S’il est bien un problème qui revient régulièrement, c’est celui qui concerne la protection des photos sur le web. Il arrive très souvent (trop au gré de certains) qu’une photo soit volée pour être reprise ailleurs, sur un site web, voire dans une publication. Tant que cela arrive aux autres, nous avons plutôt tendance à en rire ou, du moins, avoir une pointe d’amusement aux lèvres. Jusqu’au jour où cela nous arrive personnellement. C’est alors nettement moins drôle.

Cet article n’est pas le premier sur le sujet, bien d’autres auteurs l’ayant traité. Cette version, ici dans sa quatrième incarnation, ne prétend pas révolutionner les choses. Il a pour vocation de repositionner le sujet et envisager les diverses solutions qui s’offrent à nous.

 

Et pour commencer, il faut garder en tête que ce qui reste la meilleure protection possible à ce jour est de ne pas publier sur le Web ! C’est radical, mais on ne fait pas mieux. Sauf que cette solution ne peut convenir.

Quelles sont donc les principales parades et sont-elles efficaces ? A vrai dire, il n’existe pas une solution qui soit 100% efficace. Par contre, on peut arriver à faire en sorte que le futur emprunteur soit découragé et aille chercher ailleurs. Il ne faut, en aucun cas, partir battu, se dire qu’on n’y peut rien. Il existe un certain nombre d’actions à mener avant le vol et après celui-ci.

 

Avant le Vol

Il s’agit de réfléchir en amont. Tout est une question de curseur entre :

  • la lisibilité de l’image que l’on souhaite conserver. Si cette dernière est primordiale, alors on ne pourra pas grand chose.
  • le temps qu’on souhaite mettre dans une protection.
  • l’argent que cela nous coûtera.

 

Les solutions faciles de protection

1- Empêcher l’enregistrement des images

Grâce à du code informatique dans la page web (il faut donc avoir accès au code source de la page afin de la modifier), l’option « Enregistrer une image sous… » est supprimée. Mais voila, la plupart du temps, empêcher l’exécution du code javascript suffit à rendre obsolète cette protection. On peut certes empêcher la désactivation du javascript, mais bon… Sans compter qu’une copie écran permettra également une récupération, certes de basse qualité mais exploitable sur le Web.

Cette première idée peut donc prendre la porte, sans regret.

 

2- Protéger les répertoires de vos images

C’est quelque chose que tout le monde oublie, mais via votre navigateur, on peut deviner les répertoires où sont stockés vos images. Et si ce répertoire n’est pas protégé, alors on peut visualiser lesdites images facilement.

Il est très facile de protéger ce type de répertoire. Pour cela, il suffit d’y mettre un fichier vide nommée index.html (sauf si il existe déjà, dans ce cas, le répertoire est déjà protégé).

Ce fichier contiendra seulement ceci :

<html>
</html>

Et c’est suffisant pour empêcher les personnes à visionner un contenu de dossier.

 

3- Dégrader les images

Au lieu de mettre la photo en plein format, il suffit d’en créer une version plus petite en la redimensionnant (par exemple, ne pas dépasser les 650 pixels en hauteur ou en largeur). Après ce redimensionnement, on enregistre au format jpeg avec une bonne compression (ne pas dépasser 20).

Cela n’empêchera pas de copier l’image et de l’afficher dans la même résolution ailleurs, mais c’est à peu près tout ce qui sera possible. Car l’image sera de mauvaise qualité. Attention, une compression à 20% peut géner la vison…

Compression JPEG à 10%

Compression JPEG à 10%

Compression JPEG à 20%

Compression JPEG à 20%

Compression JPEG à 30%

Compression JPEG à 30%

 

Les solutions plus complexes de protection

4- Les filigranes

Un filigrane consiste en un ou plusieurs textes et/ou logos que l’on incorpore dans une photo ou une image numérique. On marque ainsi visuellement une image. Cette solution n’est pas populaire mais il s’agit du moyen le plus simple et le plus efficace pour protéger ses images. Retirer un filigrane, grâce à des logiciels comme Photoshop ou PaintShopPro, est possible mais va demander du temps et de la patience. Et il faut être très bon pour ne pas laisser de traces.

Mettre un beau filigrane (un « © PENtax Klub » par exemple), plus ou moins transparent, à 2 ou 3 endroits de l’image, cela ne donne pas envie de copier et d’utiliser l’image ailleurs. Si une personne veut absolument utiliser mon travail, elle le pourra toujours, mais ce sera visible. On compte ici sur l’impatience des gens.

exemple de 4 filigranes, avec une incrustation plus ou moins importante

exemple de 4 filigranes, avec une incrustation plus ou moins importante

 

Comment créer un filigrane ? Si vous avez un outil graphique type Photoshop, c’est simple. Pareil si on utilise LightRoom (dans les fonctions d’export). Il existe même des logiciels dédiés à la création de filigrane (comme sur Mac). Mais si les logiciels que vous utilisez n’ont rien, alors vous pouvez vous rabattre sur des sites web comme Watermarktool ou des logiciels dédiés (comme Bordermaker ou Watermark-Image sur Windows –  WatermakPro ou ImageTools sur OS X).

 

5- Solution 3 + Solution 4

L’idée est de mélanger ces 2 solutions. On protège les répertoires et on créée une image suffisamment grande mais pas trop, qui sera sauvegardée en jpeg dégradé et avec des filigranes et une signature. Cela ne plait pas à tout le monde, mais au moins cela rendra les choses suffisamment complexes pour que le voleur moyen passe son chemin.

Cette tache (hors répertoire) peut être automatisée dans la plupart des logiciels graphiques (dans la procédure d’exportation par exemple pour LR, ou via un script dans Photoshop).

Cette solution est souvent à privilégier quand on est un amateur qui ne vit pas de la vente de ses photos.

 

La solution de protection couteuse en temps et/ou en argent

6- Le watermark ou tatouage numérique en français

Cette solution conviendra plutôt aux photographes professionnels, ceux qui exploitent leur travail à des fins commerciales. Ils ont besoin d’une plus grande sécurité, d’une meilleure protection. Il s’agit de tatouer une photo, à l’instar de ce que la solution 3 proposait, mais de manière nettement plus fine. Ce tatouage numérique peut être associé à des outils de recherche puissants qui vont détecter une utilisation illégale.

La marque peut être un nom, un logo ou n’importe quel élément qui identifiera le propriétaire de l’oeuvre ou un acheteur.  La ou les marques sont injectées dans l’image de manière « invisible » (en jouant sur les teintes et les textures par exemple). Résultat, aucune gêne visuelle mais si l’image est reprise ailleurs dans n’importe quel support, le tatouage sera aussi reproduit et donc l’image tracée.

Cette solution coûte cher mais elle est efficace. Digimarc ou SignMyImage en sont des représentants.

 

C’est quoi un bon filigrane ?

Il convient de garder à l’esprit qu’un filigrane doit être placé soigneusement, avec amour. Il peut être placé en haut, en bas, au milieu, à gauche, à droite ou au centre. Peu importe, du moment qu’il est visible et qu’il altère suffisamment l’image sans empêcher de voir. Attention donc à la couleur utilisée.

Un filigrane doit contenir à minima votre nom ou votre url ou votre logo. Ou les 3 à la fois. Son but est de faire comprendre aux voleurs potentiels que l’image vous appartient.

 

Après le vol, que faire ?

Que faire si vous êtes victime d’un vol et que votre ou vos photos se retrouvent sur un autre site, dans une publicité, sur la couverture d’un livre ou dans une quelconque publication ?

Si l’auteur du vol est citoyen d’un pays respectueux des lois et du droit de la propriété intellectuelle, alors vous allez pouvoir intenter une action en justice avec de bonnes chances de réussite. Si le pays n’est pas très respectueux de ces lois (je pense ici à la Russie ou à la Chine, entre autres), votre action a nettement moins de chances d’aboutir.

Voici donc une marche à suivre que vous pouvez adopter en cas d’appropriation illégale de vos images.

En premier, allez consulter le site de l’avocate Joelle Verbrugge. Elle est spécialiste en droit de la photographie, entre autres. On y trouve de très bons conseils. Et qui sait, vous ferez peut-être appel à ses services… Elle n’est pas la seule en la matière, une petite recherche sur le web vous permettra de trouver ses confrères. Consultez également l’Union des Photographes Créateurs.

 

En second lieu, il va falloir se munir de preuves. La meilleure d’entre elles sera le constat d’huissier. Tout le reste (capture écran, récupération de logs ou de dates d’upload des photos incriminées, journal ou livre avec la parution) seront certes des preuves, mais avec un moindre impact, surtout si la photo a disparu. Très important quand il s’agira de démontrer l’importance du préjudice si vous allez en justice pour obtenir des réparations.

 

Troisième étape, faire valoir vos droits auprès de l’éditeur (cela peut-être un responsable de blog, de site ou de la publication, particulier ou entreprise). Contactez le directement en lui envoyant une facture pour l’utilisation abusive de votre ou vos photos (entre 250 et 300€ HT par photo), une demande de suppression des photos utilisées et une proposition de tarif pour des droits d’exploitation limités.

L’erreur est de commencer par négocier. Si vous êtes trop gentil, vous vous ferez balader dans les grandes largeurs. Une facture avec les mentions « surfacturation pour usage sans autorisation = xxx€ HT » et des tarifs pour « Usage de la photo comme illustration de site  hors page d’accueil = xx€ HT » (à moduler selon l’usage commercial ou pas), c’est nettement intimidant d’emblée. De plus, en cas de non réponse et qu’il faille aller plus loin, la loi sera pour vous car une facture envoyée est difficilement contestable (surtout si assortie de preuves).

En l’absence de réponse sous 15 jours, recommencez, avec un envoi en lettre recommandée. Si il n’y a toujours pas de réponse, passez à l’échelon supérieur. Contactez l’hébergeur, l’administrateur du site (Facebook, FlickR & co). C’est assez efficace pour obtenir une suppression. Lors du contact, il faudra préciser la ou les images dont il est question, leurs emplacements (url, page du livre ou de la revue, etc.), l’absence d’autorisation de votre part et une copie de votre facture pour usage sans autorisation.

Lors de ces demandes de suppression, vous n’avez pas à fournir la preuve de votre propriété. Vous annoncez que vous l’êtes, que vous n’avez pas donné d’autorisation et que si il n’obtempère pas, ce sera une action en justice. C’est tout.

Si aucun arrangement, même mauvais, n’est possible (suppression, indemnisation, etc.), alors il faudra aller en justice. La meilleure solution est d’être adhérent à une société d’auteurs qui se chargera de tout (en échange d’un pourcentage sur les gains). C’est parfois long, très long, mais dans l’ensemble c’est assez efficace, même pour un piratage venant de l’étranger.

 

Vous l’aurez compris, la protection des photo est complexe et une fois qu’un vol a été commis, il est difficile de faire valoir ses droits. A moins de ne jamais publier quoique ce soit, vous serez, un jour ou l’autre, l’objet d’un usage frauduleux. Tentez de vous prémunir en amont du mieux possible et soyez ferme quand vous vous rendez compte du vol.