. La « penchitude » des arbres et bâtiments est évidente.

La moindre erreur à la prise de vue se traduira inévitablement par un surcroît de travail en Post-Traitement. Oui, je sais, c’est aussi vrai avec d’autres objectifs, mais, comme on les utilise plus souvent, on les connaît mieux et on sait éviter les erreurs dès la prise de vue. En principe !

D’autres exemples de distorsions (déformations) produites par des UGA dans cet article.

Les difficultés de composition

Le risque, lorsque le champ photographié est très vaste, surtout en paysage, est de composer sa photo sans prendre en considération le premier plan. Et ça, c’est rédhibitoire ! Il faut y inclure un élément dont la netteté ne prêtera pas à critique. Choisi et disposé avec soin, il sera le point de départ de la lecture de l’image, et permettra ainsi au regard d’y naviguer harmonieusement.

Et ça, c’est le genre de chose que j’oublie parfois avec un simple grand angle. Alors, pensez à l’effet que cela produirait avec un UGA ou un fish-eye !!

La lassitude

Les déformations, dans ces images d’UGA et fish-eye sont telles que la réalité n’est plus perceptible en tant que telle, mais comme une vision interprétée. C’est probablement très artistique, mais pas obligatoirement dans la vision artistique de chacun.

On se lasse facilement. En tous cas, moi, je suis facilement lassé par les images que produisent ces objectifs. Sauf à être un « fan » absolu et inconditionnel de ce genre d’images, force est de constater qu’au-delà de l’amusement des premières prises de vue, on en fait assez rapidement le tour ! Des immeubles qui penchent « dangereusement » en convergeant les uns vers les autres ou des arbres qui semblent pousser à 45°, ce n’est vraiment pas l’alpha et l’oméga de la photo. Du moins dans ce que je considère, moi, comme étant de la photographie !

Quelques fish-eye et UGA chez Pentax

Comme on ne peut cependant pas éviter totalement de parler de ces objectifs, voici ce qui existe ou a existé.

En 2019, la gamme des objectifs Pentax n’est pas, on le sait, pléthorique. On y trouve l’essentiel, bien sûr, mais pour le superflu, il faudra voir ailleurs ou plus loin en arrière dans le temps.

Les fish-eye

Actuellement, le seul fish-eye Pentax est le SMC Pentax-DA 10-17mm F3.5-4.5 Fish-Eye ED [IF], toujours au catalogue depuis… 2006 !

Dans le passé, plusieurs objectifs fixes de ce type ont été commercialisés et, bien entendu, ils étaient faits pour le format 24×36 :

Takumar Fish-Eye 18mm f:11

en monture M42 produit de 1963 à 1967, minuscule (60mmx12mm) et léger (98g). Son diaphragme était constitué d’un disque comportant plusieurs perforations (1 pour chaque ouverture) parfaitement circulaires ; son angle de « vision » était de 180°. Il a succédé à un fish-eye 17mm quasi identique (seule la focale a changé) dont on ignore s’il a réellement été commercialisé.

K 17/4 Fish-Eye.

Il a existé en 2 versions :

  • SMC PENTAX FISH-EYE 1:4/17 (inscription et graphie officielles) apparu en 1975
  • smc PENTAX FISH-EYE 1:4 17mm (inscription et graphie officielles) apparu en 1977

Les deux versions étaient très petites (diamètre 65mm, longueur 34mm, poids 235g). A noter que ce fish-eye a existé aussi en Takumar, sans traitement smc, et a été produit de 1962 à 1963.

smc PENTAX FISH-EYE 1:2.8/8,4 mm

(1er nom : « birds-eye ») apparu à la Photokina de 1982, mais sur lequel on ne trouve que peu de renseignements, y compris sur le site initié par Bojidar Dimitrov. Sa caractéristique la plus « improbable » est qu’il ne possédait aucune bague de mise au point. Un « fix-focus », par conséquent. Beaucoup plus volumineux que les précédents (diamètre 81,6 mm, longueur 139,7 mm, poids inconnu). Si un lecteur en sait davantage, ses renseignements seront les bienvenus !

smc PENTAX-A FISH-EYE 1:2.8 16 mm,

produit de 1995 à 2004. De dimensions (65 mm x 56mm) et de poids (320 g) raisonnables (image sur PentaxForums), c’est le dernier en date des fish-eye fixes de Pentax.

Pour les 16 et 17 mm, des renseignements sont disponibles sur le site de PentaxForums. Le 8,4 mm, en revanche, n’y figure pas.

En zoom, le plus connu est sans doute le SMC Pentax-F 17-28mm F3.5-4.5, produit de 1995 à 2004.

Les UGA

Les UGA, eux, sont beaucoup plus nombreux, même si l’on ne considère que ceux dont la focale est inférieure ou égale à 20 mm. Ce sont souvent des zooms : en version DA, le SMC Pentax-DA 12-24mm F4 ED AL [IF] fait partie de la liste, comme, en format FF, le HD Pentax-D FA 15-30mm F2.8 ED SDM WR. Notons aussi le SMC Pentax-FA J 18-35mm F4-5.6 AL (2003-2006), de gamme très moyenne et qui n’a pas laissé un souvenir impérissable. Le meilleur des anciens est sans aucun doute le remarquable FA 20-35mm f/4 AL (1998-2004), toujours très recherché.

Mais il a aussi existé bien des focales fixes UGA (des 15, 18 et 20 mm en format FF, bien sûr) de bonne réputation.

smc Pentax 18mm f/3.5
smc Pentax 18mm f/3.5

Pour conclure

Ce sont là les raisons qui m’ont toujours poussé à éviter les objectifs avant un trop grand angle. Encore une fois, ce sont MES raisons. Mais ce n’est en aucun cas une critique à l’égard de celles et ceux qui adorent les images que procurent ces objectifs. Il me semble (mais c’est un point de vue très personnel) que l’on peut aimer ça de temps en temps, « pour changer » des habitudes, mais pas davantage. N’oublions pas, cependant, que la lassitude et la routine sont des ennemies du photographe. Alors, à chacun ses goûts et ses dégoûts, l’essentiel étant de prendre du plaisir à faire les images que l’on a envie de faire.

 

Quelques images prises au Zenitar 16mm f/2.8

Crédit : ©Valia Ouvrier (cliquer sur les images pour les agrandir)

New York (c) Valia Ouvrier
New York ©Valia Ouvrier

 

New York (c) Valia Ouvrier
New York ©Valia Ouvrier

 

New York (c) Valia Ouvrier
Autre image de New York (Manhattan) ©Valia Ouvrier