RAW ou JPEG, faire un choix ?

Ce qui suit est plutôt destiné à ceux qui prennent des photos en JPEG. Néanmoins, tous les photographes sont conviés à la lecture.

 

Un format RAW ?

Il n’existe pas de format RAW universel, comme il existe un format doc ou un format JPEG. Le RAW est un format dans lequel on trouvera les données brutes issues du capteur ainsi que des éléments complémentaires comme les métadonnées du cliché. Les fameuses données EXIF (EXchangeable Image File). Sauf qu’il existe presque autant de formats RAW que de boîtiers.

En regardant l’extension du fichier, on pourrait croire que c’est simple. Dans la réalité, il en est autrement.

Par exemple, si un fichier, dont l’extension est CR2, veut bien indiquer qu’il a été pris avec un appareil d’origine Canon, rien ne va dire quel est le boîtier utilisé. Or c’est essentiel. Il faut savoir que chaque marque a son propre conteneur et que chaque boîtier apporte ses propres spécifications qui font que le fichier CR2 d’un 600D sera différent du fichier CR2 d’un 1D.

Ces fichiers propriétaires peuvent poser problème aux éditeurs de logiciels tiers qui proposent des logiciels de derawtisation (Lightroom, CaptureOne, DxO Optics, autres). Si les constructeurs conservent des infos par-devers eux ou encryptent une partie des données, il sera compliqué aux éditeurs d’apporter la compatibilité boîtier.

Heureusement, ces pratiques semblent être du passé. Désormais, les constructeurs apportent assez rapidement les renseignements aux éditeurs, soit au moment de la sortie du boîtier, soit en amont. C’est ainsi qu’Adobe a pu mettre à jour Lr le jour de la sortie du K-1 (il aura fallu un peu plus de temps pour le K-70).

 

Le conteneur DNG

Le nombre de formats bruts ne cesse d’augmenter, vu que chaque nouvel appareil propose son format RAW dédié. Même s’il est souvent similaire à celui du modèle précédemment (au sein d’une même gamme, comme les Nikon D7000/D7100/D7200) ! Dans ces cas là, à moins de nouveautés (tel le pixelshift), ce sont les métadonnées propres à l’appareil qui diffèrent généralement.

C’est en faisant le constat de cette multiplicité de formats qu’Adobe a lancé son conteneur DNG. L’idée est de proposer un standard universel, où les données bitmap et les métadonnées vont toujours se placer dans les mêmes champs, sans dissimulation. Et surtout, sans caractéristiques particulières, juste destinées imposer l’usage d’un logiciel maison. Avec comme avantage, celui de permettre aux logiciels qui reconnaissent le DNG, de ne pas attendre les spécifications du boîtier pour qu’il soit pris en charge. C’est ainsi que les DNG du K-70 étaient reconnus par Lr alors que le PEF équivalent n’a été pris en compte que début décembre 2016.

Évidemment, les logiciels qui se basent sur des définitions spécifiques du couple boîtier+objectif pour prendre l’APN en charge, sont assez peu sensibles au DNG. Dans ce cas, une mise à jour du logiciel est obligatoire (cas de DxO Optics).

Mais à ce jour, rares sont les constructeurs à avoir sauté le pas vers ce conteneur DNG. Un des rares est Pentax. Raison pour laquelle il est conseillé de le privilégier.

 

Du RAW

Au-delà d’un format d’image, le RAW est une philosophie qui divise le monde des photographes en deux catégories. Qu’on pourrait comparer, du temps de l’argentique, à ceux qui donnaient leurs pellicules à développer et ceux qui le faisaient eux mêmes !

Car, on pourrait comparer le RAW au négatif argentique. Une fois qu’on avait le rouleau, tout était à faire ! Avec le numérique on a remplacé la chambre noire par un logiciel informatique.

 

Les tenants du JPEG

Avant d’aller plus loin, il est essentiel de rétablir une vérité trop souvent altérée. Il est tout à fait possible d’apporter des correctifs à une image JPEG. Y compris sous Photoshop, Lr ou DxO ! Simplement, le spectre de corrections possible sera plus restreint. Sans compter qu’une modification sous un logiciel travaillant le bitmap (comme Photoshop ou Gimp) devra toujours s’effectuer sur une copie du fichier et non sous l’original, sous peine de le perdre définitivement.

L’image JPEG issue du boîtier est à l’origine un RAW que le boîtier aura converti en fonction de critères choisis (ou pas) par l’utilisateur. Et dans cette conversion, vous aurez abandonné beaucoup d’informations comme la balance des blancs ou le nombre de nuances par couches. Car si votre boîtier permet souvent entre 4096 (12bits) et 16384 (14 bits) nuances, le JPEG va raboter le tout à 256 nuances !

Il vous faudra donc faire confiance à l’électronique de l’APN pour transformer le fichier brut en JPEG, ainsi qu’aux ingénieurs qui auront défini les algorithmes de transformation. Sans compter qu’il vous faudra aussi vous faire confiance afin d’être certain d’appliquer les bons paramètres : balance des blancs, saturation, netteté, clarté.

Et si tout est OK, alors vous devriez avoir un fichier parfait… Que je n’ai jamais su obtenir en presque dix années de clichés en JPEG. Il aura toujours fallu repasser derrière pour approcher ce que je souhaitais.

Avec le fichier JPEG, on est dans la situation des minilabs des années 80/90, avec des corrections types.

 

Les tenants du RAW

On parle du RAW en permanence, mais ce n’est que ces dernières années qu’il s’impose auprès de nombreux photographes, avec des très nombreux logiciels qui lui sont consacrés, dont quelques vedettes comme Adobe Lr, DxO Optics ou Capture One. Sans compter les logiciels « maison » que propose chaque constructeur.

Un RAW représente l’information brute que le capteur transmet au moment de la prise de vue. Et c’est là qu’un petit rappel est nécessaire. Le capteur a un problème, c’est qu’il ne voit que la quantité de lumière qui arrive sur chacun de ses photosites (ses pixels). Et pas les couleurs. Pour qu’on puisse voir une image en couleur, il faudra la conjonction de 2 opérations :

  • Un filtre couleur placé sur le capteur. Le plus connu étant le filtre RVB dit de Bayer. Avec comme conséquence, qu’un capteur de 24mpx aura 12mpx qui verront uniquement la couleur verte, 6mpx la couleur rouge et 6mpx la couleur bleue.
  • Un dématriçage qui créera mathématiquement les couleurs manquantes pour chacun des pixels du capteur. Il s’agit d’une opération complexe et qui peut être très coûteuse en temps, selon le nombre de pixels du capteur et de la puce électronique en charge du travail (un DSP).

Ce dématriçage peut s’opérer au sein du boîtier quand on choisit de faire les photos en JPEG. A posteriori, via un logiciel externe de dématriçage !

 

Les avantages d’un dématriçage a posteriori

Étourdis ou perfectionnistes, vous avez certainement compris que le RAW vous permettra d’obtenir plus de votre photo. De par sa souplesse et le volume d’informations présent nettement plus important, le RAW est le format à privilégier… Pour peu qu’on arrive à disposer de temps pour s’en occuper !

Rien que les deux avantages que sont « balance des blancs non figée » et « le nombre de nuances par couleurs RVB disponibles », font que le format RAW est très intéressant. Mais à cela, on peut ajouter :

  • Les opérations de PT menés par un logiciel dédié RAW sont non destructives et ne prennent que peu de place. À vous les copies virtuelles, les différentes interprétations possibles pour une même photo. Tout développement RAW ne sera formé que de descriptions dans un fichier de type XML.
    extrait d'un fichier XML d'origine DxO
    extrait fichier XML DxO

    L’export en JPEG ne servira qu’à envoyer à des amis, mettre sur le Web ou imprimer à l’extérieur. Dès lors, cet export n’est que temporaire et pourra être détruit.

  • Les logiciels de PT se perfectionnent régulièrement, tandis que le firmware du boîtier a tendance à stagner. De plus, les (peu nombreuses) mise à jour ne concernent que rarement le moteur de dématriçage (sauf bug). Or, les algorithmes de dématriçage se perfectionnent régulièrement. Par exemple, depuis sa naissance, Lr en est à son troisième processus de développement. CaptureOne, DxO et les autres évoluent également. Avec à chaque fois, de nets gains. Suffisants même pour qu’on reprenne le traitement de certaines de ses photos.
  • Se pencher un peu moins sur des choix à effectuer dans les menus (comme la BdB, la gestion de la couleur) du boîtier et plus réfléchir au cadrage.

 

Bref, si vous shootez encore au format JPEG, tentez l’expérience RAW. Le seul risque est de ne pas revenir au Jpeg !

  • Alain CANIART
    12 janvier 2017 à 16 h 11 min

    Merci pour cet article.
    Pour ma part je travail toujours en RAW, avec une 2° carte qui enregistre en .jpeg (pour ne pas être pris au dépourvu si il faut montrer rapidement quelques photos).
    Je traite mes photos avec DxO, ; feignant, j’essaie de faire la meilleure photo possible à la prise, et laisse à DxO le travail fastidieux que je ne ferai pas aussi bien de toute façon. Après il est encore temps de peaufiner.
    Mis à la suite de votre article je me pause une question : quand j’enregistre mes photos traitées par DxO au format .jpeg comment cela se passe t-il ? comment sont rabotées les couleurs ? Et si je donne un .jpeg pour un tirage papier ?

    « Car si votre boîtier permet souvent entre 4096 (12bits) et 16384 (14 bits) nuances, le JPEG va raboter le tout à 256 nuances ! »

    Merci de votre réponse.

    • F
      12 janvier 2017 à 23 h 04 min

      « quand j’enregistre mes photos traitées par DxO au format .jpeg comment cela se passe t-il ? »
      D’après vous ? Le jpeg va réduire le nombre de nuances par canal, de 4096 (ou 16384) nuances à 256. Ce qui fait quand même quelques 16 millions de nuances possible ! (3 canaux qui sont le Rouge, le Vert et le bleu, soit 256 x 256 x 256). Avant de compresser l’image avant enregistrement…
      Simplement, vous aurez fait avant votre post-traitement dans les meilleures conditions possibles. Et c’est ce qui compte.

      Pour aller plus loin, la chaine graphique RAW exclut le JPEG. On ne produit une version JPEG de l’image que pour des besoins spécifiques (tirage, donner les clichés, etc.). Ce fichier n’est jamais conservé. Une fois qu’on en a plus besoin, autant le mettre à la poubelle. Il prend de la place inutilement puisque, comme tout est conservé au format RAW (ou TIFF, mais c’est une autre histoire), le fichier JPEG est recréé à volonté.

      « comment sont rabotées les couleurs ? »
      Par un algorithme savant (que je ne connais pas) et qui, après analyse de l’image, va homogénéiser les nuances les plus proches, colorimétriquement parlant, en une seule.

      « Et si je donne un .jpeg pour un tirage papier ? »
      Comme dit plus haut, le fichier JPEG peut contenir quand même 16 millions de nuances de couleurs (ou de gris). Il convient juste de faire attention au taux de compression. Si pour le Web, ce taux peut être important, pour une impression il faut qu’il soit le plus faible possible.

  • Alain CANIART
    18 janvier 2017 à 8 h 29 min

    Bonjour, et encore merci pour votre réponse,
    mais encore une question. J’entends dire que l’enregistrement en RAW+ (SD1 RAW ; SD2 .jpeg) dégrade le RAW enregistré sur SD1. Peut-être est-ce exacte pour certain appareils mais qu’en est-il chez Pentax et en particulier pour le K1 ?

    • Grosbill01
      23 janvier 2017 à 0 h 40 min

      La dégradation pourrait être sur des aspects différents.

      Dégradation qualitative : Non, le RAW (PEF ou DNG) n’est pas influencé qualitativement par l’enregistrement ou le non-enregistrement du JPEG.

      Dégradation du délai d’enregistrement : Oui et Non. Oui mais c’est imperceptible. Au mieux, c’est de l’ordre de 2 à 3s sur une dizaine de photos mais cela dépend grandement de la qualité/rapidité de vos cartes SD.
      Toutefois, le volume des JPEG étant beaucoup plus petit que celui des RAW, il vaut mieux mettre dans le slot 2 la carte la moins rapide en écriture.