Restaurer ses images argentiques dégradées

Restaurer ses images argentiques dégradées est la conséquence logique – et parfois indispensable – de leur numérisation. Cette numérisation, rappelons-le, a fait l’objet sur PentaxKlub d’un article récemment publié.

Restaurer ses images, oui, mais comment ?

Un petit rappel, en préambule : nous partons du principe que nos lecteurs ont eux-mêmes numérisé leurs images argentiques et qu’ils vont eux-mêmes tenter de les restaurer. Et, bien sûr, y parvenir ! Même s’il existe aujourd’hui des logiciels qui affirment savoir faire le travail automatiquement en quelques clics seulement (un exemple parmi d’autres).

Bien souvent, la seule numérisation de ses images argentiques suffit à satisfaire les besoins de chacun en la matière. Bien souvent, mais pas toujours !

En effet, selon l’ancienneté de ces images et les conditions de leur conservation, leur état actuel pourra ou non satisfaire celui qui les possède. Numériser une image pour la conserver plus longtemps en bon état est bien sûr louable. Mais le faire pour pouvoir la consulter ou la regarder de temps à autre, sans manipulation du support physique, donc sans risque de dégradation de l’original, est sans aucun doute encore plus intéressant.

Cependant, pour nombre de ces images, il sera nécessaire de passer par l’étape de la restauration.

Matériel et logiciels

Chacun pourra faire avec le matériel qu’il possède déjà (scanneur) et, s’il n’en possède pas, ce sera le bon moment d’investir un peu d’argent dans un numériseur  de gamme moyenne. On ne peut que  déconseiller formellement – sauf cas particulier – de confier des négatifs à un laboratoire « industriel » aux fins de tirage des images et de numérisation. En effet, dans la plupart des cas, les images numérisées fournies alors sur CD sont d’une qualité affligeante  : basse résolution, des fichiers ne permettant quasiment pas d’intervention pour améliorer les images,… Bref, c’est à éviter en ce qui concerne la numérisation sur CD !

Pour cet article, le matériel/logiciel suivant, très « grand public » voire assez banal, a été utilisé :

  • Imprimante multi-fonctions

Une Epson Expression XP-800 avec son logiciel de scan en interface dite « professionnelle » (voir notre article précédent). Nous avons d’une manière générale utilisé ce logiciel selon la configuration suivante :

  • Logiciel

ACDSee Ultimate 2019 : il permet la plupart des opérations – sinon toutes – réalisables avec la majorité des bons logiciels de post-traitement d’images (LightRoom compris). Mais, bien entendu, il n’est pas spécialisé dans certaines opérations que seuls peuvent réaliser des logiciels comme Adobe Photoshop ou le libre The Gimp, par exemple. Les spécialistes de ces deux derniers logiciels ont, en raison de leurs performances, tout intérêt à les utiliser, bien sûr !

  • Ordinateur

Qui dit « scanneur » et « logiciel » sous-entend, bien entendu, ordinateur. À PentaxKlub, pas de guerre : deux d’entre nous utilisent habituellement un ordinateur Mac, un autre (moi, en l’occurrence), un PC sous Windows (pas encore de linuxien, mais rien n’est interdit !). Les caractéristiques de l’ordinateur doivent correspondre au travail à faire : pas trop lent (sinon certains traitements seront longs jusqu’à dégoûter l’opérateur), espace disponible suffisant (on va opérer sur des copies de fichiers et parfois procéder par étapes, éventuellement avec des sauvegardes intermédiaires). Mémoire vidéo et mémoire RAM doivent permettre un travail fluide avec le logiciel utilisé.

Une tablette graphique – quand on sait l’utiliser – peut être très utile, mais en aucun cas indispensable. En revanche, sans souris, inutile d’espérer aller vite !

Si, en plus, le moniteur, de bonne qualité, est calibré, alors c’est un avantage pour le traitement des couleurs. Et si l’on dispose de 2 moniteurs calibrés, c’est encore mieux. On ne dira jamais assez le confort permis, dans certains cas, par l’utilisation simultanée de 2 moniteurs !

Chacun pourra s’aguerrir, dans un premier temps, avec des logiciels de base et, s’il prend goût à la tâche ou si le nombre d’images à restaurer est important, alors il sera peut-être temps d’investir dans des matériels et logiciels plus performants.

Documentation

Un livre

Nous ne passerons pas sous silence l’excellent livre « Restaurer ses photos de famille » de Robert Correll, publié aux Éditions Eyrolles (traduction de Gilles Théophile). Il fourmille de conseils intéressants et rappelle quasiment tout ce qu’il ne faut pas oublier. Une « mine d’or », en définitive, même si d’autres solutions que celles préconisées sont toujours possibles ! Il fait la part belle aux logiciels-phares d’Adobe : Lightroom et, surtout, Photoshop.

Toutefois, mon esprit volontiers frondeur, voire contestataire par moments, m’a souvent conduit à réaliser ma propre expérience. Il est vrai aussi que cette façon de faire a parfois été dictée par l’utilisation du logiciel de post-traitement d’images cité ci-dessus. Dans ce domaine comme dans d’autres, expérimenter et se faire sa propre opinion (et, partant, sa propre méthode) ne peut que faire progresser. Par ailleurs, dans un article Web, il n’est ni possible ni souhaitable de donner tous les détails et conseils contenus dans un ouvrage imprimé de plus de 200 pages.

Pour qui aimerait avoir un autre avis sur ce livre, il suffit de taper son titre dans un moteur de recherche : de nombreux liens seront alors disponibles.

L’aide incorporée dans chaque logiciel

Qu’il s’agisse du logiciel de traitement d’image ou de post-traitement photo : rien ne peut la remplacer, du moins quand l’éditeur y a consacré un tant soit peu de travail, d’énergie et… de pédagogie.

Internet

On pourra aussi trouver sur le Web et dans divers blogs les conseils d’autres internautes : on n’est que rarement le premier à vouloir réaliser telle ou telle opération. Aussi est-il bon se s’inspirer de l’expérience des autres, que ce soit en positif ou en négatif. Dans tous les cas, on apprend, et c’est un point important.

Première étape : la numérisation

Le choix des images à restaurer

Il est bien entendu très important. Quand on possède un fonds d’images argentiques volumineux et/ou ancien, il est hautement probable d’y trouver des images à restaurer ou à améliorer. Parfois même, enchaîner restauration et amélioration s’avère indispensable. Il n’est toutefois pas question de sélectionner un trop grand nombre d’images, surtout si l’on manque d’expérience et de pratique. Ce serait le meilleur moyen, devant l’ampleur de la tâche, de s’épuiser et d’abandonner en très peu de temps.

Il faut donc procéder un peu comme pour l’éditing des photos. Dans un premier temps, sélectionner disons 30 ou 40 photos qui, pour des raisons diverses, s’avèrent dignes d’être restaurées. Ce peut être pour des raisons très diverses :

  • on y tient particulièrement
  • Les « défauts » sont faciles à corriger et la correction améliorera considérablement l’image
  • On est plein de courage et on veut s’attaquer fermement à un travail ingrat, mais passionnant
  • pour soi-même
  • pour faire plaisir à quelqu’un,
  • etc.

Bref, toutes les raisons sont possibles.

Un conseil préalable de la plus haute importance

Même si l’on sait que le logiciel utilisé permet de revenir en arrière sur les différentes opérations réalisées, il sera IMPERATIF d’opérer sur une copie du fichier d’origine de l’image numérisée. Pourquoi ? Tout simplement parce que la première opération va donc être de numériser l’image papier à restaurer, et qu’il est primordial pour la suite des opérations de soigner particulièrement cette numérisation. Conséquence logique, on ne va pas risquer de dégrader de façon inconsidérée ce que l’on a soigneusement numérisé.

Modalités pratiques

La préconisation, dans un premier temps, est donc de sélectionner 30 ou 40 photos. Mais il va de soi qu’on ne va pas décider de toutes les restaurer immédiatement ! Il va falloir faire un choix pour n’en conserver, dans un premier temps, que quelques unités (une dizaine), si possible présentant des défauts différents. Cela permettra de « balayer » différentes techniques et de se familiariser progressivement avec les fonctionnalités du logiciel utilisé pour restaurer. Cela permet, en outre, de ne pas trouver ce travail trop fastidieux.

Quelques précautions :
  • Opérer de façon aussi « propre » que possible pour le choix matériel des images, en s’assurant de ne pas les recouvrir de traces de doigts.
  • Être méticuleux dans la manipulation des images implique aussi, parfois, d’utiliser des artifices : soulever une image posée avec une feuille de papier bristol glissée en dessous. Éviter pour ce faire les instruments qui, mal utilisés, pourraient détériorer ces images (pinces à épiler, par exemple). C’est tout particulièrement vrai pour les photos conservées dans des albums où elles ont tendance à adhérer parfois fortement. Dans ce même ordre d’idée, ne pas empiler les photos.
  • Veiller à ne pas déchirer ou corner les images qui ne le sont pas !
  • Opérer dans un endroit bien éclairé et disposant de suffisamment d’espace : il faut absolument être à son aise ! « Bien éclairé » ne veut pas dire « trop éclairé » ! Il faut penser à ne pas exposer ses images à une lumière trop vive.
  • S’assurer que l’on ne sera pas dérangé pendant la « séance de travail » que l’on s’est fixée, et ne pas la prévoir trop large : au bout d’un certain temps, la vue se fatigue, ouvrant la porte à des erreurs de traitement.

Retenir qu’en la matière, simplicité et bon sens sont de rigueur.

Les buts à se fixer

Il faut partir du principe qu’une photo ancienne ou dégradée ne pourra pas forcément être transformée en une photo sortie du dernier APN le plus performant, utilisé par un très grand photographe, etc., etc. Et d’ailleurs, est-ce souhaitable de faire d’une photo ancienne une image avec les caractéristiques d’aujourd’hui ? La réponse est NON, sans ambiguïté.

Le but à rechercher est de réparer ce qui est facilement ou assez facilement réparable (taches, notamment), mais dans des proportions variables, et si possible de supprimer les défauts dus aux pliures et/ou déchirures : ce sera bien plus difficile !

L’image initiale ne doit pas être réinterprétée, mais seulement restaurée, nettoyée de ses défauts majeurs et, si possible, améliorée (couleurs, contraste, parfois netteté). Restaurée, elle ne devra pas trahir ses origines : on devra pouvoir la re-situer dans son temps. Il ne s’agit surtout pas d’un travail de transformation. Une image présentant un flou pas trop prononcé mais visible pourra être traitée par certains logiciels . Par exemple, mais il n’est pas le seul, le logiciel Sharpen AI de TopazLabs. Attention cependant : ce logiciel occupe un espace important (1,8 Go sur PC Windows) et son téléchargement/installation nécessite environ 30mn avec une liaison Internet « normale ».

Mais si la photo initiale est trop floue (cela arrive !!), inutile de chercher à la restaurer, ce serait peine perdue.

De plus, il faut garder à l’esprit qu’une photo familiale argentique ne pourra jamais prendre la qualité d’une image numérique actuelle en termes de piqué ou de bruit par exemple. Le bruit que l’on trouvera sans doute dans l’image numérisée ne pourra jamais être traité de façon entièrement satisfaisante : soit on le supprime totalement et l’image fera alors très « plastoc », soit on s’en tient à une quantité acceptable, ce qui sera préférable.

La façon de numériser

Il va de soi qu’elle est dépendante des possibilités du matériel utilisé et aussi de l’expérience de l’opérateur et de la connaissance qu’il en a.

Il est tout aussi évident que les travaux de restauration seront d’autant plus réalisables que la numérisation aura été bien conduite. Pour autant, chercher la perfection ne servira à rien : même avec un bon scanneur, une image numérisée ne sera jamais parfaite. Un exemple pour confirmer cette assertion ? Prenons une image numérique, un paysage dont le ciel apparaît surexposé (ciel blanc). Si elle n’est pas « cramée », le post-traitement permettra probablement de retrouver de la matière dans ce ciel et, à défaut de couleur franche (bleu), on pourra en tirer un certain « relief ». Rien de tout cela sur la même image argentique numérisée : on ne pourra rien faire pour ce ciel, le fichier numérique obtenu après scannage ne possédant pas les pixels nécessaires.

On sait que bien des logiciels permettent de s’affranchir de cet état de choses et remplacer un ciel « blanc » par un autre est pour ces logiciels monnaie courante. Toutefois, on n’est plus là vraiment dans la restauration, mais plutôt dans la transformation : ce n’est pas le but de cet article.

Quelle résolution

Elle est très étroitement dépendante du devenir de la photo.

S’il s’agit ensuite de l’imprimer, il est bon d’obtenir le plus de détails possible, sachant que le corollaire sera :

  • Un temps de numérisation parfois très long
  • des fichiers plus lourds, voire beaucoup plus lourds.

Pour ce type de numérisation, il faut tabler sur 1200 à 4800 ppp (points par pouce).

S’il s’agit seulement de restaurer une image dégradée, les exigences sont moindres : 300 à 600 ppp suffisent dans la plupart des cas. Il est recommandé, cependant, de ne pas descendre en dessous de 300 ppp.

Autres paramètres de numérisation

Nous avons pris le parti de restaurer des photos, en aucun cas de les transformer. Inutile, par conséquent, d’aller au-delà du raisonnable

L’échelle de reproduction

Les logiciels des scanneurs permettent la plupart du temps un choix en pourcentage. Par défaut, c’est 100 %, bien entendu, mais on peut choisir des pourcentages inférieurs ou supérieurs. Dans ce cas, la photo sera ré-échantillonnée. Mais, inconvénient majeur, soit il manquera des pixels (% < 100 %), soit le logiciel de numérisation en créera (% > 100 %). Dans un cas comme dans l’autre, la photo d’origine sera quelque peu « dénaturée ». Il est donc raisonnable de s’en tenir, pour de la restauration, aux 100 %.

La taille du document

Il est bon de numériser l’entièreté de l’image. Comme, bien souvent, elle sera d’un format bien inférieur à celui de la vitre du scanneur (10×15 contre A4), il sera utile de ne numériser QUE l’image et non le format A4 de la vitre. Pour ce faire, il peut être indispensable (selon les scanneurs) de passer en mode « aperçu ». La pré-numérisation affichant cet aperçu permettra de choisir la zone d’image à numériser.

Zone de scannage
Zone de scannage en pointillés

Si le scanneur ne permet pas cela, alors numériser en totalité au format de la surface de la vitre et sélectionner ensuite, dans le fichier obtenu et au moyen du logiciel utilisé pour la restauration, la zone de l’image à restaurer (recadrage).

Les corrections possibles au scannage

La plupart des logiciels de scannage permettent toutes sortes de corrections, même sur les appareils multifonctions. Ces corrections concernant principalement

  • l’ajustement de l’histogramme
  • la correction des tonalités
  • l’ajustement de l’image (luminosité, contraste, saturation, balance des couleurs,…)
  • la palette des couleurs

Chacun s’y essaiera en fonction de ses envies, ne serait-ce que « pour voir ». De notre point de vue cependant, il est sans doute préférable, pour ces réglages, de s’en remettre aux fonctionnalités de son logiciel favori.

Automatiser une partie du travail ne garantit pas que le résultat répondra à ses propres désirs. Il vaut mieux maîtriser « manuellement » et personnellement l’intégralité du processus, même si cela s’avère plus chronophage. En cette période de confinement, ce n’est pas très grave, n’est-ce pas ?

Le format de sortie

Par défaut, les sorties – c’est-à-dire les fichiers créés en fin de scannage – s’effectuent le plus souvent en format JPEG. Mais les logiciels permettent de changer ce format (paramètres du scanneur). On peut alors opter pour un format « .TIFF », certes plus volumineux, mais offrant plus de latitude de traitement. L’importance des travaux à effectuer sera sans doute la pierre angulaire de ce choix… avec le savoir-faire de l’opérateur, et les capacités de son système informatique.

Que faut-il restaurer ?

Nous entendons par là « quelles sont les corrections les plus fréquemment apportées ». Encore une fois, nous insisterons sur le fait qu’il ne s’agit aucunement de TRANSFORMER l’image, mais seulement d’en supprimer les « outrages du temps » : taches, pliures, déchirures, manque de contraste, couleurs. Restaurer signifie retrouver l’état initial, tout au moins l’aspect de cet état initial. Quelques exemples visuels viendront étayer nos propos.

Les corrections de taches

Ce sont très probablement les corrections les plus faciles. En effet, tous les logiciels de traitement ou de manipulation d’image intègrent cette fonctionnalité. La facilité ne doit cependant pas conduire à bâcler le travail.

C’est ainsi que si on veut supprimer une tache, il faudra « prélever » une zone de l’image pour recouvrir ensuite la tache. Il importe donc de bien choisir cette zone, en termes de couleurs, bien entendu, mais aussi en termes de texture. On peut remplacer une petite zone de ciel par une autre petite zone de ciel (attention cependant s’il y a des nuages !). Mais, même si la couleur convient, on ne remplacera pas une zone d’un vêtement par une zone de ciel (et vice versa). Vérifier si logiciel utilisé possède des outils automatiques pour ce travail : cela peut faire gagner du temps ensuite.

Au surplus, quand il s’agit de vêtements, de tissus, par conséquent, la texture ne suffit pas : il faut aussi prendre en compte le sens des fibres. Certes, en taille normale, ce ne sera sans doute pas toujours visible, mais un agrandissement trahirait sans doute toute erreur en la matière (c’est le mot juste !).

Pour opérer le plus sûrement, agrandir l’image sera donc indispensable dans la plupart des cas. Et, quand on a fini, on vérifie que le travail est correct en revenant à la dimension d’image de départ. Il ne faut pas craindre de recommencer si ce n’est pas satisfaisant : tant que l’on n’a rien enregistré, les retours en arrière sont possibles, notamment si l’on opère au moyen de calques. Je vous renvoie, là, à l’utilisation habituelle de votre logiciel favori.

Un exemple

À partir de l’image ci-après (qui représente ma grand-mère et ma mère enfant),

je me suis livré à 2 types de restauration (ci-dessous) :

Dans cette image, sans changement de colorimétrie, on a utilisé l’outil de réparation, en tenant bien compte (en bas à gauche) au sens des fibres du tapis. Par ailleurs, le contraste et la netteté ont été améliorés.Cette image, issue de la précédente à gauche, a été un peu plus retravaillée : le visage de l’enfant a été corrigé pour assurer une luminosité un peu plus homogène. De plus, on l’a convertie en noir et blanc. Certes, cela efface le côté ancien « sépia », mais, de notre point de vue, le contraste s’en trouve amélioré.

Corriger les pliures et les déchirures

Ce sont très probablement des corrections parmi les plus difficiles à réaliser, surtout quand elles sont importantes.

Pour y parvenir au mieux, il est indispensable d’être très méticuleux dès la numérisation. Cela paraît évident, mais il est bon de le répéter : un bon travail ne peut être que le résultat de soin à tous les stades du processus.

Les pliures

Pour ce qui est des pliures, il faut surtout vérifier comment les aplatir le plus possible en amont. Cela peut supposer, avant numérisation, de placer la photo entre deux feuilles de papier non adhérent et de la placer pendant quelques heures/jours entre deux livres assez lourds. Personnellement, j’ai essayé avec du papier sulfurisé utilisé en cuisine et cela a bien fonctionné. Mais ce n’est pas une garantie dans tous les cas. On peut supposer que selon les émulsions à la surface des photos et l’ancienneté des images, le résultat puisse être différent. À chacun de voir et de tester, donc.

Les déchirures

Restaurer une image présentant des déchirures, c’est plus délicat encore. Avant numérisation, il faut autant que faire se peut masquer les marques de déchirure. Si en plus il y a pliure au même endroit, cela suppose de faire en sorte de reconstituer le mieux possible la « configuration » de départ de l’image, avant déchirure : rejoindre les bords séparés, par exemple, mais sans colle ni adhésif quelconque, uniquement de façon « mécanique ». Ce ne sera pas toujours facile.

Un exemple

Pour pliures et déchirures, on procédera ensuite comme pour les taches, par duplication de zones intactes. Le travail peut être très long, il ne faut pas se le cacher. Il faut donc évaluer si l’image le mérite.

Ainsi, pour l’image ci-dessous de mon grand-père paternel (que je n’ai pas connu), j’ai « hérité » une copie, faite par un photographe professionnel, de la photo d’origine. Il n’y a donc pas de pliure ou de déchirure réelle, mais seulement des reproductions de ces pliures et déchirures. Avec aussi des reproductions des taches. J’ai essayé d’y remédier, mais les dégâts étaient sans doute trop importants pour obtenir un résultat complètement satisfaisant. En pareil cas, restaurer relève parfois un peu du miracle.

Image de départ :

Son état se passe de tout commentaire…

Image corrigée (cela paraît évident !)

Certes, rien n’est parfait dans cette image, mais elle semble plus « regardable ».

Corriger les couleurs et le contraste

Ce sont des corrections que l’on effectue souvent en post-traitement pour les images sorties de nos appareils numériques actuels. Chacun aura sans doute un minimum d’expérience dans ce domaine.

L’essentiel, dans ce cas, est de ne pas être trop exigeant. Les photos argentiques, sans doute du fait de la technologie des émulsions utilisées, ne présentent pas toujours (en tous cas pour les plus anciennes), les nuances auxquelles on est aujourd’hui accoutumé. Inutile donc de vouloir en faire des photos « d’aujourd’hui », au risque de perdre tout ce qui en faisait le charme. Une photo s’inscrit dans une époque, celle de la prise de vue. Il serait malvenu de la faire migrer, d’une certaine façon, vers une autre époque.

Pour autant, des ajustements de couleur et/ou de contraste peuvent être apportés, surtout quand on s’aperçoit que c’est l’usure du temps qui les a quelque peu détériorés. Mais – il est bon d’insister – il ne faut pas aller trop loin dans la correction.

Une image plutôt terne, sans relief et avec des couleurs fadesLa même image après correction des couleurs et du contraste. On a pu même retrouver un peu de matière et de couleur dans le ciel, même si c’est très peu !

Au pire, mais c’est vraiment à apprécier au cas par cas, convertir une image couleur en noir et blanc peut la sauver de la poubelle. Oui, je sais, on vous a souvent dit qu’il ne faut pas le faire. PentaxKlub a déjà évoqué ce sujet (ICI et ). Mais si le choix se résume strictement, après examen attentif du problème, à une alternative poubelle/conversion noir et blanc, tenter cette conversion – et décider ensuite – peut être une bonne idée. Ce n’est pas une solution satisfaisante, seulement une tentative désespérée de sauvetage !

Les corrections difficiles

Il est des corrections particulièrement difficiles par nature. On peut améliorer sans aucun doute les choses, mais restaurer c’est aussi se satisfaire « d’à peu près » dans bien des cas.

Le bruit numérique

C’est un dilemme à résoudre : une image argentique peut présenter un certain « grain » caractéristique.

La question est de savoir s’il faut, ou non, le corriger, étant précisé qu’un bon scanneur, même si son pilote/logiciel dispose d’une fonctionnalité de correction du bruit, ne sera pas capable d’apprécier le degré de correction souhaitable.

C’est donc à chacun de décider, toujours en partant du principe de « non dénaturation » de l’image d’origine. Pour ne pas donner à l’image numérisée un aspect « plastoc » sur des aplats de couleur, il faudra procéder par petites touches, voire par zones. C’est là où les logiciels permettant les retouches locales seront d’une grande utilité. Ceux qui ne permettent que des retouches sur l’ensemble de l’image (il en existe, mais on ne les citera pas !) seront très défavorisés.

Dans les images ci-dessous, la première correction (image au centre) est excessive (les corrections ont porté sur les taches et le bruit).

Image initiale de ma grand-mère
Image initiale de ma grand-mère
Ma grand-mère (image corrigée 1)
Ma grand-mère (image corrigée 1)
Ma grand-mère (image corrigée transformée en N&B)
Ma grand-mère (image corrigée transformée en N&B)

C’est moins crucial sur des photos en noir et blanc : bien souvent, conserver le grain d’origine (voire celui généré par la numérisation) peut donner un charme particulier à la photo. Il n’y a pas de règle, chacun fera comme bon lui semble pour préserver autant que faire se peut l’esthétisme de la photo initiale.

L’image ci-après (massif du Marboré, à Gavarnie – Hautes-Pyrénées) est typique des photos argentiques de l’époque. Ses couleurs ont bien mal « vieilli » :

Une première action sur les couleurs a permis de se rapprocher de la réalité, mais au prix d’une montée sensible du bruit numérique :

 

Après intervention spécifique sur ce bruit, elle devient acceptable, à défaut d’être parfaite :

La netteté

C’est, là encore, une difficulté majeure.

Si l’image de départ manque singulièrement de netteté (contours du sujet notamment, ou sujet lui-même), rien ne pourra réellement y remédier : une augmentation drastique de la netteté entraînerait une montée irrémédiable du bruit et le remède serait pire que le mal. Autant ne rien faire, dans ce cas et se contenter des autres corrections éventuelles.

Si le manque de netteté est plus léger, alors une action légère sur la clarté (micro contraste) pourra se révéler efficace. Si l’on veut agir sur l’ensemble de l’image, il faudra le faire avec beaucoup de tact et de légèreté. Toujours pour éviter simultanément une montée trop importante du bruit. Les logiciels du type de celui évoqué plus haut pourront être d’une certaine utilité.

Quelles leçons tirer ?

Restaurer des images anciennes n’est pas une chose aisée. La numérisation constitue un moyen efficace de les pérenniser. Mais parfois, ce n’est pas suffisant.

Quand on décide de restaurer les images, le maître mot en la matière reste « modération » : modération des ambitions, modération des corrections. Le principe essentiel à retenir est de faire en sorte de leur apporter un « regain de vie » sans jamais les dénaturer.

 

Et, pour terminer, « Les Scamps » (c’était le nom du groupe)

Un groupe musical amateur des années 60
Un groupe musical amateur des années 60
Un groupe musical amateur des années 60 (image corrigée)
Un groupe musical amateur des années 60 (image corrigée)
  • NeoBeo
    17 avril 2020 à 18 h 39 min

    Merci pour tout le travail effectué sur le site… 🙂 Mes amitiés à toi Michel…

    • Micaz
      17 avril 2020 à 20 h 43 min

      Merci beaucoup. Le confinement ne nous fera pas ralentir !