Steve Mc Curry est né le 24 février 1950 à Philadelphie, sur la côte est des Etats-Unis. Tout jeune, il rêve de devenir cinéaste documentaire. Il fait des études brillantes au Collège d’arts et d’architecture de l’Université d’Etat de Pennsylvanie.

En 1969, à 19 ans, il passe une année à voyager en Europe, travaillant comme serveur dans des restaurants, à Amsterdam, à Stockholm. Puis en Amérique latine, en Afrique. Naturellement Mc Curry cherche une profession lui permettant de voyager.

En 1976, il débute sa carrière comme photographe dans un journal, qu’il quitte au bout de 2 ans pour partir en Inde comme photo-journaliste pigiste. C’est là, qu’il a apprend à observer la vie et à attendre. Il se rend compte que lorsque l’on attend, «les gens oublient l’appareil et leur âme pénètre dans l’image».

SteveMcCurry Koweit

Steve Mc Curry au Koweit pendant le guerre du Golfe

Très tôt, Mc Curry tombe amoureux de l’Inde et plus généralement de l’Asie. Il publie en 1984 un album sur l’Inde «Trains». On sent déjà très nettement son talent de coloriste. Ses photos sont construites de différentes façons, mais la couleur est toujours l’élément soit constructif, soit constitutif : dominante en camaïeu (photos 1 et 2), dominante chromatique (photos 3, 7, 9), bichromie (photos 3, 5, 8, 10), contraste (photo 10), ou bien élément étonnant et coloré (photo 4) qui transforme un cliché qui serait banal ou trop vu en photo marquante par son originalité. Même une photo prise dans des conditions dramatiques de reportage est malgré les apparences une bichromie gris/bleu.  Cet aspect de ses photographies ne se démentira jamais. Quel que soit le type de ses photos, même prises dans des contextes extrêmement défavorables, la couleur est toujours un élément structurant fort. 

Old Delhi 1983

photo 1: « Trains »- Old Delhi 1983

 

AGRA 1983

photo 2: « Trains »- Agra 1983

 

SMcCurry-1

photo 3: Inde-Jodhpur

 

SMcCurry-4

photo 4: Inde- Taj Mahal

Sa carrière décolle quand, déguisé avec une tenue indigène, il franchit la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan et pénètre dans les zones contrôlées par les moudjahiddines, juste avant l’invasion soviétique. Quand il en ressort, avec des rouleaux de film cousus à l’intérieur de ses vêtements — ses images sont publiées dans le monde entier. Elles sont parmi les premières montrant le conflit qui venait de débuter. Son reportage obtient le Prix Robert Capa Gold Medal pour le meilleur reportage photographique à l’étranger, une récompense qui consacre les photographes ayant fait preuve d’un courage et d’un esprit d’initiative exceptionnels.

En 1984, il a obtenu quatre Premiers Prix, fait sans précédent, lors du concours du World Press Photo. Mc Curry a couvert beaucoup de zones de conflits internationaux ou civils, parmi lesquels la Guerre Iran-Irak, la guerre civile irakienne, le Cambodge, la guerre du Golfe, l’éclatement de l’ ex-Yougoslavie. Une constante caractérise ses photos : les populations civiles et les conséquences humaines de la guerre.

En juin 1985 le National Geographic Magazine publie en couverture son Afghan Girl, qui fait le tour du monde et est surnommée «La jeune fille aux yeux verts». Mc Curry n’apprendra son nom — Sharbat Gula— qu’en janvier 2002, avant de la photographier de nouveau. 

A la photographie de reportage Mc Curry apporte une dimension artistique qui ne pollue pas l’aspect reportage mais le renforce. La couleur apporte une dimension forte qui souligne la construction, et ne la masque pas. Parfois c’est la couleur qui porte la construction. Ainsi les diagonales (rectilignes ou souples) sont-elles présentes dans toutes les photos illustrant cet article, qu’elles soient visibles ou pas au premier regard, perçues ou pas, elles sont là. La construction des photos de Mc Curry fait qu’elles ne sont jamais statiques. Elles sont impressionnantes et en même temps évidentes. Tellement évidentes qu’elles paraissent faciles, qu’il suffirait d’aller dans le pays d’où il a rapporté ces photos pour faire les mêmes ! Alors qu’elles sont terriblement sophistiquées, mais cela ne se voit pas. Ce qui se voit dans nombre de ses photos, c’est qu’elles ne sont pas posées, alors qu’on imagine mal comment il a pu faire de pareilles photos. Avec un peu d’expérience photographique on sent combien la composition graphique comme chromatique est devenue chez lui une seconde nature, qu’elle se fait probablement sans qu’il lui soit besoin de l’analyser. C’est comme de la magie. On est sous le charme, on se laisse porter.

SMcCurry-Sharbat Gula2

photo 5: Sharbat Gula, le portrait qui a fait le tour du monde

Le 11 septembre 2011, Steve Mc Curry est dans son bureau à New York, dans un immeuble proche des tours jumelles du World Trade Center, lorsque les avions les percutent. On l’appelle pour lui dire de regarder par la fenêtre. Il saisit son appareil-photo et grimpe en courant jusqu’au toit de son immeuble, d’où il avait une vue dégagée sur tout le centre-ville. Entre le moment où il a commencé à photographier depuis son toit et l’écroulement de la première tour, il ne s’est écoulé que quarante minutes. Il se précipite ensuite sur place avec son assistant, et après avoir franchi les barrages de police, il photographie le chaos indescriptible qu’il a sous les yeux, jusqu’à la tombée de la nuit. Il y retourne le lendemain matin, très tôt, profitant de l’obscurité pour pénétrer dans la zone interdite, et prend des photos aussi longtemps qu’il peut avant d’être refoulé du secteur.

Il note dans son journal: « J’ai essayé de traduire sur la pellicule ce que je ressentais, l’horreur et la perte. C’était un autre niveau du mal. »

WTC 11sept

photo 6: Le WTC, le jour de l’attentat

 

SMcCurry-5

photo 7: Le WTC, le lendemain de l’attentat

Steve Mc Curry est réputé dans le monde entier comme un grand coloriste. Ce qui est d’une aveuglante évidence. Mais il n’est pas réductible à ce seul aspect de coloriste. C’est aussi un grand photo-journaliste, guidé par une curiosité permanente, c’est aussi un photographe au regard aiguisé, doté d’une capacité d’émerveillement devant le monde qui l’entoure et devant  chaque personne qu’il rencontre. C’est aussi un grand portraitiste qui capte des regards toujours saisissants et pourtant jamais les mêmes. Et c’est un grand paysagiste, aux compositions d’une rigueur et d’une fluidité impressionnantes.

Un grand photographe, tout simplement.

Steve Mc Curry est membre de l’Agence Magnum.

 

Rajasthan1996

photo 8: Inde-Rajasthan 1996

 

SMcCurry-port2

photo 9: Afghanistan

 

SMcCurry-port3

photo 10: Inde-Bombay 1996

 

Tibet 2001 Amdo

photo 11: Tibet 2001- Admo, pèlerin dans une stupa.