Beaucoup de forums photo, pour permettre aux membres d’exposer leurs images, proposent une rubrique « séries » et/ou une rubrique « reportages ». Certains d’entre eux ne proposent qu’une rubrique « séries », sans autre précision, alors que d’autres ont opté pour « Reportages (séries) ». La question qui se pose n’est pas de savoir qui a tort et qui a raison (même si nous avons une petite idée sur ce point), mais seulement de faire apparaître les différences qui peuvent exister entre série photo et reportage photo.

 

 

Qu’est-ce qu’une série photographique ?

Comme déjà indiquée dans cet article, une série obéit à des principes relativement rigoureux. Il ne suffit pas de proposer quinze photos pour affirmer que l’on a constitué une série.

 

Les « obligations » imposées pour constituer une série

Le photographe

La première de ces obligations est l’unicité de photographe : il ne saurait être question de confier une partie de la tâche à un ami photographe et de se réserver seulement quelques images. Non ! C’est bien sûr celui qui propose la série qui doit être l’unique auteur des images qu’elle contient. Une série est faite généralement à l’initiative du photographe lui-même. Elle est rarement la conséquence d’une commande. C’est une œuvre où apparaît la dimension artistique, émanation du talent artistique de son auteur.

 

 

La thématique

Ensuite, une série doit partir d’une thématique et une seule. Cette thématique peut être d’ordre moral (la pauvreté, la solitude, le bonheur, etc., etc.), mais aussi elle peut se rapporter à un thème plus « physique ». Par exemple un métier, la pratique d’un sport, une personne en particulier, etc. Notre article déjà cité vous propose toute une… série (!) de thèmes possibles. À chacun d’inventer le sien !

Cette thématique doit clairement apparaître dans les images proposées. S’il s’agit d’une personne, c’est facile : même si elle apparaît dans des situations diverses, elle sera reconnaissable à ses traits. Sauf bien sûr (quoique !) si elle est masquée comme, par exemple, au Carnaval de Venise. Dans ce cas, le thème est peut-être le Carnaval lui-même, et pas la personne. Toutefois, si toutes les images présentent la même personne au Carnaval, alors on peut considérer que c’est elle qui constitue le thème.

 

 

Ce qui caractérise une série

La dimension temporelle

Une série n’est pas obligatoirement figée dans le temps. On peut très bien l’entreprendre à un moment donné pour la terminer des années plus tard. À condition, bien sûr, de ne pas en changer le thème. On peut alors la modifier (partiellement) sans pour autant que cela constitue une nouvelle série. Si la série initiale a fait l’objet d’une publication et/ou d’une exposition, alors bien sûr, il n’est pas souhaitable de la modifier. Toutes les images nouvelles qui pourraient s’y rapporter constitueraient dès lors une autre série sur le même thème, éventuellement avec une approche légèrement différente. Ou avec un traitement différent, ce qui se rejoint.

 

 

Le traitement de la thématique

Chaque photographe possède généralement un style qui lui est personnel. Que ce soit à la prise de vue ou lors du Post-Traitement, ce style est un élément de la « personnalité » du photographe. Non seulement il peut se traduire dans l’ensemble de la série, mais il est souhaitable que ce soit le cas. Ne serait-ce que pour démontrer l’unicité d’auteur des images. Et aussi pour assurer une certaine homogénéité de la série.

Toutefois, on peut apporter une réserve à ce principe. Il reste possible au photographe de traiter la série selon un style qui n’est pas habituellement le sien. Soit parce que la série l’exige, soit pour la traiter « à la manière de » quelqu’un.

 

 

L’homogénéité

Nous venons de le dire : une série se doit d’être homogène. Bien sûr les images seront différentes les unes des autres, mais l’ensemble doit rester cohérent. On doit trouver des éléments communs d’une image à l’autre, qui établiront l’appartenance à une même série. Toute image s’écartant de ce principe viendrait briser l’homogénéité nécessaire.

Dans le même ordre d’idée, le regard personnel du photographe doit se retrouver sur l’ensemble de la série. Une image isolée dans la série n’aurait pas de sens. Elle n’en prend que parce qu’elle fait partie d’un ensemble cohérent.

 

La créativité

Élaborer une série photo est une occasion formidable pour le photographe de faire preuve de créativité. Il n’est pas tenu, en principe, par une ou des commandes particulières. Et même si tel était le cas, il n’a aucune nécessité de représenter fidèlement et brutalement le réel. C’est le côté artistique qui, dès lors, doit primer et surtout s’exprimer. Son autonomie est totale, sa capacité de décision aussi. Nous verrons qu’il en va différemment pour le reportage photographique, même s’il ne s’agira pas, bien sûr, de « bâcler » le travail pour autant !

 

 

La finalité

Nous avons évoqué cet aspect ci-dessus. Généralement, une série est assimilable à une œuvre d’art susceptible d’être exposée. Ou à tout le moins, susceptible d’être publiée dans des médias spécialisés. Ce qui bien entendu ne signifie pas que toutes les séries sont exposées ou publiées. Dans ce cas de non-publication/exposition, il reste possible de la pérenniser dans un livre photo qui, dans le pire des cas, rejoindra le « rayon des souvenirs » et qui, dans le meilleur des cas, sera régulièrement montré aux parents et aux amis de passage. Hélas, toutes les œuvres d’art ne connaissent pas la notoriété et ne finissent pas dans les musées !

 

Tout ceci s’avère finalement très différent du reportage photographique. Car bien sûr ici, nous ne parlerons que de reportage photo, en aucun cas de reportage vidéo. Ce dernier présenterait avec la série des différences bien plus grandes encore ! Est-il utile de rappeler qu’une série vidéo, si son existence pouvait s’admettre, ne saurait de toute manière être publiée dans un magazine et encore moins exposée. La consulter exigerait d’autres moyens.

 

 

Le reportage photographique

Le reportage photo consiste à illustrer un sujet par des images s’y rapportant… ce qui est important, c’est le sujet. Les images ne sont là que pour appuyer tel ou tel aspect du sujet, démontrer sa réalité. Il touche au photojournalisme. L’intérêt du lecteur est bien souvent un intérêt pour le sujet lui-même (exemples) plus qu’un intérêt pour l’illustration. Le public visé est différent de celui de la série photographique.

Inondations et neige à Paris

 

Qu’est-ce qu’un reportage photo

Contrairement à la série photo, qui n’exige que très peu de texte – voire pas du tout – pour expliquer les images, le reportage photographique s’accompagne de beaucoup de texte relatif à la situation ou au sujet traité. Les images, si elles ont une importance certaine, viennent plutôt en appui de ce texte. Et, dans le meilleur des cas, elles racontent elles-mêmes des histoires en lien étroit avec le sujet. Par exemple, si le sujet est « les inondations de la Seine », des images présentant les difficultés des riverains dans leur quotidien de sinistré répondent parfaitement à cet objectif.

 

 

Ce qui prélude au reportage photo

La commande

C’est généralement le point de départ du reportage, notamment pour les reportages d’actualité. Par exemple, un journal demande à l’un de ses reporters-photographes de « couvrir » tel ou tel sujet. C’est rarement le reporter-photographe qui, à moins d’être « free-lance », décide de lui-même le sujet de son travail.

Si le reportage n’est pas réalisé dans un cadre professionnel, les obligations seront bien entendu moindres. Même chose s’il s’agit d’un reportage documentaire dont les impératifs sont complètement différents.

 

 

La préparation

Un reportage photo, ça se prépare. Une série photo aussi, me dira-t-on. Certes, mais pas de la même manière. Un reportage exige que son auteur, rendu sur place, prenne le temps de parcourir l’espace dans lequel il va opérer, afin de repérer ce qui sera intéressant à photographier pour illustrer son texte. Ce qui permettra, par ailleurs, de choisir les angles qui donneront plus de force à ses images.

Pour partir en reportage, la préparation doit aussi comprendre le choix et la préparation du matériel en fonction du sujet traité. Et cela peut être assez lourd, y compris au sens propre (poids du matériel à transporter). C’est beaucoup moins primordial pour une série photo, d’autant que sa création peut s’étaler dans le temps, comme nous l’avons vu.

Pour certains reportages, il sera utile, voire nécessaire, de disposer de plusieurs objectifs de focales différentes

 

 

Ce qui caractérise le reportage photo

La temporalité

Par définition, un évènement se situe dans le temps. Il a une durée relativement limitée. Ce sont les caractéristiques de cette temporalité qui font l’intérêt du reportage. Dans la série, au contraire, le sujet est considéré comme intemporel. Et ceci est une des raisons pour lesquelles les traitements sont différents.

Inondations parisiennes

 

Le traitement du sujet

Si l’auteur de la série met beaucoup de lui-même dans les images qu’il propose, l’auteur du reportage, selon le cas, devra y mettre beaucoup plus d’objectivité. Bien sûr, on peut comprendre, si s’agit par exemple de la commande d’un journal d’opinion, que justement le sujet soit traité en fonction de la « sensibilité » du médium considéré (journal, magazine, etc.). Pour autant, nous pensons qu’une certaine objectivité doit toujours être respectée dans le cas où il s’agit d’informer un public. C’est primordial pour la crédibilité du reportage. Cette objectivité concerne bien sûr tout à la fois le texte et les images du reportage. S’il y avait dichotomie entre le texte et les images, c’est la totalité du reportage qui perdrait sa crédibilité.

 

 

Le traitement des images

Il n’est pas nécessaire, dans le cas du reportage, de traiter toutes les images de la même manière. Et, si elles se rapportent toujours au sujet, elles doivent présenter suffisamment de variété pour couvrir tous les aspects du sujet. Ou, du moins, les aspects que le photo-reporter veut faire ressortir, ou ceux qui lui ont été commandés. Pour autant, il n’est pas absolument nécessaire qu’elles respectent une stricte homogénéité. Une image isolée garde un sens. C’est nettement moins évident dans une série.

Il faut toutefois garder présente à l’esprit la nécessité de produire des images de qualité et réellement adaptées à ce que l’on veut montrer. Et ceci, malgré les conditions souvent (mais pas toujours) presque « théâtrales » de la prise de vue : unité de lieu et de temps (à défaut d’unité d’action). Ici, l’inspiration est intimement liée à l’évènement photographié alors que, dans la série, l’inspiration provient quasi exclusivement de la réflexion du photographe.

 

La finalité

Il est bien sûr évident qu’un reportage photo ne figurera intégralement dans aucune exposition. Ce qui ne veut pas dire que les images ne peuvent pas être exposées elles-mêmes.

Il faut bien admettre que la publication dans un journal ne met pas spécialement en valeur les photos qui illustrent le reportage. Mais pour les exposer ailleurs, le problème des droits d’auteur peut être un élément d’achoppement : à qui les images appartiennent-elles ? Au photographe ou au commanditaire ? De la réponse à cette question (nous y reviendrons) dépend le sort des images.

 

Série photo et reportage photo ne répondent pas aux mêmes finalités ni aux mêmes critères d’élaboration. Pour autant, leur point commun est surtout de présenter un certain nombre d’images. Les soigner est primordial, tant pour établir la qualité du travail effectué que pour marquer le respect à l’égard de celles et ceux qui les regardent.

 

Quelques images qui pourraient constituer un début de reportage… avec du texte associé, bien sûr !

 

Neige à Paris

 

Neige et inondations à Paris

 

Inondations à Paris

 

Inondations à Paris

 

Crédit photo : © Micaz