Même si cela n’apparait pas immédiatement aux photographes, ou que ce n’est pas leur préoccupation, la pratique de la photo a toujours été très liée à la technologie d’une époque ou d’une autre. L’amélioration des émulsions / des capteurs, leur montée en sensibilité, en finesse et en fidélité des couleurs, la miniaturisation des boitiers et des formats (voir article sur le sujet), l’amélioration des objectifs, ont considérablement modifié la pratique photographique. Donc le matériel que possède chaque photographe.

La première contrainte, qui a toujours été présente pour tout le monde est la contrainte financière. Elle ne sera pas traitée ici.

Il suffit de constater ce qui a toujours été et reste une règle constante. Le prix d’un matériel est toujours lié à sa qualité. Cette qualité induit un coût de production, de recherche et développement, et bien sûr de quantité de production des séries. Tout matériel, selon son degré de sophistication, de précision, de technicité, coûte plus ou moins cher. Il en est de même de son entretien. Il y a bien sûr une variable de marque, elle fait partie de la réalité du marché, et n’est pas forcément si importante qu’on l’imagine.

 

Les critères de construction du parc d’objectifs

Quels sont ces critères? Ce sont des éléments objectifs, subjectifs, historiques. Dans la pratique que sont ils?

 

Les éléments objectifs

1-1 Les boitiers, par leurs caractéristiques, correspondent à une utilisation spécifique

Le format, d’où découlent la taille, le poids et l’encombrement de l’appareil (*) impliquent un but: -grands tirages – piqué extrême -modelé – photos de voyage – pratique familiale – pratique professionnelle, et donc une pratique photographique. Celle-ci va déterminer le choix de chacun.

On ne choisit pas indistinctement un 645 un QS1 pour les utiliser dans les mêmes conditions. Certes on peut faire des photos d’identité avec un 645, ou même un 67, et des expositions de photos de paysages faites avec un Q, ou même un i-phone 6. Apple s’en réclame à coups de grandes affiches, dans les gares par exemple… On peut tout faire, si l’on veut. Mais restons réalistes.

(*) Ces différences sont assez réduites chez Pentax, le gabarit des boîtiers de la marque étant compact, à l’intérieur de la gamme K.

 

1-2 La gamme des objectifs

  • Les objectifs GA et UGA serviront plus à faire du paysage et de l’intérieur que des longues focales. Les focales se repartissent de 12 mm à 35 mm. (Elles peuvent être beaucoup plus courtes pour convenir à des formats de capteurs plus petits que 24×36.) Les UGA sont peu utilisés en architecture (surtout professionnelle), car souvent ils déforment. Et on  ne peut pas tout corriger en post-traitement (PT).
  • Les objectifs dits standards serviront à la street, au portrait, à la photo rapprochée, au paysage (avec panoramique en assemblage de PT). Les focales vont de 35 mm à 55-70-77 mm.
  • Les petits télés serviront au portrait, à la street serrée, au détail d’architecture, de paysage. Les focales vont de 85 mm – focale historique de portrait (en 24×36) – puis 100 à 180 mm.
  • Les gros télés serviront à l’animalier, au sport, aux détails en architecture … Les focales s’étagent de 200 à 600 m.
  • Les objectifs pour la macrophoto ont la particularité d’avoir une capacité de MAP très rapprochée (quelques centimètres) et d’atteindre alors un rapport d’agrandissement qui va jusqu’à 1/1. L’objet photographié sera en taille réelle sur la photo. Les focales de macro les plus courantes sont 35 mm, 50, 90 et 100 mm. Plus rarement 150, 180 et 200 mm. De nombreux objectifs sont intitulés Macro, alors que leur rapport d’agrandissement ne dépasse pas 0,45. Ceux sont des objectifs de proxi-photo, mais le terme « Macro » employé par les fabricants est plus flatteur…
  • Il convient de citer les fish-eyes aux focales et angles de champ extrêmes: 8, 10 mm Qu’ils soient circulaires ou redressés (image rectangulaire) ils sont d’un usage assez restreint car ils donnent une image très déformée qui est curieuse, mais facilement lassante.

Capture d’écran 2015-06-04 à 07.34.09

     DA* 4/300  DA*2,8/50-135  DA 1,8/50  DA 4/15 Ltd

Enfin, il faut parler des zooms. Ils se divisent en 3 catégories :

  • Les zooms GA, de 12-24 mm, 11-28 mm, 15-30 mm, 20-35, 20-40 mm.
  • Les trans-standards, de 18-55 mm, 16-45, 16-85, 17-50, 17-70, 18-55, 18-135 mm, 24-70, 28-70, 28-105 mm.
  • Les télé-zooms d’amplitudes «classiques» de 50-135, 50-200, 50-500, 55-300, 60-250, 70-200, 100-300 et d’amplitudes hautes de 150-400, 150-450, 150-600 mm.

Pour refermer la boucle, les zooms «universels» conçus pour permettre de faire face à toutes les situations et ne pas quitter le boitier. Leur amplitude est impressionnante: 18-200, 18-250, 18-300 mm. Mais un tel grand écart signifie fatalement des faiblesses à un bout du range, ou bien à l’autre. Les lois de la physique optique sont féroces, malgré des progrès phénoménaux dans la fabrication des lentilles et des objectifs.

 

1-3 L’ouverture maximum

Tous les objectifs ont une ouverture maximum plus ou moins grande. Lorsque cette ouverture est importante et, sur les zooms, permanente, non glissante, cela ajoute un critère supplémentaire de commodité d’utilisation à la visée, mais un handicap de poids au portage et au rangement, et de prix. La dernière phrase de l’introduction trouve ici toute sa signification. Ces objectifs lumineux sont généralement des objectifs de haut de gamme, dont l’ouverture est une des qualités. Le plus souvent elle va  de pair avec une formule optique sophistiquée, une qualité de construction et de finition de haut niveau. Et un prix correspondant. Ces objectifs sont souvent objet d’admiration…

 

Les éléments subjectifs

Ils ne dépendent que de vos désirs, de vos goûts. Pour un type ou un autre de photographie. Ce qui conduit à des choix de matériel qui peuvent être totalement différents. C’est le choix de zooms ou/et de focales fixes, le choix de Limited ou de Stars* ou d’objectifs « courants », de gros boitiers, plus lourds ou de petits, plus légers.

Ces choix peuvent être guidés par des coups de cœur, la satisfaction de votre ego. Vous y avez droit. L’aspect rationnel n’est pas un élément obligatoire en photo. Il arrive même que l’aspect rationnel serve à justifier des motivations profondes que l’on cache. Et pourquoi donc les cacher? Elles ne sont pas honteuses.

On peut avoir envie d’un objectif parce qu’on le trouve beau. Avant de savoir qu’il est bon. Aucun photographe n’est à l’abri d’un achat qui le déçoit, faute d’avoir pu l’essayer, de la revente qui en découle et de l’achat qui remplace le précédent. Ce genre de méandre est inévitable.

 

Les éléments historiques

Avec le temps, notre pratique photo évolue, ainsi la photographie des enfants apparait-elle le plus souvent avec l’arrivée d’enfants dans la famille. Le parc photo évolue lui aussi.

Tel photographe aura commencé par un parc restreint «universel», couvrant tous les champs de prise de vue. Pour un budget «contenu». Par exemple:

Capture d’écran 2015-06-04 à 07.39.01

  • Etape 1:  un boitier milieu de gamme K-50,  un 18-55 de kit, un 55-300
  • Etape 2: le parc monte en qualité des objectifs: boitier inchangé un 17-50 Sigma remplace le 18-55 de kit
  • Etape 3: le parc s’élargit un K-50, un K-5, un 50-135 remplace le 55-300 1*300
  • Etape 4: le parc prend de la carrure: un wonder plastic 50 un flash cobra Pentax 360
  • Etape 5: la parc atteint la maturité: un K-3 remplace le K-50, un 100 macro d’occasion

Capture d’écran 2015-06-03 à 20.32.17

 

On a maintenant un  K-5, un K-3, un 17-50mm f2/2,8, un 50-135mm f/2,8, un 50mm f/1,8, un 100mm f/2,8 Macro, un 300mm f/4 et un flash 360.

Ensuite, la courbe peut s’inverser, avec un rétrécissement du parc accompagné d’une montée en gamme et en qualité.

 

Le besoin de renouveler certains éléments de sa vie est une motivation sérieuse pour faire évoluer son parc d’objectifs et de boitier(s). Notre société de consommation favorise ce besoin naturel. Un autre aspect de la vie photographique le renforce.

Depuis l’avènement du numérique, l’avancée permanente des capteurs et du traitement du signal brut amène le remplacement régulier des boitiers. De nouveaux capteurs arrivent dans les gammes des marques tous les 18 mois, 24 mois tout au plus. Ce qui peut amener le renouvellement des objectifs, ne serait-ce que pour suivre l’avancée des capteurs.

Ainsi le passage du capteur de 16Mp du K-5 à celui de 24Mp du K-3 a rendu certains objectifs sinon obsolètes, du moins inférieurs aux performances du capteur du nouveau boitier phare de Pentax. Garder un objectif qui ne fera pas de meilleures photos avec un K-3 qu’il n’en faisait avec un K-5 pourrait rendre inutile l’achat du K-3. Si on a dans son parc d’autres objectifs que le K-3 rendrait meilleurs, le choix devient vite très tentant. Et le remplacement de l’objectif devenu «faible» est presque obligatoire.

C’est un moteur fort pour renouveler son parc d’objectifs. Le retour de Pentax au format 24×36 va en être un autre.