Cette question « Que faire d’une photo sur-ex ou sous-ex ? » est moins simple qu’elle ne le paraît de prime abord. Avant tout, précisons que par « sur-ex » nous entendons surexposée et par « sous-ex », sous-exposée. Cette question n’est pas si simple qu’elle paraît, parce qu’elle n’a pas de réponse univoque. En effet à ce choix correspondent 3 réponses possibles, que nous allons passer en revue.

 

 

La destruction, une réponse facile à la sur-ex ou la sous-ex

Puisque la photo est ratée, on la détruit. C’est rapide et expéditif. On résout le problème par sa suppression. Un problème supprimé n’est plus un problème. En outre cette solution allège (un tout petit peu) le problème de stockage. Mais, comme souvent, les solutions expéditives s’avèrent par la suite avoir des défauts cachés. Dans notre cas, cette solution peut laisser la place à d’éventuels regrets ou remords. Nous verrons plus loin pourquoi.

 

 

La réparation via le Post Traitement

Une photo sur-ex ou sous-ex de 1, 2, voire 3 IL (ou diaphragme ou vitesse) peut se rattraper au moyen du curseur Exposition. Cette récupération est évidemment variable selon la répartition des masses claires et sombres dans la photo et son contraste. Elle est tendanciellement plus facile dans le sens éclairement d’une sous-ex que dans celui de l’assombrissement d’une sur-ex.

L’assombrissement général ne pose pas de réel problème. Celui des seules zones de hautes lumières, par contre, fait assez facilement apparaître des effets métalliques, particulièrement dans les ciels. Le curseur Hautes lumières est à manipuler avec délicatesse. Globalement cette opération n’est qu’une des multiples procédures du PT.

Dans cette procédure, si l’assombrissement général seul ne suffit pas, il faut être délicat avec les curseurs autres que Exposition.

 

 

Faire du défaut une qualité

Ainsi d’une photo sur-ex on peut faire – ou tenter de faire – un photo néo High-Key. Le but n’étant pas de sauver à tout prix une photo ratée qui n’a pas été conçue comme telle, mais plutôt d’explorer l’approche High-Key. Cette approche est intéressante en soi, quel que soit son résultat concret. Elle ne comporte pas d’autre risque que de découvrir des choses. Ou de prendre du temps.

La même démarche est possible avec une photo sous-ex et son retraitement en Low-Key. Le processus est peu différent, avec d’autres curseurs, et l’état d’esprit est le même. Les possibilités sont cependant moindres.

Dans ces deux derniers cas, le processus est le même, leurs buts diffèrent, mais les outils sont les mêmes. Le premier sera le curseur Exposition. Ensuite, que ce soit pour revenir à un cliché équilibré ou un cliché High ou Low Key, il pourra être nécessaire d’agir sur d’autres curseurs comme Ombres, Hautes lumières ou Contraste pour faire des modifications partielles, voire locales. (Les intitulés de curseurs correspondent à Lr.)

Le dosage des accentuations dépend directement du résultat recherché. La réparation signifie des accentuations fines, l’utilisation du fichier « raté » pour faire du High ou Low Key signifie des accentuations beaucoup plus franches.

 

 

Des risques ?

Le risque n’est pas de faire des dégâts irréversibles, puisque la plupart des logiciels de PT offrent des procédures réversibles. En outre vous partez d’un fichier avec lequel vous explorez une piste. Au pire vous détruirez finalement le cliché « raté ». Cette réversibilité du processus de PT permet véritablement toutes les libertés. Celles par exemple d’abandonner la filière réaliste et de succomber, par exemple pour une sur-ex, à la tentation d’une vision éthérée de la réalité, pleine de lumière, où les représentations sont fragiles, de l’ordre de la vision de reflets, d’effets de mirages.

Cette approche est intimement liée, historiquement, à la représentation du rêve… ou de la mort. La démarche est intéressante parce qu’elle ne part pas de rien, d’une fabrication ex nihilo, quelque peu étrangère à la photographie, mais de l’exploitation d’une image anormale, pervertie par un accident technique. Ainsi, de loin en loin, il arrive qu’une photo soit sur-ex, voire très sur-ex. Et la suivante, avec le même cadrage est parfaite. Cela arrive avec tous les boîtiers, même de haut niveau de sophistication, y compris le K-1, et de toutes les marques. L’explication est un phénomène de condensateur incomplètement vidé et qui se « défoule » sur la photo suivante.

Le processus d’accident-exploitation est une démarche créatrice, qui existe dans tous les arts. Pourquoi pas en photo ? La solarisation en est un exemple caractéristique.

 

 

Exemple avec une photo sur-ex

À partir du cliché original (photo 1), la réparation a donné la photo 2. Puis ont suivi une tentative de N&B claire (photo 3) et une autre variante estompée (photo 4).

Le curseur Clarté poussé en valeurs négatives donne d’abord des flous intéressants, puis des zones vaporeuses de plus en plus prégnantes.

 

Première photo, le cliché original

Cliché original - 1/100s à f:5,6 - 100 ISO

1/100s à f:5,6 – 100 ISO

 

Deuxième photo

Cliché réparé - Cliché réparé - Exposition -0,5 / Clarté + 15 / Noirs + 12

Cliché réparé – Exposition -0,5 / Clarté + 15 / Noirs + 12

 

Cliché retravaillé n° 1 N&B par désaturation automatique

Cliché retravaillé n°1 N1B par désaturation auto Rouge -10 / Orange -20 / Jaune -24 / Vert -27 / Bleu-Vert -18 / Bleu +10 / Pourpre +16 / Magenta +4 / Noirs -57 / Clarté +20 / Gain +78 / Rayon 0,7 / Détail +58

Rouge -10 / Orange -20 / Jaune -24 / Vert -27 / Bleu-Vert -18 / Bleu +10 / Pourpre +16 / Magenta +4 / Noirs -57 / Clarté +20 / Gain +78 / Rayon 0,7 / Détail +58

 

Cliché retravaillé n° 2 N&B par désaturation manuelle

Cliché retravaillé n°2 désaturation manuelle - Toutes les couleurs -100 / Hautes lumières -100 / Blancs +52 / Clarté -51

Toutes les couleurs -100 / Hautes lumières -100 / Blancs +52 / Clarté -51

 

Le choix ouvert par les 3 traitements différents est ensuite un choix totalement subjectif, ou adapté à l’esprit d’une série ou d’une illustration. Mais c’est un autre sujet.

 

 

Exemple avec une photo sous-ex

La réparation est à la fois plus simple et plus limitée. On ne peut agir que sur le curseur Exposition avec plus ou moins d’amplitude selon le type de photo. Dans l’exemple présenté ici, l’exposition a été très peu augmentée pour conserver la pénombre de la vitrine. L’autre curseur utilisé a donc été celui des Hautes lumières, manipulé lui aussi avec peu d’amplitude pour donner de la force à la flamme de la bougie sans la faire baver.

Image originale, sous-exposée

Cliché sousex original

Cliché sous-ex original

 

Proposition d’image corrigée

Cliché réparé

Cliché réparé

 

Dans ce dernier cas, l’exposition initiale avait été choisie pour ne pas faire apparaître les marquages au sol jaunes. La réparation les fait apparaître. Pour bien réparer ce cliché, il aurait fallu travailler avec des calques dans Photoshop (CS) que je n’ai pas. Et ce n’aurait peut-être pas été facile.

 

 

Prendre du recul

Nous avons évoqué 3 solutions possibles. En réalité il aurait fallu en évoquer 4. Car en amont de ces trois solutions, dont vous aviez deviné qu’elles se passaient après la prise de vue, devant son ordinateur, il y en a une qui les conditionne. Celle, assez semblable à la solution 1, qui consiste à vérifier rapidement la photo que l’on vient de prendre… Et quelquefois à la supprimer parce qu’elle est sombre ou claire.

Selon le caractère de chaque photographe, cette suppression peut se faire à chaud, dans l’appareil. L’affaire est alors entendue. Et pas forcément bien, car la vision au dos du boîtier est :

  1. Celle d’un aperçu JPEG du RAW – nous parlons ici de travail en format RAW  -, donc une image « appauvrie » de la photo réelle.
  2. Quelle que soit la qualité de l’écran arrière d’un boîtier, le cliché que l’on voit est trop petit pour que le jugement succinct que l’on a soit réellement pertinent, surtout pour l’aspect qui nous intéresse ici.
  3. Cette image est ou apparaît le plus souvent beaucoup plus sombre qu’elle n’est en réalité. Le plus souvent on découvre chez soi, à l’écran de son ordinateur, fût-il portable, une image bien meilleure.
  4. Enfin, les conditions d’éclairage de la lumière ambiante, dans lesquelles on « vérifie » ses photos sur le terrain, sont mauvaises ou pires que mauvaises ! On peut tout au plus vérifier si le cadrage est satisfaisant et correspond à l’attendu.

 

 

Et finalement…

Il arrive que l’on conserve une photo trop sombre, et, bien sûr la photo correcte faite ensuite, comme si l’on avait fait du bracketing manuel. Au moment de l’editing (article à venir) et après le PT (que l’on fait souvent dans un même processus, dans le logiciel de PT), il se trouve que la photo « ratée » retravaillée convient mieux que la photo dite correcte. Les chemins les plus courts ne sont pas forcément les plus satisfaisants…

Un ami photographe, Fujiste 4/3 convaincu et assez féru de statistiques, disait un jour qu’il retravaillait souvent d’anciens RAW plusieurs années après, généralement 2 ans, et qu’il s’était aperçu qu’il en avait retraité certains 3 fois et de 3 manières différentes. Ce qui l’a poussé à attendre au moins 3 semaines avant de post-traiter ses photos.

Il n’y a vraiment que les RAW qui ne changent jamais. C’est probablement une bonne raison pour travailler en RAW et certainement la raison pour laquelle nombre d’entre nous sauvegardent les RAW séparément… et que beaucoup de logiciels de PT les conservent tels quels non modifiés et cataloguent les modifications d’une autre côté.

Donc, il est plus sage de ne se débarrasser d’une photo jugée mal exposée, qu’une fois rentré chez soi et installé devant un bon écran qui permet un jugement justifié par un minimum de recul.

Photo évidemment surex, finalement conservée telle quelle pour le charme qui s'en dégage. Personne n'est obligé d'apprécier

Photo évidemment surex, finalement conservée telle quelle pour le charme qui s’en dégage. Personne n’est obligé d’apprécier.

 

Crédit photographique : © Valia