Même si l’article s’adresse principalement à ceux qui envisagent de changer de logiciel de PT RAW, et donc de stratégie de développement, il parlera tout autant à ceux qui n’ont pas encore effectué un choix.

Si désormais il existe de nombreuses solutions pour le post-traitement, malgré un dénominateur commun qui reste le développement de fichiers RAW, ces solutions présentent de grandes différences ». Elles sont différentes en termes d’approches, d’ergonomie, de fonctionnalités. Notre tour d’horizon des principaux logiciels disponibles vise justement à montrer cette diversité et ce que chacun peut apporter. Et cela peut donner des idées de changement.

Pourquoi pas ? Mais décider de changer de logiciel de Post-Traitement RAW n’est pas anodin. Le célèbre « y’a qu’à, faut qu’on » ne peut pas s’appliquer ici, même si la décision peut être la résultante d’un coup de tête. Ce que nous déconseillons fortement. Le choix doit-être réfléchi et les conséquences mesurées. C’est une des raisons pour lesquelles nous vous proposons quelques conseils de bons sens avant d’entamer une transition.

 

 

Différences & Ressemblances

Je ne suis pas le même que mon concurrent

Moteur d’interprétation

Pour commencer, chacun a un moteur d’interprétation RAW qui lui est propre. Sur ce point, il convient de tester les logiciels qui vous intéressent et voir quel moteur de rendu vous semble le plus en phase avec votre ressenti. Si certains ne jurent que par Lightroom (peu importe la version), d’autres assurent que seul DxO est capable de tirer la quintessence de leur boîtier ou que seul Capture One est en état de rendre la couleur chair de la peau de manière parfaite.

Prenez des photos tests : une photo sous le soleil (paysage de préférence), une autre sous les nuages, une photo de nuit et un portrait. Et utilisez les versions d’essai que proposent tous les éditeurs pour tester. Il ne vous restera plus qu’à les classer suivant votre ressenti.

 

 

Les fonctionnalités

Si tous proposent des outils similaires pour post-traiter les RAW, il existe de nombreuses différences avec les fonctionnalités. À ce jour, Lr est le plus abouti puisqu’on peut à peu près tout faire sans jamais quitter le logiciel. En revanche, il est loin d’être parfait dans tout ce qu’il propose. C’est ainsi que DxO est sans aucun doute le meilleur en termes de corrections des optiques, tandis que Capture One propose des outils d’annotation et un moteur de rendu un peu supérieur.

Digital Camera Utility, une interface ancienne

 

Par exemple, Pentax propose, pour certains boîtiers (comme les K-3II, KP, K-1 ou encore K-1 mark II) le PixelShift. Mais à ce jour, seul le logiciel fourni par Pentax (DCU basé sur Sylkipix) est officiellement compatible. Lightroom est capable de gérer la version 1 du PixelShift, mais pas les versions 2 (gestion des mouvements) et 3 (prise de vue à main levée).

Là encore, faites une liste de ce qui vous semble réellement indispensable. C’est en croisant tous les critères que vous pourrez effectuer un choix.

 

 

Et pourtant on se ressemble

Tous ces logiciels vont présenter des outils similaires. Vous allez pouvoir modifier la balance des blancs, l’exposition, le contraste, les hautes lumières ou les basses lumières. Il y aura aussi des outils pour augmenter la netteté ou réduire le bruit. Ce qui veut dire qu’il est possible de passer d’un logiciel à l’autre relativement facilement, pour les fonctions basiques. Aller plus loin nécessitera de pratiquer afin d’en connaître les arcanes.

Luminar, une interface basée sur la table lumineuse (popularisée par Aperture)

 

 

Pourquoi changer ?

Il faut s’interroger sur les raisons qui nous pousseraient à changer. Et il est nécessaire, voire impératif, que ces raisons soient solides. Si ce n’est pas le cas, le changement sera un échec. Il ne faut pas changer pour « voir ». Parce que le processus de changement est d’autant plus long que l’on a beaucoup de clichés. Connaître vos motivations est donc la première chose à savoir.

Est-il nécessaire de changer de solution, et si oui, pour quelles raisons ?

Et les raisons qui motivent cette volonté de changement peuvent être multiples :

  • Le logiciel actuel vous semble insuffisant en termes de fonctionnalités. Il ne correspond donc plus à vos attentes.
  • Vos besoins ont évolué et le petit logiciel utilisé jusqu’alors ne répond plus aux besoins plus professionnels.
  • Le logiciel n’est plus maintenu ou mis à jour.
  • L’éditeur n’est peut-être plus aussi dynamique qu’autrefois
  • L’ergonomie ou la compréhension, trop orientée technique (connaissance des lois optiques par exemple), qui laissent à désirer
  • Un rejet du paiement par abonnement.
RawTherapee, un logiciel basé sur les lois de l'optique, pas forcément simple à appréhender

RawTherapee, un logiciel basé sur les lois de l’optique, pas forcément simple à appréhender

 

Il y a très certainement d’autres raisons possibles. Et comme il s’agit des vôtres, nous ne pouvons nous substituer à vous. Par contre, s’il y a bien un conseil que l’on peut donner, c’est qu’il ne faut pas changer si on est pleinement satisfait de son outil.

 

 

Estimer les coûts humains, temps et financier

Le vrai écueil d’un changement de logiciel vient du fait que chaque logiciel a son propre moteur d’interprétation RAW et qu’il n’y a pas de compatibilité entre eux. Donc tout développement effectué sur Darktable sera strictement incompatible avec DCU ou n’importe quel autre logiciel. Et c’est par pareil pour DxO, Capture One, RawTherapee ou Lr ! Cela veut dire que quitter un logiciel, c’est abandonner tout le développement déjà effectué. Cela n’a que peu de conséquences quand il y a un millier de clichés, mais nettement plus quand on dispose de 20 000, 50 000, 100 000 !

Il y a bien une solution, mais elle sera coûteuse financièrement. Il s’agit d’exporter en TIFF toutes les photos développées que l’on stockera (attention au stockage et à l’archivage). Malgré tout, cela vaudra aussi dire qu’on ne pourra pas reprendre le développement effectué pour le peaufiner, certaines restrictions étant déjà en place avec l’export TIFF (sensiblement les mêmes que pour le JPEG).

Changer de logiciel a donc un coût en termes de temps. Dans le monde des projets informatiques, c’est ce que l’on appelle la conduite du changement, un élément trop souvent négligé. Le nouveau logiciel que vous pourriez adopter, il est nécessaire de l’apprendre, d’en connaître les arcanes afin de vous sentir à l’aise avec lui. Et une fois que vous commencerez à le maîtriser, vous pourrez vous lancer dans le développement de votre stock. Il y a donc un coût humain à ne pas sous-estimer. Combien de temps allez-vous consacrer à ces 2 phases ? Au détriment de quelle activité ? Tous ces aspects doivent être envisagés en amont.

 

 

Comment changer ?

À mon humble avis, il convient de gérer cela comme un projet et d’appliquer une méthode très traditionnelle au final :

  1. Comprendre exactement vos besoins et les mettre sur papier. C’est ce que l’on appelle le cahier des charges. Il est nécessaire qu’il reflète vos besoins actuels et ceux des 5 prochaines années. Il vous faut construire une expression de besoins la plus précise possible, qui tiendra compte de votre/vos objectif(s). Par exemple si votre comptez passer photographe professionnel, le logiciel Photo d’Apple ou « GogolePhoto » ne correspondront pas à vos besoins futurs. Vous verrez assez vite que, pour le faire sérieusement, un petit investissement en temps est préférable. N’oubliez pas que cela vous engagera pour les années à venir.
  2. Répertorier les différentes solutions possibles afin de sélectionner celui qui correspondra le mieux à votre cahier des charges. D’où la grande importance de ce dernier. Pour les solutions, PentaxKlub va aider en publiant une prise en main de quelques-uns de ces logiciels. Par contre, on ne saura pas vous aider sur la pérennité du logiciel. Il reste certes la solution d’opter pour un logiciel suffisamment connu, espérant que l’éditeur soit toujours présent dans les années futures ou ne change pas de modèle de fonctionnement.
  3. Acheter la solution, et vous former avant de l’utiliser de manière productive. Attention, très souvent on a tendance à sous-estimer le temps consacré à la formation. N’oubliez pas qu’il va falloir être au moins aussi performant avec votre nouvelle solution que vous l’étiez avec l’ancienne.
  4. Et avant de supprimer l’ancienne solution, bien réfléchir à ce que l’on doit faire avec les (peut-être) milliers d’images déjà développées. Acceptez-vous de tout perdre ou bien être vous prêt à conserver une sauvegarde dans une forme convertie ? Si vous envisagez cette solution, soit ce sera soit en TIFF soit en JPEG qui sont les 2 formats d’images les plus usuels. Avec à la clé des besoins de stockage en hausse.

 

Changer est donc une aventure dans laquelle vous laisserez des plumes. Elle ne se fera pas sans douleur, sans heurts. Elle peut être belle ou désastreuse. À vous de mener votre réflexion avant de vous lancer.