Qu’est-ce une bonne photo ? Avant de répondre à cette question compliquée, il convient peut-être de s’interroger sur le « pourquoi » on fait des photos. Car si on prend des clichés, c’est dans un but. Sinon, pourquoi les faire ? Ce ou ces buts peuvent être différents. Parfois c’est pour se montrer sur le Net (on était à tel évènement, à tel endroit) en flattant ainsi son côté narcissique. Mais cela peut être aussi pour des motifs professionnels, à l’instar d’un photographe devant produire des clichés d’actions pour le sport ou devant prendre une photo institutionnelle afin d’illustrer les propos d’une entreprise. Sans oublier son propre plaisir de faire des photos. Les buts sont donc multiples.

Marc Riboud, Jeune Fille à la fleur (variante), manifestation contre la guerre du Vietnam àWashington

Marc Riboud, Jeune Fille à la fleur (variante), manifestation contre la guerre du Vietnam à Washington

 

De facto, selon la destination d’une image, les critères d’évaluations ne seront pas les mêmes ! Par exemple, un reportage sur le système de chasse du au lion en pause longue risque de ne pas trouver preneur…

Définir ce qu’est une bonne photo est donc plus complexe que ce que l’on pourrait croire de prime abord et est lié aux buts poursuivis. En se référant aux buts, il est possible de répondre à cette question de manière objective. En disposant de critères simples, on peut quantifier, noter des clichés. De nombreux concours sont ainsi basés uniquement sur ces critères objectifs, ce qui aboutit à avoir des photos techniquement magnifiques, mais, parfois, vides de toute émotion. Or l’émotion que l’on peut ressentir devant des images est quelque chose de purement subjectif, qui ne se partage pas. Pire, deux personnes devant la même photo ne réagiront pas de la même façon. L’une peut avoir un énorme coup de cœur parce que la photo lui parle alors que ce sera le contraire pour l’autre.

 

De la subjectivité

Commençons par le plus compliqué, les critères subjectifs. Quand je regarde des photos, pour mon plaisir ou pour juger et critiquer, j’aime qu’elles me parlent, qu’elles me racontent une histoire. Ce sont mes goûts, mon expérience qui vont donc s’exprimer et générer des émotions à la vision des clichés. Ou pas. Dès lors, on peut conclure que les critères subjectifs sont légions et uniques à la personne qui regardera la photo.

Comble de tout, il est plus que possible que le message que l’on recevra en tant que spectateur soit radicalement différent des intentions initiales du photographe. Le message, l’histoire qu’avait voulu raconter le photographe pourra au mieux être perçu différemment, au pire de manière complètement différente. Quand les émotions et l’affect prennent le pas, il devient inutile de savoir qui a raison et qui à tort. Car c’est les deux à fois. Ce n’est même pas la peine d’entrer dans un débat pour savoir qui a raison. Sur des critères subjectifs, il est impossible de dire qu’une photo est bonne ou mauvaise puisque la personne ne pourra se baser que sur ses émotions qui ne sont évidemment pas quantifiables. On aime ou pas. On ressent des sentiments ou pas. Tout ce qu’il pourra dire, c’est ce qu’une image évoque pour lui, ses ressentis, bons ou mauvais. Rien de plus.

Brassai, « Avenue de l’Observatoire » (1934)

 

Dès lors, on peut se demander comment des jurés peuvent choisir une photo dans un concours ou comment un galeriste va choisir les photos à exposer, ou comment une photo sera sélectionnée pour la une d’un journal. En mettant au maximum de côté ses sentiments et émotions pour se baser sur d’autres critères, plus objectifs. Mais soyons un peu honnêtes, il est presque impossible de retirer l’affect de l’équation. L’humain étant ce qu’il est, il y aura toujours une émotion qui fera son apparition dans un choix.

C’est ainsi que si on prend deux jurys à qui l’on demande d’effectuer un choix parmi les mêmes 30 photos de qualité égale, il y a de très grandes chances qu’aucune ne soit classée n° 1 par tous les membres.

 

Les critères quantifiables

La finalité de l’image est très importante pour son appréciation. Par exemple, pour un article sur un match de foot, une photo du joueur marquant un but sera plus intéressante (et donc meilleure) qu’une photo d’une simple phase de jeu. Dès lors, on n’aura pas les mêmes critères objectifs selon que la finalité a une orientation assimilée commerciale, selfie (me montrer) ou plaisir. Dans ce dernier cas, la photo pour le plaisir, les critères seront plutôt à l’originalité et aux couleurs dégagées.

From Flickr

 

Les finalités possibles étant nombreuses, les critères de jugement le sont aussi. Néanmoins, on peut dégager 3 critères majeurs objectifs :

  • La composition
  • la technique
  • Le développement

 

La Composition

La composition est sans aucun doute l’élément clé d’une photo réussie. Une photo correctement composée au moment de la prise de vue pourra être qualifiée de bonne photo. L’inverse n’est que très rarement vrai. D’ailleurs, rares sont les personnes capables de composer une image de manière innée. Seuls l’apprentissage et la pratique rendront la composition plus naturelle. C’est l’une des raisons pour laquelle ce sujet a été abordé à de nombreuses reprises dans des articles, comme celui-ci, chez PentaxKlub. Ce crédo continuera d’ailleurs à être martelé à l’avenir, car c’est essentiel.

règle des tiers et autres lignes de composition

 

Il ne s’agit pas ici de revoir en détail sur toutes les techniques de composition, mais plutôt de rappeler quelques règles basiques :

  • Pour composer, la règle des tiers est simple à retenir et mettre en œuvre. En plaçant votre sujet (qu’on désignera « point fort ») à l’intersection d’une ligne verticale et d’une ligne horizontale, vous aurez presque à coup sûr une photo équilibrée.
  • Utiliser aussi ces 4 lignes pour équilibrer les masses, les lignes de force et le placement. Pour rappel, il faut éviter de mettre un point fort au centre de l’image.
  • Contrôler la lumière en faisant attention aux surexpositions ou sous-exposition et donc à l’équilibre de la lumière et des couleurs.
  • Le sens de lecture de la photo.

Rien qu’en appliquant ces principes de bases, vous obtiendrez des clichés qui seront correctes techniquement parlant.

 

La technique

La technique recouvre plusieurs sujets, de la connaissance de son appareil photo (sur le maniement, mais aussi ses forces et faiblesses : on ne fera pas la même chose avec un K-1 et un smartphone) à la prise de vue en elle-même. Pour ce dernier point, il s’agira surtout de s’intéresser :

  • À la profondeur de champ (quelles zones de l’image souhaite-t-on mettre en valeur ?)
  • La zone de mise au point (si le personnage principal est flou alors que ce qu’il fait est essentiel, alors la photo a de grandes chances d’être ratée).
  • Aux aplats, ces zones uniformes où le détail n’existe pas). Sont-ils nécessaires ou pas et nuisent-ils à la compréhension de l’image ?

 

Le développement

Cassons immédiatement un grand mythe pour certains. Il est tout à fait possible d’obtenir une bonne photo en faisant confiance au développement par le boîtier, sans passer par la case Post-Traitement. Déjà parce que certains appareils sont incapables de proposer des images RAW, ensuite parce que tous les appareils photo numériques disposent de fonctions avancées de réglages permettant de produire des JPEG de qualité.

Effectuer un développement nécessite un investissement humain et matériel. Humain, car cela prendre parfois beaucoup de temps… que l’on consacrera moins à la photo proprement dite. Matériel, car il faut un logiciel dédié (Adobe Lr, DxO PhotoLab, ON1, Capture 1 et autres Darktable), mais aussi du stockage plus adapté, les fichiers RAW étant 3 à 4 fois plus lourds que leurs homologues JPEG. Et s’il est possible de faire l’impasse du logiciel en utilisant les outils de développement inclus dans certains boîtiers, ceci est fortement déconseillé, les écrans des APN n’étant absolument pas adaptés à ce type d’utilisation !

Pour ceux qui vont s’intéresser au développement, les principaux paramètres à prendre en considération sont :

  • La balance des blancs,
  • La lumière et le contraste,
  • L’intensité du blanc et du Noir,
  • L’équilibre des couleurs et leur saturation

Comme « par hasard », il s’agit presque des mêmes paramètres sur lesquels l’utilisateur peut agir sur son boîtier, avant de prendre des clichés en JPEG.

Quelques exemples de correspondances

 

Si on laisse la subjectivité de côté, il est assez facile de produire des images qui sont, techniquement parlant, correctes. Cela demande juste un peu d’attention. Pour beaucoup de photographes, bêtes de concours, c’est suffisant. Ils excellent même dans la composition et l’équilibre de la lumière, produisant très souvent des clichés parfaits, propres. Mais voilà, parfait techniquement ne veut pas dire forcément dire singulière. Il faut un petit supplément d’âme pour qu’une photo devienne exceptionnelle (comme la photo titre de cet article). Mais là, on revient à des notions subjectives…

 

La photo d’en tête de cet article est signée S. Salgado.