La Profondeur de Champ est un sujet central de la photographie, car elle touche plusieurs points cardinaux: la netteté, le flou, la construction de la photo. Commençons donc par le commencement.

 

Qu’est-ce que la profondeur de champ ?

C’est la zone de la photo qui sera nette. Souvent elle est située dans la zone médiane de la photo, ni trop loin, ni trop près. Elle souligne et met en avant le sujet de la photo.Le reste, devant et derrière est plus ou moins flou.

Qu’apporte t-elle ? La netteté concentre l’attention du spectateur sur elle, donc sur le sujet. Elle dégage le sujet de l’arrière plan. Elle gomme les fonds inesthétiques qui distraient le regard du spectateur. Elle est donc un élément important de la construction de la photo.

 

Comment fonctionne-t-elle ?

La PdC est liée à 3 paramètres.

1- L ‘ouverture

La PdC dépend d’abord de l’ouverture : plus le diaphragme est fermé, plus la PdC augmente. Plus le chiffre du diaph est grand, plus la PdC est grande. C’est commode et simple à mémoriser.

 

2- La distance de Mise Au Point (MAP)

Plus celle-ci est courte, plus la zone de netteté sera réduite. La meilleure illustration de ce phénomène se trouve sur les objectifs à focale fixe dotés d’une échelle de distances visible sur la bague de MAP (photo 1 en haut – chiffres blancs et rouges). L’autre élément est l’échelle des diaphragmes gravée sur le fût fixe à gauche du repère de MAP et sa réplique à droite du repère (photo 1 en dessous).

Pour un objectif de 50mm, le diaphragme choisi étant f:8; si la MAP est à l’infini, la zone de netteté ira jusqu’à un peu plus de 10m (photo 1). Si la MAP est à 10m, la zone de netteté ira jusqu’à un peu plus de 5m (photo 2). Si la MAP est à 2m, la zone de netteté ira jusqu’à ~1,80m (photo 3) et ainsi de suite en se réduisant. Si la MAP est à 0,80m la netteté ira jusqu’à un peu plus de 0,76m! (photo 4).

 

8278-INF8

photo 1- f:8 MAP= ∞ > netteté ∞ – 10m

 

8281-10m8

photo 2 f:8 MAP=10m > netteté 10m – ~5m

 

8282-2m8

photo 3 f:8 MAP=2m > netteté 2m – 1,80m

 

8283-0,8m8

photo 4 f:8 MAP=0,80m > netteté 0,80m – 0,77m

 

On peut augmenter cette zone de netteté en utilisant la méthode de l’hyperfocale.

L’hyperfocale est le point de MAP qui, pour une ouverture donnée, permet d’obtenir la profondeur de champ maximale.

Le calcul théorique se fait avec la formule

hyperfocale         Comme f est négligeable on peut supprimer (+f) La formule est en m. Pour l’obtenir en mm multiplier par 1000.

f = focale en mm      N = ouverture du diaphragme     c = cercle de confusion lequel dépend de la surface du négatif / capteur, donc du tirage (distance du centre optique de l’objectif au capteur)

Ces CdC sont les suivants:

  1. 24×36 = 0,033
  2. 6×6 = 0,045
  3. 6×7 = 0,060
  4. Canon = 0,019 (APS-C)
  5. Nikon = 0,020
  6. Pentax = 0,020
  7. 4/3 = 0,015
  8. ciné 16mm = 0,015
  9. ciné 35mm = 0,025

Lorsque le point est fait sur l’hyperfocale, la zone nette va de l’infini jusqu’à la moitié de la distance point hyperfocal – appareil.

Pour un objectif de 50mm à f:8 on a: H =50 ² / 8x 0,033 = 9,47m La photo sera nette de ∞ à 4,75m.

Vous conviendrez que cette méthode, extrêmement précise, n’est pas exactement commode, sur le terrain en tout cas. Avec une focale fixe sur laquelle sont indiquées les échelles symétriques de diaph, il vous suffit de caler l’∞ sur l’ouverture du bon côté et vous lisez la netteté minimale en face du repère de diaph de l’autre côté, en 1 seconde vous avez la même indication que par le calcul, à 20cm près. Mais pour les amateurs de calcul mental l’usage de la formule est un bon exercice de brain training (gymnastique cérébrale).

Ainsi pour f:8 – on aura la netteté de l’infini à ~ 5m(photo 5), et de 0,80m à 0,72m (photo 6). On gagne 5m avec une MAP lointaine et … 4cm avec une MAP très proche!

8284-Hypfoc8

photo 5

 

8287-Hypfoc8

photo 6

On vérifie que les distances obtenues par les 2 méthodes sont identiques à quelques centimètres près. Et enfin on a une démonstration pratique éclatante du lien entre la PdC et la distance de MAP.

Dans la pratique, par prudence, positionnez l’infini (ou la distance maxi que vous souhaitez) légèrement à l’intérieur (vers le repère de la MAP) de la gravure du diaph choisi, de façon à éviter que l’infini (ou la limite lointaine maxi où de la netteté que vous souhaitez) soit flou(e).

Nota. Sur les échelles de diaphragmes gravées sur les objectifs, vous remarquerez que les distances ne sont pas espacées de manière régulière, mais géométrique. Les espaces augmentent en se rapprochant de la MAP minimale. Entre 10m et 5m, 7,5m (non gravé) ne sera pas au milieu, mais plutôt aux 2/3 vers 10m.

 

3- La focale

Nous n’entrerons pas ici dans le détail de l’explication scientifique rigoureuse concernant la PdC et la focale.

En théorie, la Pdc est la même, quelle que soit la focale.

Dans la pratique on constate, en lisant les gravures sur les objectifs, que cette PdC varie selon les objectifs et qu’elle est plus grande pour les focales plus courtes.

Ainsi à f :11, pour un 50mm (Zeiss Planar) on a une netteté de l’infini à ~ 3,80m, pour un 135mm (Télézenitar) on a une netteté de l’infini à ~ 20m.

Je vous conseille de ne jamais affirmer sur un forum photo que la profondeur de champ est liée à la focale de l’objectif. Vous risqueriez de vous faire tirer les oreilles, pour faire dans l’euphémisme, par quelque théoricien rigoureux, mais plutôt de vous en tenir dans la pratique aux indications des objectifs, quand ils en sont pourvus.

 

Comment l’utiliser ?

  • Techniquement. Principalement en choisissant le diaphragme qui donnera une PdC correspondant à vos besoins ou envies pour une photo donnée; Pdc réduite ou maximale, pour citer les extrêmes. Ce qui implique de fonctionner en mode Av. Mais pas seulement, il est possible, pas facile, mais possible de gérer son diaphragme autrement qu’en mode AV, en ayant systématiquement l’œil aux aguets dans le viseur.
  • Pratiquement. On l’aura bien compris, tout ce qui vient d’être dit implique d’anticiper, de construire sa photo en amont, d’avoir prévu une profondeur de champ avant de déclencher.

On fera donc la mise au point pour que la zone nette soit située là où on la veut, pour dégager le sujet du contexte, du fond, pour souligner le sujet en créant un contraste de netteté opposée à du flou, associé ou pas à du clair / foncé.

Cette netteté peut aussi se construire en dégradé de plans successifs, construction très « gagnante » avec les télés qui ajoutent l’écrasement des perspectives et des plans. Pour gérer la profondeur de la zone nette, son épaisseur, on jouera sur l’ouverture, dans un sens comme dans l’autre.

  • D’un côté la photo où tout est net (photo 7), ce qui demande un diaphragme fermé (11-(13)-16 et même, si la qualité le permet et que l’ouverture existe sur l’objectif, 22. En principe, vers 13 et au delà, la diffraction dégrade le piqué. Nous n’avons pas constaté de dégradation vraiment visible sur un écran de 21,5’’, c’est à dire 30x40cm. Mais cette dégradation doit être visible sur des agrandissements plus grands, surtout sur les bords.
  • Et de l’autre côté, la photo où seule une « lame » de quelques dizaines de centimètres est nette, au milieu d’un océan de flou.
Grand Palais-13

photo 7 f:13 tout est net, sauf la fenêtre floue à cause de la surrex.

 

Châtelet-3,5

photo 8 f: 3,5 La PdC se limite à une zone de 50 à 60 cm d’épaisseur.

 

Le bokeh

C’est le nom japonais du flou d’arrière plan, dont la qualité est primordiale dans les photos du type cité ci-dessus. La qualité de ce bokeh dépend directement de la conception optique de chaque objectif et particulièrement de son diaphragme, plus exactement des lames de celui-ci, de leur nombre et de leur forme, du cercle qu’elles forment. Actuellement, le summum est considéré comme un diaphragme parfaitement circulaire qui garde cette forme quand il se ferme, quelle que soit la valeur du diaphragme. Il existe des objectifs, plus tout jeunes, il est vrai, qui donnent des bokehs tournants, en étoile, les catadioptriques qui donnent des «donuts» caractéristiques, rigolos, mais lassants à la longue.

Enfin la qualité du bokeh dépend du format du capteur. En APS-C, outre que la PdC est paradoxalement plus importante, on a du mal à obtenir du flou d’arrière plan tellement cette PdC est importante. En plus, les transitions du net au flou sont brutales, sans progressivité. Ce qui est fort désagréable à l’œil.

C’est une raison très valable de vouloir passer au FF : trouver ou retrouver un bokeh doux et progressif avec lequel on peut jouer, pour construire sa photo.

Il est à noter que si en APS-C le problème est de parvenir à avoir du flou, «S’il vous plait un peu de flou», en FF il est plutôt d’avoir du net, «Serait-il possible d’avoir un peu plus de netteté ?».

Ainsi, en APS-C, sauf si vous faites la MAP à distance moyenne, à 5,6 vous n’aurez pratiquement pas de flou, alors qu’en FF, vous aurez pas mal de bokeh. Si vous voulez plus de zone nette, vous devrez fermer votre diaphragme et oser f:11. Il va donc falloir vous habituer à travailler beaucoup plus avec le flou avant et le flou arrière et l’intégrer dans votre composition.

 

Galerie

IMGP8507

K-5 – FA50/1,4 – 1/100s – f:4 – 80 Iso

PdC classique: la mise au point est faite sur l’ombre du tabouret, les plans successifs sont de moins en moins nets.

 

K-5 - FA50/1.4 - 1/50s - f:2 - 1600 Iso

K-5 – FA50/1.4 – 1/50s – f:2 – 1600 Iso

PdC assez classique: les premiers plans flous (les visages floutés naturellement).  Seuls quelques personnages plus lointains et une affiche sont nets, permettant de situer la scène. Le fond est flou.

 

Mode Quartier Latin Paris-1-2

K-1 – Tamron 28-75/2,8 – 1/800s – f:4,5 – 400 Iso

Cette photo propose une image mélangeant des objets proches et un fond lointain, reflet d’immeubles de l’autre côté de la rue. La juxtaposition d’un objet sombre proche avec la silhouette sombre de l’immeuble crée un morceau d’image nette paradoxal qui trouble la perception de profondeur de champ, limitée ici à une fine « lame », située pratiquement à l’infini photographique.

 

Iconographie par Valia – cliquez sur les photos pour agrandir