La pratique de la photomacrographie (abrégée en « macro ») est une discipline exigeante et difficile qui demande parfois de connaître quelques trucs et astuces.

Les raisons en sont multiples, mais les difficultés les plus évidentes sont :

  • la difficulté dans certains cas à maîtriser la lumière (quantité et qualité)
  • la très faible distance de mise au point (pour des rapports de grandissement de 1:1) induisant une très faible profondeur de champ
  • la difficulté à « contrôler » les déplacements de certains sujets.

 

Une illustration de la faible profondeur de champ en macro

Une illustration de la faible profondeur de champ en macro

 

Nous allons tenter de vous donner quelques « trucs » susceptibles de vous aider à résoudre ces difficultés. Attention, toutefois : nous ne prétendons pas que ces « trucs » sont utilisables et infaillibles dans tous les cas de figure. C’est à vous qu’il appartient de juger si vous pouvez ou pas les utiliser selon vos pratiques et les conditions du moment.

 

 

Quelques principes généraux

Il est toujours bon de rappeler quelques principes, applicables en toutes circonstances ou presque.

Tout d’abord, il est quasi indispensable de connaître le sujet que l’on s’apprête à « capturer ».

 

 

Connaître le sujet

En extérieur, on shoote principalement en macro des végétaux ou des insectes. S’agissant des végétaux, qui sont aussi des organismes vivants, il est bon de rappeler qu’ils n’ont pas obligatoirement le même aspect tout au long de la journée. Certaines fleurs s’ouvrent le jour, se ferment la nuit. Pour d’autres, c’est l’inverse. Selon votre désir, il faudra donc choisir le moment adéquat.

Il en va de même pour les insectes : ils ne sont pas tous actifs au même moment, y compris parfois dans une même espèce. Il faudra donc étudier la théorie de leur comportement. De nombreux ouvrages existent, certains sites internet donnent aussi beaucoup de renseignements à ce sujet. Nous ne saurions trop vous conseiller de les consulter, en gardant à l’esprit qu’ils peuvent aussi faire quelques erreurs. Mais vous aussi vous pouvez faire des erreurs d’interprétation. C’est encore une fois la différence qui peut exister entre théorie et pratique.

Connaître le sujet photographié sous-entend que l’on connaît aussi ses habitudes. Et les plantes-hôtes sur lesquelles on a le plus de chances de le trouver. N’hésitez pas à « potasser » les nombreux ouvrages qui en parlent.

 

 

Agir en fonction du sujet

À partir du moment où vous savez comment pourra se comporter votre sujet (et surtout les sujets « qui bougent »), vous devrez agir en conséquence.

En premier lieu, il faudra disposer du matériel le plus adapté à la prise de vue envisagée. Du moins dans celui que vous possédez ! Ensuite, il faudra savoir l’utiliser avant de vous trouver sur le terrain, ce qui implique un entraînement préalable.

 

 

Quand photographier en macro ?

La question ne se pose, bien sûr, que lorsque l’on photographie en extérieur. La photo de petits objets en intérieur peut poser quelques problèmes (notamment de lumière), mais ce n’est pas obligatoirement une question de « moment ».

En revanche, pour de la macro en extérieur, c’est assez crucial.

Si vous avez déjà pratiqué la macro, vous savez que le comportement des insectes varie au cours de la journée. C’est finalement un peu comme les humains : on a un peu de mal souvent à se réveiller, mais ensuite on est « obligé » de s’agiter au cours de la journée, que ce soit pour des raisons professionnelles ou pour ses activités personnelles. Enfin, c’est le plus souvent comme ça que ça se passe ! Et le soir venu, on est un peu fatigué et on aspire à un certain repos.

 

 

Choisir le matin

Pour les insectes, c’est la même chose. Le matin, ils sont moins actifs. Très tôt, on peut même les surprendre dans « leur sommeil » posés sur leur végétal préféré. C’est notamment le cas des papillons, qui sont ainsi beaucoup plus faciles à shooter. Là encore, connaître leurs végétaux favoris constitue un avantage non négligeable pour les trouver ! Dans la journée, ils sont beaucoup plus virevoltants. Le soir venu, on peut parfois retrouver des conditions favorables.

Toutefois, quand on dit « très tôt », c’est… Très très tôt ! N’espérez pas grand-chose, en été, après 6h/6h30 du matin ! La lumière pourra encore être belle, mais le réveil des insectes est souvent plus précoce que celui des humains. Oui, il faut se lever tôt : ne dit-on pas que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ?

Et puis, vous savez bien que la lumière du matin ou celle du soir sont beaucoup plus favorables à la photo que la lumière forte d’une journée d’été ensoleillée.

Perles de rosée du matin

Perles de rosée du matin

 

Comment photographier le matin ?

Vous avez choisi de vous lever tôt et de surprendre les insectes dans leur sommeil. Très bien ! Et vous-même ? Comment vous êtes-vous préparé ?

Comme toujours sans doute ! Lever, petit déjeuner, toilette, etc.

Si, pensant au confort de votre entourage, pour avez empoigné vigoureusement votre flacon d’eau de toilette pour vous en déverser sur le corps, alors vous avez tout faux ! C’est très bien pour votre conjoint(e), vos enfants, vos amis et collègues. Mais pas pour les insectes ! En effet, de nombreuses espèces et spécialement les papillons sont très sensibles aux odeurs et peuvent les détecter de très loin, parfois à plusieurs centaines de mètres. Ce qui est compréhensible : croyez-vous qu’ils trouvent « par hasard » les végétaux fleuris sur lesquels ils vont se repaître de nectar ? Et ils savent parfaitement d’instinct quelles odeurs sont « bonnes pour eux » et quelles odeurs ne le sont pas. Alors, oubliez l’eau de toilette (et les parfums en général) si vous partez shooter les papillons ! Il sera toujours temps au retour !

 

 

Des accessoires

C’est le matin, il fait beau, vous vous êtes levé à 5h. Quel bonheur d’aller pratiquer votre occupation favorite dans le calme du matin ! Dans le calme, oui, sans aucun doute ! Mais dans la rosée aussi ou dans des lieux pas forcément très hospitaliers !

Prenez donc quelques précautions :

  • des chaussures adaptées et imperméables, voire des bottes pour protéger vos mollets
  • une tenue vestimentaire légère, mais protectrice
  • éventuellement des gants vous permettant d’écarter des végétaux gênants : orties, branches.

D’autres accessoires peuvent aussi servir, tel un produit anti-moustiques ou anti-piqûres d’insectes.

 

 

De l’utilité du sac poubelle

Vous savez que les insectes sont rarement à hauteur d’œil humain. Il va donc falloir les chercher plus bas, voire au ras du sol et vous allez devoir vous accroupir voire vous coucher à plat ventre sur le sol pour pouvoir les « capturer ». Oui, mais… vous vous rappelez ? La rosée… En pareil cas, il existe une solution bon marché, mais qui a déjà fait ses preuves : un sac poubelle. Pas le sac poubelle de salle de bains, non ! Mais un bon gros sac poubelle de 130 ou 150 litres ! De préférence prévu pour contenir des végétaux ou des gravats. Loin de nous l’idée que c’est ce qui est adapté à votre corpulence ou à votre morphologie ! C’est simplement qu’il vaut mieux un sac solide et suffisamment grand pour assurer une protection efficace. Et en plus ce n’est pas cher, et, plié ou roulé, ça prend très peu de place.

Certains, peut-être plus fortunés, utilisent pour cette protection des couvertures de survie. Certes, leur légèreté et leur solidité sont bien connues. Toutefois, leur surface réfléchissante peut devenir un handicap. Réservez-les à une utilisation comme réflecteurs de lumière et/ou comme pare-vent, si les conditions le permettent bien entendu ! Le mouvement et le vent qui l’engendre sont les ennemis du photographe de macro.

Un autre avantage du sac poubelle : si vous ne l’utilisez pas pour shooter, vous pourrez toujours le remplir des nombreux déchets que les gens peu respectueux de l’environnement laissent dans la nature.

 

 

Sur la manière de cadrer

Comme pour bien d’autres sujets photographiques, il est préférable, sauf circonstances particulières, de se placer à hauteur du sujet.

 

Cadrage "à hauteur d'oeil" et composition en diagonale

Cadrage « à hauteur d’œil » et composition en diagonale

 

La prise de vue « en plongée » risque de l’écraser, quand la contre-plongée peut au contraire le valoriser trop fortement. C’est une question d’appréciation : rien n’est strictement interdit, tout dépend de l’impression que vous voulez donner et… des conditions de la prise de vue. Parfois, vous n’aurez pas vraiment le choix du cadrage. Il faudra alors se poser une question simple : « dois-je tout de même faire la photo ou dois-je attendre de meilleures conditions » ? La réponse vous appartient et il faudra assumer votre choix.

Prise de vue en plongée : image épurée, mais qui écrase le sujet.

Prise de vue en plongée : image épurée, mais qui écrase le sujet.

 

La prise de vue "par le dessous" rend l'araignée plus impressionnante.

La prise de vue « par le dessous » rend l’araignée plus impressionnante.

 

Avouons qu’une mante religieuse qui vous regarde, photographiée de face en contre-plongée, peut constituer une image impressionnante si, par ailleurs, l’environnement la met en valeur !

 

En macro, les très gros plans sont généralement appréciés : faire apparaître toutes les facettes d’un œil de libellule est généralement considéré comme une belle performance photo. Cela peut l’être, en effet, à condition que la netteté soit aussi au rendez-vous. Sinon, il vaut mieux s’abstenir !

Un coeur de coquelicot

Un cœur de coquelicot

 

 

Sur la composition

C’est parfois difficile d’obtenir une bonne composition en macro : l’environnement peut gêner, l’inconfort éventuel de la prise de vie est aussi défavorable. Cela n’autorise pas, pour autant, à faire n’importe quoi. Essayer de trouver une composition dynamique est essentiel. Par exemple, les ailes déployées d’un papillon dans la diagonale de l’image.

Par exemple encore une position particulière du sujet. Il n’y a pas de modèle général : cela dépend fortement du sujet. Mais le photographe doit faire preuve de créativité et d’innovation. C’est difficile, en macro, car on ne peut pas toujours faire comme on le souhaiterait. Cela reste tout de même important, voire essentiel.

Composition en diagonale

Composition en diagonale

Les réglages « techniques »

« Réglage » ne signifie pas « Règle ». On peut donner quelques conseils de réglages. Pour ce qui est des règles, on sait bien qu’il est parfois bon de leur outrepasser quand on ne peut pas les contourner !

La netteté

Qui dit « netteté » sous-entend « stabilité ». On pourrait écrire des pages et des pages sur ce sujet. Ce n’est pas notre but. Rappelons cependant que, si l’on shoote à main levée en macro (et c’est mon cas), la stabilisation par le capteur constitue un avantage : pas besoin d’objectif stabilisé. Un avantage, mais pas forcément LA solution ! Il faudra, bien sûr, savoir se caler correctement pour éviter le flou de bougé, ce défaut particulièrement néfaste en macro.

Qui dit « stabilité » sous-entend souvent « trépied ». Nous pensons – mais c’est un avis personnel – que c’est presque impossible d’utiliser un trépied en macro. Parce que l’environnement est parfois défavorable, que les trépieds avec inversion de la colonne sont difficiles à utiliser : leur installation prend du temps et les sujets ne sont pas toujours enclins à coopérer : ils fuient souvent bien avant qu’on ait terminé l’installation.

C’est pourquoi il peut être préférable d’utiliser, quand c’est possible, un monopode, ou alors le célèbre « sac de riz » (ou de haricots) sur lequel poser l’appareil et déclencher à la télécommande (sans fil si possible, pour éviter le bougé, car, en pareil cas, la stabilisation est désactivée).

 

 

L’ouverture du diaphragme

Ce qui est difficile, dans la macro, c’est d’obtenir une zone de netteté suffisante. Donc une profondeur de champ suffisante. La tentation est donc grande de fermer le diaphragme à des valeurs comme f/11, f/16 voire davantage. Ce n’est pas conseillé. Pourquoi ? Parce qu’en macro, la profondeur de champ ne répond pas exactement aux mêmes critères qu’en photo « normale », en raison surtout de distances de mise au point très faibles.

Pour vous en convaincre, utilisez un logiciel qui calcule la profondeur de champ (par exemple DOFMaster) et livrez-vous à quelques simulations en entrant la focale de votre objectif macro et les ouvertures possibles. Vous verrez que la PdC varie relativement peu. Fermer trop ne sert donc à rien, sinon à dégrader le bokeh dans des proportions non négligeables. Des ouvertures comprises entre f/3.2 et f/5.6 sont préférables, d’autant qu’elles laissent entrer davantage de lumière. Et la lumière est l’élément majeur de la photographie !

N’oublions pas non plus qu’en macro, jouer sur l’ouverture est un moyen majeur pour exprimer sa créativité.

 

L’éclairage

Certains diront : « Si la lumière manque, on peut utiliser un flash ! ». Oui, on peut, mais…

Mais il faudrait disposer d’un flash adapté à la macro, donc un flash annulaire, rare et souvent… cher ! Et il faudra apprendre à le maîtriser jusqu’à laisser penser qu’il n’a pas été utilisé. Dur ! Très dur ! Pour les autres flashes, il sera souvent nécessaire de procéder en éclairage indirect, avec des réflecteurs, ou en flash déporté. Cela nécessite une organisation pas toujours facile à mettre en œuvre sur le terrain. À moins bien sûr de pouvoir moduler suffisamment la puissance de l’éclair.

À ce propos, notre avis est qu’il est préférable d’oublier le flash intégré : il n’est pas orientable et la qualité de son éclairage, à faible distance, dégradera l’image bien plus qu’elle ne l’améliorera ! Ou alors, il faudra user d’astuces qui sortent du cadre de cet article : bricolage de diffuseurs plus ou moins opaques et orientables, par exemple.

D’autres, au lieu d’un flash, utilisent une source de lumière en continu : une simple lampe frontale. Sans la condamner totalement – car elle peut sans doute, avec quelques précautions, être utile dans certains cas – nous avons quelques réserves. Elle peut créer des ombres disgracieuses et aussi manquer d’homogénéité. De plus, il faudra éventuellement penser à modifier la balance des blancs.

De fait, la lumière naturelle est celle qui convient le mieux, à condition de savoir la maîtriser !

La dernière « astuce » consiste à jouer sur la sensibilité : tout dépend alors de votre boîtier et de sa capacité à encaisser des valeurs élevées.

Un papillon à hauteur d'oeil avec éclairage correct

Un papillon à hauteur d’œil avec éclairage correct

 

 

Et sinon…

Si tout cela ne suffit pas, il est alors préférable d’attendre des jours meilleurs et de poursuivre l’entraînement. C’est en effet la façon la plus efficace de progresser et de maîtriser le domaine difficile qu’est la macro.

Une dernière recommandation : quelle que soit la manière de procéder, n’utilisez pas d’artifices destinés à « paralyser » les insectes pour qu’ils ne bougent plus. Respectez-les, ils font eux aussi partie de la nature sans laquelle nous ne serions rien.

Galerie

 

La thomise semble foncer sur le photographe

La thomise semble foncer sur le photographe

 

Scène "X" dans la nature

Scène « X » dans la nature

 

Epeire en contre-plongée

Epeire en contre-plongée

 

Crédit photos : © Micaz.