Qu’est-ce qu’une série photographique ?

C’est un ensemble de photographies qui sont liées par un élément commun fort.

Cet élément fait que, très vite, l’appartenance de n’importe laquelle des photos de l’ensemble sera identifiée comme faisant partie de celui-ci.

 

Quels éléments peuvent constituer une série ?

Le point de départ initial est toujours thématique.

Les thèmes sont de plusieurs niveaux.

Ce peut être une idée théorique:

  • d’ordre individuel: un sentiment de joie, de tristesse, de solitude
  • d’ordre collectif ou social: rencontre, fête, abandon (sans-abris, migrants…), une pratique sportive…

Un thème peut partir d’une personne.

Il peut partir de points pratiques: une activité, une habitude …

Il peut partir d’un point concret : un lieu, un objet…

Il peut aussi partir d’un point de vue visuel, plastique : une forme, une couleur, une lumière, une ombre, un éclairage…

La liste des possibles n’a de limite que celle de chaque photographe. Elle est le produit de ce que nous sommes. Elle est le pur produit de notre regard de photographe.

 

Exemples de possibles démarrages de séries

Un lieu où vous passez tous les jours – Une vitrine de boutique – Un objet dans cette vitrine qui accroche votre regard. Vous vous arrêtez, vous observez l’objet, sous différents angles, avec des fonds différents selon l’angle, la hauteur de la PdV. Vous avez là l’amorce d’une série possible.

Vous repassez à un autre moment de la journée, vous vous arrêtez à nouveau, la lumière extérieure a changé, la lumière sur l’objet aussi, malgré l’éclairage fixe dans la vitrine.

Votre série a commencé à prendre vie. A vous maintenant de lui donner une forme.

Le temps que vous fassiez les photos, la vitrine est renouvelée. Elle est différente, mais séduisante aussi. Une autre amorce de série est possible, sur cette vitrine, et non plus sur un objet particulier dans la vitrine…

Sur votre trajet du matin, vous êtes accroché(e) par une perspective de rue particulière, avec des fuyantes «heureuses», en tout cas qui vous accrochent. La lumière donne à ces fuyantes quelque chose de particulier. Vous revenez, la lumière est différente, mais encore bonne, vous faites la photo. Elle est bonne, pas décevante.

Vous avez là aussi, plusieurs pistes de séries possibles :

série statique, avec variantes:

  • le même endroit, sous le même angle, à des heures différentes.
  • le même endroit, sous le même angle, avec des focales différentes.
  • le même endroit, sous le même angle, en variant les points de PdV.
  • le même endroit en variant les angles…

série dynamique:

  • le même type de perspectives et d’éclairage, dans des endroits différents.

Autres variantes possibles des mêmes photos: en N&B, et/ou en couleur, avec des solutions monochromes différentes…

Les autres éléments constitutifs

  • Genre: portrait, paysage…
  • Forme: un format particulier, ou tout autre aspect formel de finition (tirage sépia, avec vignettage, vintage, «négatif endommagé» …)
  • Epoque: photos toute faites à la même époque
  • Lieu: photos faites dans un même lieu.

Ces éléments peuvent former des sous-catégories du principe thématique.

 

Comment se construit une série ?

La finalité de la série

Une fois l’idée de la série acquise, son thème fixé, il peut être intéressant de déterminer sa finalité. 

Car la série va avoir une structure différente selon sa finalité, son utilisation future: un reportage, une exposition, un livre, un diaporama… On peut presque dire qu’il y a plusieurs finalités.

  • Un reportage se construit comme une série. Si c’est une commande, sa structure sera assez facile à construire, car elle est le plus souvent précisée dans la commande: volume (nombre de photos), formats, thème… Ce qui distingue le reportage des autres séries, c’est qu’il est un assemblage de photos et de texte (ou de textes). Il faudra donc créer aussi ce(s) texte(s). La différence n’est pas forcément mince!
  • L’ illustration d’un texte, ou de textes, le plus souvent de textes poétiques ne se construit pas de la même façon, même si ce peut être aussi une série. Cette illustration peut être plus ou moins intégrée au texte, de la simple juxtaposition image-texte à l’insertion du texte ou de parties de celui-ci dans les images. Leur conception est alors totalement différente, puisqu’elle part du texte.

Les autres finalités.

  • Une exposition comporte elle aussi une contrainte: le volume et le format. Elle implique qualité de production élevée (en tout cas déterminée) et homogène (autant que possible). Une finalité d’expo possible peut être envisagée, il faut alors viser un volume large, dans lequel on «taillera» en fonction du nombre des photos qui seront accrochées.
  • Un livre (ou album) demande des photos de bonne qualité, assez homogène. Bien sûr la mise en page va permettre de mettre en valeur les meilleures photos, de faire dialoguer les photos entre elles, particulièrement celles qui seront vues ensemble. Tous ces éléments constitutifs peuvent être bâtis après coup, leur construction amènera le plus souvent un second tri.
  • Un diaporama se construit suivant un principe différent. Il faut, comme pour un livre, faire dialoguer les photos entre elles. Mais elles n’ont pas besoin d’être aussi homogènes. Il vaut même mieux qu’il y en ait de moins fortes (ce qui ne veut pas mauvaises) pour permettre une respiration entre les photos très fortes. Une succession ininterrompue de photos très fortes devient assez rapidement difficile à supporter. Il faut des photos de transition qui permettent de «souffler».
  • La série pour la série. Une série peut se construire indépendamment de son devenir. Pour elle-même. Pour ce qu’elle vous permet de chercher par le regard, d’explorer les moyens de dire ce que l’on voit.

Construire une série signifie se forger une vision de ce que l’on veut faire, mais pas forcément de ce que l’on va faire. Cette idée n’est pas forcément définitive, sinon cette série devient une illustration. Ce qui peut être le cas par exemple d’un diaporama/power point de conférence. L’idée d’une série peut d’ailleurs évoluer au fur et à mesure que celle-ci se construit, photo après photo, dans le face à face avec la réalité.

Une série peut même se faire au cours d’une séance de «shooting», sans idée préconçue. A l’éditing, on s’aperçoit qu’on a une série, ou l’amorce d’une série. Les bonnes surprises sont toujours possibles, avouées ou pas. L’important est de ne pas les rater. Une série peut aussi prendre des années avant d’être considérée comme terminée. Puis être complétée des années après, au hasard d’une rencontre avec un «cadre» qui colle naturellement avec la série, qui lui redonne une nouvelle vie. La notion de série se travaille intérieurement.

Une série est formée par ce qui lie les photos les unes aux autres. Lorsque ce qui lie des photos est très personnel et très profond, c’est la création concrète de la série, le travail photographique qui fera ressortir ce lien, qui le rendra palpable. Ce travail est d’autant plus difficile que ce lien est caché, secret. Le travail intérieur porte sur ces liens. C’est un travail sur soi-même.

Une fois ce travail «fait», les séries viennent alors d’elles-mêmes, ou du moins les idées de séries.

Ensuite vient le travail photographique pur, technique, pictural, plastique.

Il convient d’ajouter qu’une série donnée, finie (ou considérée comme finie) peut être par la suite « montée » de façons différentes selon la taille de la salle pour une exposition, de la pagination pour un album, des formats de mandées par un commanditaire… C’est à dire d’ impératifs extérieurs, alors que la série est née d’un impératif intérieur.

 

Exemple illustratif

Quelques photos tirée d’une série dont le point de départ a été une vitrine de Shiseido sur le Boulevard Saint Germain en 1982. La première photo mélangeait l’intérieur de la boutique avec le reflet du boulevard dans la vitrine.  Le procédé est resté, le thème a glissé de la boutique de produits de maquillage aux boutiques de mode, toujours situées sur le Bd St Germain. La série s’est prolongée dans d’autres lieux de Paris, puis à Aix en Provence, Florence, Anvers, Amsterdam, New-York. La dernière photo a été faite en 2002.  Toutes les photos ont été faites en argentique, au LX et au Z-1. La série s’intitule « A lens au pays des merveilles ». Elle compte 49 photos. Elle dit le mélange d’images réelles d’un monde virtuel (la mode) avec les images virtuelles d’un monde réel (le reflet de la rue dans les vitrines) et le merveilleux que peuvent représenter des mannequins de ce monde réel/virtuel dont on ne sait s’ils sont de carton ou réels.

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Shiseido, Bd Saint Germain, Paris

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Mode italienne, Bd Saint Germain, Paris

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Mode, Rue de l’ancienne Comédie, Paris

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La Redoute aux Halles, Paris

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Boutique de mariage, Aix en Provence

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Taxiphone, Aix en Provence. Cette boutique est devenu depuis un « Yellow Corner », le patron est photographe.

 


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Florence

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Anvers

 


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Amsterdam

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New-York,Manhattan