Même si le numérique a changé beaucoup d’habitudes par rapport à l’argentique, certains besoins sont restés identiques. L’un d’entre eux concerne le stockage des images. À époque, il s’agissait d’entreposer les négatifs, les positifs et les tirages papiers dans des endroits susceptibles d’être conservés de manière pérenne. Le numérique a apporté avec lui la dématérialisation du support. Nos clichés sont désormais des fichiers numériques qu’il conviendra de conserver tout aussi précieusement. Or les disques durs ne sont pas des diamants et ne sont pas éternels, loin de là.

Or, vous avez beau multiplier les sauvegardes pour éviter les pertes, il reste un problème de fond, c’est qu’elles sont toutes au même endroit. Sauf si vous avez pris la peine d’en faire une autre copie et que l’avez amenée ailleurs. Et là, vous vous heurtez au problème de l’ajout des nouveaux clichés !

 

hubiC

Quand OVH a sorti sa solution hubiC, j’avoue avoir été séduit sur le papier par ce qui était proposé. Enfin une solution pas chère pour mettre à l’abri dans un endroit dédié et redondé, mes « précieuses données ». L’idée était d’y mettre tout le matériel sur lequel je n’interviendrais plus (plus de développement), sauf de manière exceptionnelle.

Mais, comme de nombreuses personnes, j’ai déchanté. Très rapidement, le service est devenu inutilisable en l’état. OVH a bien promis une solution plus intéressante, mais les mois passant, continuer à y croire est difficile. Le sujet hubiC a été abordé dans un article précédent. Et, bien que voulant garder une certaine modération dans nos propos, défendre ce service n’est plus possible. Cette solution ne peut pas remplir ses fonctions.

Courant août 2016, au vu des différentes dégradations constatées et de l’absence de retours positifs de la part d’OVH, il est devenu évident qu’il convenait de trouver des alternatives. La recherche d’une solution cloud pour le stockage a donc repris. Et pour une fois, on passe directement à la case conclusion : s’il n’y a pas d’alternative exacte à ce que voulait proposer hubiC, on peut s’en rapprocher, souvent en mieux.

 

 

 

Les critères impératifs

Comme toute recherche d’une solution, celle-ci s’effectue au travers d’un certain nombre d’exigences. Une liste à la Prévert a rapidement surgi, mais il est apparu que toutes n’étaient pas applicables, car dépendantes des besoins de chacun. Néanmoins, en utilisant la technique du plus petit dénominateur commun, 3 critères sont restés :

  • rapidité en upload et en download.
  • disposer d’une capacité de stockage d’au moins 1To, voire plus, suivant le nombre de fichiers.
  • avoir une certaine confidentialité des données stockées.

Il s’agit là des exigences minimalistes que tout utilisateur est en droit d’attendre. Évidemment, selon les personnes, ces critères seront enrichis. Mais c’est sur cette base que les recherches pour cet article ont été effectuées. Il convient, malgré tout, de revenir rapidement sur chacun de ces critères.

 

 

Vitesse de dl et d’upl

Derrière cette notion se cachent les taux de transfert. Le taux de transfert est dépendant de plusieurs facteurs comme le type de connexion (ADSL, Fibre Optique, Téléphonie 3G ou 4G, etc.). S’il est certain qu’avec une connexion de type Fibre ou 4G plein débit, on est en droit de s’attendre à de bons débits, ceux qui ont de l’ADSL ou de la 3G ne doivent pas peiner. L’architecture de l’hébergeur doit donc être bien calibrée pour y faire face. Malheureusement, l’augmentation de la taille des fichiers n’arrange pas les choses. Ceux qui ont des boîtiers qui produisent des RAW de 50Mo en savent quelque chose.

Mais on n’aura pas la même exigence selon la solution retenue. En cas de stockage, on sera moins regardant sur les débits, puisque les accès ne seront pas quotidiens. Par contre, en cas d’utilisation d’un disque distant, il n’est pas question d’attendre quelques minutes pour accéder à un fichier. L’accès doit être bref !

 

 

Capacité

Tout va dépendre de ce que vous souhaitez conserver. La solution choisie doit pouvoir être extensible au fur et à mesure de la montée de vos besoins en capacité. Il est possible que le besoin initial soit de 200Go au début, mais que deux ans plus tard, ce besoin soit 4 fois plus grand. Le prestataire doit donc pouvoir fournir la possibilité de modifier la capacité. Par contre, plus vous aurez besoin d’espace disque, plus cela coûtera cher.

 

 

Confidentialité

Avec ce critère, on touche à un problème auquel on pense peu. En mettant vos données chez un prestataire, rien ne vous garantit que ce dernier n’ira pas « lire » vos fichiers afin de collecter des informations. A minima, cette lecture se contentera des exifs propres à chaque fichier. Au pire, il y a aura analyse (sémantique, faciale, etc.) de tout le contenu. Cette pratique existe et est même courante chez de nombreux prestataires.

En effet, en accédant à vos fichiers, ils vont accumuler un certain nombre de données vous concernant. Ces bases de données gigantesques sont utilisées pour de la publicité ciblée (soit directement par leurs services, soit par la revente à des tiers) ou plus encore (on peut regarder par exemple Facebook qui s’arroge la propriété intellectuelle de vos photos sur le mur ou Google qui estime que vous n’avez pas de vie et que votre vie et son contenu numérique lui appartiennent).

Ce n’est donc pas tant le vol des images en lui-même qui est à redouter, mais leur utilisation interne à des fins non connues. Par exemple, ces opérateurs acceptent de collaborer souvent spontanément et régulièrement avec des institutions américaines. En mettant vos images à disposition, qui sait ce qu’elles en feront (l’exemple Yahoo récent peut inquiéter).

Il conviendra donc de s’assurer qu’un minimum de confidentialité sera respecté. C’est la raison pour laquelle Google Drive et tous les services liés à Google ou Facebook ont été d’office écartés des alternatives possibles.

 

 

 

Espace de stockage vs Disque distant et disque synchronisé

Il ne s’agit pas de la même chose. Et ce sera à vous de décider de ce que vous voulez, en fonction de vos besoins et de votre façon de travailler.

 

 

Espace de stockage

Le but principal d’un espace de stockage est de disposer d’un endroit où l’on va conserver des données de manière plus ou moins longue. Les solutions d’archivage entrent dans cette catégorie. Les données qui vont se trouver dans ce type de stockage n’ont pas vocation à une utilisation quotidienne. Il s’agit, plus simplement, de pouvoir les rapatrier en cas de besoin. Les données stockées ont donc un caractère plus définitif. Dans le cas de photos, il s’agira d’images qui ne seront pas appelées à être retravaillées. En cas de perte de toutes vos sauvegardes chez vous. Il s’agit donc d’un endroit de stockage supplémentaire pour de la sauvegarde et de la conservation, qui, contrairement aux autres, sera situé en dehors de chez soi.

Il y a bien un but secondaire : c’est d’y stocker des données plus légères (par exemple une collection d’images au format JPEG) qui seront, elles, facilement accessibles de l’extérieur. Utile quand on est nomade. Mais il s’agira rarement de données pérennes. Ce seront plutôt des données temporaires, de circonstance (dans le but d’une présentation par exemple).

hubiC entre dans cette catégorie.

 

 

Disque distant et disque synchronisé

Un disque distant comme Dropbox ou l’iCloud d’Apple est une solution différente. Par défaut, les données que l’on choisit sont mises dans un espace distant et l’on y accède « comme s’ils étaient en local sur l’ordinateur ». En pratique, c’est rapide si on a une connexion rapide. Mais si la connexion est lente, l’accès à un fichier RAW de 50Mo peut se révéler particulièrement rédhibitoire. Et si vous n’avez pas d’accès internet, vous pourriez ne plus avoir accès à vos fichiers.

Pour les ordinateurs de bureau, ces services permettent de conserver vos données à la fois sur votre ordinateur et en même temps répliquées à distance. En permanence, votre ordinateur va écrire sur les 2 axes (local et distant). En cas d’absence d’accès Internet, l’écriture se fera uniquement en local, la synchronisation intervenant dès que possible. Cela veut dire que :

  • si un fichier est effacé en local, il sera aussi effacé sur le disque distant ;
  • la taille de l’espace distant doit être au moins égale à la taille du contenu que l’on souhaite sauvegarder.

On parle alors de disque synchronisé. Du RAID 1 distant en quelque sorte avec un disque chez vous et un disque dans les nuages. Pour les tablettes et smartphones, le stockage en local se décide fichier par fichier, avec une action manuelle de l’utilisateur. Là encore, sans connexion internet, vous n’aurez pas accès à vos données.

 

Il n’y a pas de solution meilleure que l’autre. En fait, les deux pourraient être nécessaires à un professionnel ou un amateur expérimenté. La solution du stockage est là pour pérenniser vos fichiers en cas de défaillance de la sauvegarde chez vous. La solution du disque distant/synchronisé est là pour vous permettre d’accéder à vos documents quotidiens de n’importe quel ordinateur, peu importe l’endroit où vous vous trouvez sur la planète, du moment qu’une liaison internet est disponible.

 

 

 

Quelques solutions et performances

On en vient donc aux solutions. Et première constatation, trouver un service comparable à celui d’hubiC, c’est-à-dire un espace purement de stockage, c’est compliqué. Comme vu précédemment, iCloud, Dropbox et autre Google Drive n’en sont pas. Ce sont des disques distants (parfois synchronisé).

 

 

Liste non exhaustive de solutions envisagées

Sauvegarde et archivage

Amazon S3

Les services proposés par AWS sont nombreux. On va s’intéresser ici à la partie stockage. Trois niveaux de service de stockage sont proposés, avec trois niveaux de tarification. Cela va d’un niveau de service d’accès fréquent à un niveau de service de type glacier où il faudra plusieurs heures pour une mise à disposition de vos données. Entre les deux, il y a le niveau de service « accès standard peu fréquent ». Cela coûte moins cher à condition que l’accès ne soit pas quotidien.

Cout stockage Amazon S3

Coût stockage Amazon S3

 

Attention, si la tarification de stockage reste raisonnable, il faudra garder à l’esprit que la récupération de données peut s’avérer coûteuse.

 

Pour l’instant, aucune autre solution de stockage à coût et niveaux de service raisonnables n’a retenu l’attention.

 

 

Disque distant et synchronisé

Dropbox ou iCloud sont les solutions envisagées. Si Google Drive a été mis de côté en raison d’une politique de confidentialité trop intrusive, Dropbox semble être plus raisonnable en la matière tandis que, pour iCloud, Apple s’est engagé à ce que le stockage soit une boîte noire de leur côté (et on a bien vu la chose avec l’épisode Apple vs FBI au cours de l’année 2016).

 DescriptifPetite capacitéGrande capacitéTrès Grande Capacité
AmazonDrive Premium PhotoStockage Illimité des photos, 5Go pour les autres fichiers, sans politique de confidentialitéEtre abonné Amazon PremiumEtre abonné Amazon PremiumEtre abonné Amazon Premium
AmazonDrive Stockage IllimitéStockage illimité pour tous type de documents, Politique de confidentalité70€ / an
DropboxDisque Synchronisé pour tout type de document, avec politique de confidentialité2Go : gratuit (possibilité d'augmenter un peu la capacité par tranche de 250Mo)1To : 99 € HT en facturation annuelle

1To : 119,88 € HT en facturation mensuelle
Offre supérieure réservée aux entreprises
iCloudDisque Synchronisé pour tout type de document, avec politique de confidentialité5Go : gratuit
50Go : 0,99€/mois
200Go : 2,99€/mois
1To / an : 9,99€ / mois2To / an : 19,99€ / mois

 

Quelques particularités :

  • DropBox : Le logiciel d’installation va créer un répertoire dédié sur votre ordinateur et tout ce qui s’y trouvera sera synchronisé avec l’espace distant. L’utilisateur a donc une grande maîtrise de ce qui va s’y trouver.

 

  • iCloud : Le service de synchronisation est inclus dans le système d’exploitation, il n’y a rien à installer. Le panneau de configuration permet d’activer le cloud et de choisir ce que l’on veut y mettre. L’option photo gère le flux photo au travers du logiciel Photos (Apple) entre votre ordinateur, le cloud et les iDevice (iPad, iPhone, etc.). L’activation du cloud va aussi créer, sur votre ordinateur, un dossier iCloudDrive que vous pourrez gérer à votre guise. Et qu’on utilisera pour le stockage de vos images. Attention, iCloud n’existe pas pour les OS non Apple. Il s’agit d’une solution fermée à l’écosystème Apple.

 

Vue des disques iCloud et Dropbox dans le Finder (macOS) ou un explorateur Windows

Vu des disques iCloud et Dropbox dans le Finder (macOS) ou un explorateur Windows

 

Fenêtre du logiciel Amazon Drive

Fenêtre du logiciel Amazon Drive

 

 

Performances

Le test pour chacun des prestataires

Quelques tests basiques ont été menés avec un protocole simple, depuis une ligne de type fibre optique avec quasiment le maximum de débit possible offert. Chaque service a été testé 6 fois, 3 avec l’ordinateur relié via un câble ethernet à la box afin de disposer des débits les plus rapides, 3 avec l’ordinateur relié en WiFi à la box, mais dans des pièces séparées.

Pour chaque test :

  • Transfert d’un dossier TEST contenant 2 sous-dossiers contenant respectivement 4 et 5 fichiers DNG, via l’application dédiée (avec souvent un disque dans l’explorateur Windows ou le Finder du Mac).
  • Transfert d’un dossier TEST contenant 2 sous-dossiers contenant respectivement 4 et 5 fichiers DNG, via une interface Web (via l’interface Web, gérer l’envoi d’un groupe dossier/sous-dossiers/fichiers semble impossible et nécessite la création manuelle des hiérarchies).
  • La moyenne des fichiers DNG est de 48Mo chacun.

 

Dans le cadre de disque synchronisé, la lecture et l’écriture en local étant instantanées, c’est la réplication distante qui a été chronométrée avec un logiciel d’analyse des temps réseau.

À noter que Dropbox ne détruit pas vraiment les fichiers quand on les supprime. Il s’agit d’une fonctionnalité de recovery (le fichier est caché à l’utilisateur pendant une durée d’environ 1 mois, ce qui laisse la possibilité de le récupérer immédiatement). Afin de ne pas fausser le test, le dossier pair, les sous-dossiers et les fichiers ont été renommés à chaque fois.

Performances des différents Cloud

 

 

Un envoi complet

Un envoi massif a été testé sur AmazonDrive. Cet envoi est composé d’environ 69000 fichiers images, dans aux formats JPEG, RAW (avec des conteneurs divers) et TIFF, pour un total de 2,54Go. Cet envoi s’est effectué en presque 139 heures.

69587 fichiers (TIFF, JPEG, conteneurs RAW divers)2,54To (ou 2540Go ou 2540000Mo)138h48mn, soit 8328mndébit upload : 305Mo/mn

 

 

Le download

Il est dépendant de votre débit. Néanmoins, il se montrera nettement plus rapide que l’upload. Une estimation laisse supposer que pour récupérer les 2,54Go de données, il faudra environ 80h.

 

 

 

Enseignements

iCloud

Ce service gagne la bataille de la vitesse. Question confidentialité et exploitation des données, Apple ne veut pas savoir ce qu’on y met. Et comme tout est chiffré, le risque d’un accès non autorisé est limité. Quant à l’usage, iCloud étant considéré comme un DD externe, tout est limpide. Lr (et sans doute les autres logiciels) peuvent écrire exportation et son catalogue directement dedans. Reste le tarif qui paraît excessif (mais pas tellement comparé à DropBox) compensé par la grande intégration à l’écosystème Apple qui a des inconvénients, mais aussi des avantages puisque le mécanisme est intégré au système d’exploitation.

 

DropBox

S’il ne gagne pas la bataille de la vitesse, il n’en est pas loin. Question confidentialité, c’est un peu compliqué avec quelques polémiques récemment sur le fait que le logiciel s’accorde tous les droits sur l’intégralité d’un ordinateur, y compris les données non dropboxées. Quant au chiffrage dans le Cloud, il est présent, mais la société s’autorise à regarder et utiliser ce que l’on y met… À l’usage, l’espace Dropbox synchronisé étant à la fois local et externe, tout est limpide pour l’utilisateur. Lr et les autres logiciels peuvent écrire leurs exportations directement, par défaut, Lr utilisera le catalogue basé localement. Côté tarif, on reste limité à 1To avec un gain de 20€ si on paye à l’année.

 

AmazonDrive

Pas le plus rapide, pas le meilleur en termes de confidentialité, pas utilisable réellement comme un disque local, mais un coût inégalé. 70€ par an pour un stockage illimité, cela nécessite réflexion.

 

 

 

Même si LA solution parfaite n’existe pas, les offres existantes permettent d’envisager une solution de remplacement solide. Une voie peut consister à s’appuyer sur une solution mixte :

  • Le disque synchronisé DropBox gratuit pour les fichiers qui sont susceptibles d’être utilisés sur Windows, Android, iOS ou macOS ;
  • Le disque synchronisé iCloud gratuit pour l’écosystème Apple ;
  • AmazonDrive pour le stockage longue durée.