Dans un précédent dossier a été évoquée l’activité de Ricoh dans le monde de la bureautique, activité qui perdure, bien entendu.

 

De très nombreux observateurs ont été étonnés lorsqu’en 2011, ce géant de la bureautique a acheté l’intégralité des parts de Pentax Photo au groupe Hoya. Comment cela ? Un fabricant de photocopieurs se mettrait à la photo ? Mais il n’y connaît rien ! Il va couler définitivement un bateau qui prend l’eau et que son propriétaire laisse couler ?

Erreur ! Ceux qui pensaient ainsi avaient sans doute oublié (ou bien ils l’ignoraient) que l’activité de Ricoh dans le monde de la photo remontait quasiment à sa fondation :  la société s’appelait encore « Riken ». Toutefois, au tournant des années 1990, cette activité avait fortement décliné jusqu’à devenir inexistante, particulièrement dans le domaine des appareils Reflex.

La société a fabriqué et commercialisé quasiment tous les types d’appareils destinés à la photo : des « foldings », des compacts (télémétriques ou non), des reflex bi-objectifs (TLR, pour « Twin Lens Reflex »), des reflex mono-objectifs (SLR pour « Single Lens Reflex »), reflex argentiques de format 24×36.

 

Les Folding de Ricoh

Les appareils folding, ou appareils à soufflet, sont inspirés des chambres. Le corps de l’appareil et l’ensemble objectif et obturateur sont reliés par un soufflet « en accordéon » qui peut se replier et venir se loger dans le boîtier quand l’appareil n’est pas utilisé, permettant ainsi un important gain de place, et protégeant l’objectif des « agressions » dont il peut être l’objet, les chocs notamment. Ils étaient très en vogue quelques années avant et après la 2e guerre mondiale.

Le premier folding de Riken est sorti en 1938 et avait pour nom ADLER IIII : notez qu’à cette époque, la valeur « 4 » pouvait s’écrire soit « IV » soit « IIII ». Mais pourquoi « IIII » alors qu’il n’existait pas de version « I », « II », et « III » ? Tout simplement parce que le « IIII » fait référence aux dimensions du négatif qui étaient de 4 x 4. Plus tard apparaitra une version « ADLER VI », en référence au négatif 6 x 6, inspiré de l’appareil allemand « Zeh Goldi » sorti au début des années 1930. On notera qu’il n’a jamais existé de version « V ».

Ces appareils de type folding utilisaient du film 127, très courant à l’époque.

L’ADLER IIII fut suivi en 1940 du « Kinsi », de format 4 x 3, et de l’ADLER C, puis en 1941 du « GAICA ». La série des folding s’achèvera en 1952/1953 avec le « SIX » de format 6 x 6.

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Ricoh Adler IIII (crédit photo www.collection-appareils.fr)

 

Les appareils Ricoh compacts et télémétriques

Le premier compact apparaît en 1937 : c’est le Vest Olympic. Il produit des vues 4×3 ou 4×6 et utilise des films 127. Dans les années suivantes et jusqu’en 1941, Riken produira d’autres boitiers du même type présentant quelques évolutions. Mais tous utiliseront des films de type 127 et produiront des vues aux formats 4 x 4 ou 4 x 3. Ce sont les Olympic Four, Gokoku n°1, Letix (parfois appelé aussi Retix), RicohL Mod. 1 (première apparition du nom « Ricoh »), le Zessan, le Roico II et le Roico III en 1943.

La société connaît alors un arrêt de sa production en raison de la guerre.

Le retour à la paix mondiale s’accompagne, dès le début des années 1950, d’une reprise importante de la production d’appareils photo. Certains peuvent apparaître comme « en retard », tel le « Steky », sorte d’appareil pour espions : sa petite taille explique en partie le fait qu’il a équipé certains services de renseignements de par le monde. De plus, grâce à une monture à vis, il pouvait recevoir différents objectifs, ce qui ne pouvait qu’accroître son côté pratique.

 

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Steky III_B – Photo de Subhash K.G. Robin sous licence Creative Commons (CC BY-SA 3.0)

 

Apparaît également à la même époque ce que l’on pourrait appeler « la série des 35 », inaugurée en 1954 avec le « Ricolet » [noter la présence de plus en plus fréquente de la consonnance « Rico » dans les noms des appareils], poursuivie en 1954 par le « Riken 35 » qui deviendra l’année suivante « Ricoh 35 ». C’est le tout début de la production des appareils 35mm télémétriques de la société qui se poursuivra jusque dans les années 1970 (Ricoh 500 G, Ricoh 500 GX dont le rédacteur de ce dossier garde un souvenir ému : c’était un excellent appareil, avec, notamment, un excellent objectif de 40mm ouvrant à 2.8). Certains d’entre eux ne seront toutefois pas commercialisés en Europe : cette pratique ne concerne d’ailleurs pas seulement le monde de la photo, on la retrouve très souvent dans le monde industriel.

Le « Ricolet » aura deux successeurs : le Ricolet II et le Ricolet S.

Quant au Ricoh 35, il aura de nombreux descendants, parmi lesquels on peut compter la série des « 300 » et sa « grande sœur » celle des « 500 ».

On remarquera que chez Ricoh, toute petite amélioration ou modification se traduit par l’émergence d’un nouveau nom, même si, par ailleurs, rien de change fondamentalement. Ainsi, par exemple, une modification du dessin d’un levier d’armement entraîne inévitablement la sortie d’un « nouveau modèle ».

 

Les reflex Ricoh bi-objectifs

Ces appareils 6×6 vont constituer une part importante de l’activité de Ricoh dans le monde de la photo.

Rappelons que sur ces appareils, l’objectif supérieur est dédié à la mise au point, alors que l’objectif inférieur réalise la prise de vue, à la manière du RolleiFlex apparu en Allemagne en 1929.

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Rolleiflex – Image de Juhanson. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

 

La série « RicohFlex » nait en 1941 avec le RicohFlex Mod. B construit sur une base de Vest Olympic. Il est suivi, la même année, de 2 variantes.

Interrompue par la guerre, cette série reprend en 1950 avec le Ricohflex « Model III » qui évoluera pendant les dix années suivantes, avec parfois des « améliorations » mineures :

– le « Model IIIB » reçoit un capuchon de visée à repli automatique

– en 1952, le « Model. IIII » qui deviendra rapidement « Model. IV » voit ce capuchon équipé d’une loupe, et subit quelques changements « cosmétiques »

– en 1953 apparaît le « Model VI » (comme pour l’Adler précédemment, le V n’existe pas : la raison pour laquelle ce nombre « V » n’est pas utilisé reste mystérieuse !) et, en 1954, le « Model VII ».

– le « VIIs » de 1955 reçoit un retardateur : d’une façon générale, le « s » après le nom indique chez Ricoh la présence d’un retardateur ; « s » comme « Self-timer », probablement.

– contrairement à ses prédécesseurs fabriqués en tôle emboutie, le « RicohFlex Diamond » de 1955 est bâti sur un chassis coulé puis usiné. Il apporte aussi diverses améliorations dont un retardateur (ce qui vient contredire quelque peu la règle du « s »). Cette série « Diamond » se poursuivra avec les « Diamond L », « Diamond M », RicohFlex « Dia L » et les « Diacord ».

La gamme de reflex bi-objectifs 6 x 6 de Ricoh trouve son apothéose à la fin de la décennie 1950, avec le RicohMatic 225, concurrent crédible des appareils des autres marques de l’époque, dont il possède toutes les caractéristiques essentielles. On peut même l’équiper d’un kit pour utiliser des films 135 en cartouches.

 

Les SLR Ricoh argentiques 24 x 36

Cette catégorie d’appareils commence, en 1962, avec un cas très particulier : le Ricoh Singlex. Il s’agit du premier 24×36 de Ricoh, mais surtout le seul, par un concours de circonstances (probablement le rachat d’une chaîne de fabrication), à disposer d’une monture Nikon F. Par la suite, Ricoh adoptera la monture à baïonnette K de Pentax, après un passage, aussi, par la monture à vis M42.

En 1963, paraît le Ricoh 35 Flex qui offre les automatismes avec priorité vitesse et priorité ouverture et reste seul 24×36 de la marque jusqu’en 1967.

Cette année là, le Singlex trouve enfin un successeur avec le Singlex TLS, semi automatique doté d’un objectif de 55mm ouvrant à f/2,8 qui se fixait bien sûr par une monture M42. Ce Singlex TLS offrait la pose B et des vitesses de 1s à 1/1000ème de s. Il sera construit jusqu’en 1973.

Entre temps, en 1968, est né un autre cas particulier : le Ricoh 126-Flex TLS. Pourquoi cette appellation ? En fait c’est parce qu’on le chargeait avec des cartouches de film de format 126 inventées par Kodak et utilisées notamment sur la série des « Instamatic ». Cette sorte d’ « hybride » de l’époque pouvait aussi recevoir soit un flash conventionnel, soit des flash-cubes également utilisés sur les Instamatic Kodak. Comme dans une certaine publicité bien connue, il avait l’aspect d’un 24×36, se comportait comme un 24×36, mais ce n’était pas un 24×36. Malgré tout il est difficile de le classer dans une autre catégorie.

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Ricoh 126C-Flex TLS – avec l’aimable autorisation de Mark Martin, du site https://www.mrmartinweb.com/

On peut noter, sur la platine supérieure, à droite de l’image,  le socle noir permettant d’insérer un flash-cube, alors même que le socle de flash conventionnel a sa place sur le haut du prisme.

Sous l’indication « TLS » , se trouve la molette des ouvertures, la couronne d’objectif la plus proche du boîtier étant celle qui permettait le choix des vitesses d’obturation.

 

En 1971 sort le Ricoh TLS 401 qui a l’originalité de permettre de viser soit à hauteur d’œil, soit à hauteur de poitrine, grâce à un jeu de miroir actionné par un bouton situé sur le côté du prisme. Cette technologie n’aura aucune suite.

En cette même année 1971 apparaît un appareil très particulier, sorte d’hybride d’appareil photo et de jumelle de visée, nommé Ricoh Teleca 240. Il s’agit, en fait, de jumelles sur lesquelles a été fixé un appareil Ricoh Half E, compact produisant des négatifs au format 18 x 24 sur film 135. Il semble avoir été produit conjointement par Ricoh et par Nichiryo International Corporation Ltd. Lui non plus n’a pas connu une longue carrière. Mais ce genre d’appareil démontre la volonté et la capacité d’innovation de Ricoh.

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Ricoh Teleca 240 (crédit photo www.collection-appareils.fr)

 

Après les SLX500 (1974) et SINGLEX II (1976), relativement anecdotiques, Ricoh va entrer dans une période de production d’appareils de qualité et surtout assez largement distribués.

Les XR-1 et XR-2 sont les premiers de la série, et ils inaugurent la nouvelle monture d’objectif de Ricoh : la baïonnette K, empruntée à Pentax, dès 1977. Si le XR-1, entièrement manuel, n’a pas reçu un accueil enthousiaste, de nombreux débutants ont choisi le XR-2 pour sa robustesse, ses caractéristiques (automatique, semi-automatique et manuel) et… la large gamme d’objectifs adaptables, puisque, outre les Rikenon produits par Ricoh, pouvaient aussi être montés tous les objectifs de Pentax en baïonnette K. Le XR-2 n’était pas motorisable ; son successeur, le XR-2s le sera. Un élément de confort, hélas trop souvent oublié, pour la mise au point : un stigmomètre à champ coupé à 45° permettant tout à la fois de faire la mise au point sur les lignes horizontales et les verticales.

Succédant à la série XR, de laquelle elle est dérivée, la série KR apparaît en 1979. C’est tout d’abord le semi-automatique KR-5 dont la vitesse d’obturation était limitée du 1/8ème au 1/500ème s. La vitesse de synchronisation au flash était classiquement au 1/60ème s. Son remplaçant en 1981 verra sa vitesse maximale monter au 1/1000ème s. et sa vitesse de synchronisation au flash au 1/125ème.

L’année suivante, c’est le KR-10 qui pointe le bout de son prisme, automatique à priorité à l’ouverture mais débrayable. Cette fois, son obturateur « descend » jusqu’à 4s et « monte » jusqu’à 1/1000ème de s., la vitesse de synchronisation étant portée au 1/125ème de s. Sans pile, il peut aussi fonctionner au 1/90ème et en pose B. Il peut être motorisable.

L’année 1981 voit apparaître deux évolutions de la série XR, les XR6 et XR7. Traditionnellement, celui dont le chiffre est supérieur comporte aussi des caractéristiques plus évoluées que son petit frère, comme, par exemple, un affichage dans le viseur à cristaux liquides. Sa vitesse d’obturation minimale est de 16s (1s pour le XR-6). Pour l’anecdote, on notera aussi qu’il n’existe pas de tiret dans leur nom entre les lettres et le chiffre et que celui-ci présente une typographie différente :

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Typographie des Ricoh XR6 et XR7

 

 

Le KR-10 Super de 1982 n’est qu’une évolution du KR-10, avec en particulier un changement d’obturateur. Le dernier de la série, le KR-10x, sorti en 1988, apportera la mémorisation de l’exposition.

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Ricoh KR-10 Super (crédit photo www.collection-appareils.fr)

 

Dans la série XR, le dernier représentant est le XR Solar, apparu en 1994, et qui avait la particularité de disposer de capteurs solaires capables d’alimenter le posemètre et l’affichage des diodes dans le viseur. Il se murmure toutefois que le fabricant était en fait Cosina, qui l’a commercialisé sous le nom de Cosina E1 Solar. Il a aussi été vendu sous le nom de Revue Solar 100 par Foto-Quelle.

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Ricoh XR Solar (crédit photo www.collection-appareils.fr)

 

Les numériques de Ricoh

Par la suite, jusqu’en 2003, Ricoh ne produira plus que des appareils compacts, en très grand nombre, et le plus souvent fabriqués en Chine. Et c’est par ces appareils compacts que la firme viendra à la technologie numérique, bien avant d’acheter la branche Pentax Photo au groupe Hoya, en 2011. Seuls les plus marquants seront indiqués ici.

C’est ainsi que nait en 2004 le RZ1, doté d’un capteur de 4Mpx, puis la famille nombreuse des Ricoh Caplio (GX, .., GX8, R2S, R3 au R7, RR750 (capteur 7 Mpx) qui se poursuivra jusqu’en 2007.

En 2005, paraît le GR, premier du nom (1V) , puis le GR Digital II en 2007, les GR Digital III en 2009 et IV en 2012 (capteur 10 Mpx).

En 2009, c’est la sortie de la série des « CX » jusqu’au CX6 en 2011, dotés d’un zoom à grande amplitude de 28-300mm et d’un capteur de 9 ou 10 Mxp selon les modèles.

En 2010, c’est le GXR, un modèle d’appareil qui permettait de changer le bloc optique et le capteur. L’électronique restait alors identique. Quand on changeait le bloc, on changeait la focale mais aussi la résolution. Il y a eu au moins 2 blocs disponibles, un 50mm doté d’un capteur CMOS de 12,3 Mpix au format APS-C et un zoom 24-72 mm doté d’un CCD de compact. Cette sorte « d’ovni » démontre la capacité de Ricoh à chercher des modèles innovants. Ce boitier, très perfectionné puisque l’électronique permettait de changer de capteur à la volée, traduit un immense travail de R&D…

En 2011 apparaît le Ricoh PX avec un « gros » capteur de 16 Mpx ; c’est un appareil étanche et ultra-plat équipé d’un zoom de 28-140mm.

Puis vient la série des « WG », née Pentax et qui l’est restée jusqu’à la version 3 ; elle est adoptée par Ricoh dès la version 4. En 2015 est sortie la dernière évolution, le WG-5.

Le GR qui nait en 2013, n’a rien à voir avec ses prédécesseurs. La lettre « D » pour « Digital » a disparu, le nouveau venu arbore un capteur APS-C de 16 Mpx (mettant ainsi fin aux petits capteurs des « GRD ») et un objectif fixe équivalent à 28mm ouvrant à 2.8. Ce capteur sans filtre passe-bas  est identique à celui qui a équipé, à la même époque, le Pentax K-5IIs : il produit des images de très haut niveau. Un « must » pour la photo de rue, à n’en pas douter.

Le Ricoh GR II qui lui succède en 2015 garde les mêmes qualités et caractéristiques principales et apporte des modules Wi-Fi et NFC (« Near Field Communication », module permettant à 2 appareils de communiquer à très courte distance, environ 10cm) pour le partage aisé des photos.

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Ricoh GR II (Image Ricoh Imaging)

Révolutionnaire en 2013, le Theta est le premier appareil qui permet de photographier à 360°. Le Theta S sort en 2015.

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Ricoh Theta S (Image Ricoh Imaging)

Rappelons qu’en 2011, Ricoh a acheté à Hoya l’intégralité des parts de Pentax Photo et a créé Ricoh-Imaging, branche consacrée à la photo. Depuis, le savoir-faire photographique de la firme s’est épanoui dans des appareils à capteur APS-C de très haut niveau dans toutes les gammes. Ne doutons pas qu’il trouvera aussi à s’exprimer dans le futur avec, notamment, son premier APN à capteur « Full Frame » 24×36 prévu pour le printemps 2016.

 

Certaines informations et illustrations de cet article proviennent du site www.collection-appareils.fr (remerciements à Sylvain Halgand).