Les studios photo

Quand on pense (en français) aux studios photo, on pense immédiatement à Harcourt. Aux portraits de célébrités en noir et blanc. C’est à dire à la tradition.

 

Les studios à l’ancienne

C’est en effet une tradition, ancienne. Les studios photo sont apparus très tôt, à l’époque où les temps de pose étaient longs. On l’on posait pour la photo: «On ne bouge plus, le petit oiseau va sortir !»

Rapidement, les familles, toutes celles qui en avaient les moyens, et mêmes parfois celles qui n’avaient pas beaucoup de moyens, sont allées chez le photographe qui, dans son studio, faisait une photographie du beau couple, du communiant, de la communiante, du jeune homme qui partait à l’armée, du jeune officier, du beau bébé sur un coussin, tout nu.

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Photo de mariage circa 1938

On immortalisait les personnes, dans un cadre très vite codifié, inspiré par la peinture qui avait immortalisé les monarques.(*)

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Portraits  d’un couple bourgeois circa 1900

Et ces photographies ornaient les cheminées, les murs des salons et des salles à manger. Quand on allait chez le photographe, c’était un rituel important, on prenait rendez-vous, on se mettait sur son trente et un, on se pomponnait. Des expressions qui ont quasiment disparu du langage.

(*) Parallèlement aux photographies de studio, sont également apparues très vite les photos licencieuses, qui fréquentaient plutôt les poches des messieurs que les murs des salles à manger…

 

Les célébrités allaient chez Harcourt, les autres chez LE photographe, du quartier, de la ville, de la grande ville, de la capitale.

La technologie a évolué, la société aussi. Les images sont entrées dans notre vie. L’ont envahie. Elles se sont banalisées.

On ne va plus chez LE photographe, dont les images se conservaient précieusement, au mur, dans des albums, dans un porte-feuille. On fait des selfies, partout, à chaque moment et on les jette sur la toile, comme dans une poubelle, ou à côté.

Les boutiques de photographes sont progressivement devenues des magasins «Photographies» où l’on achetait des appareils photo, des pellicules, où l’on donnait ses photos à faire développer et tirer. Où l’on demandait des conseils. Où l’on faisait ses photos d’identité. Que l’on allait voir pour un mariage…

Puis dans ces magasins sont apparus des bancs de tirage Kis. Puis ils sont devenus des PHOTO SERVICE franchisés. Puis des boutiques Orange ou SFR. Quelque fois on n’a même pas eu le temps de saluer le patron où la patronne avant la fermeture définitive.

Que sont devenus les studios ?

Dans ce tourbillon, les studios, des studios ont survécu, évolué.

 

La survivance : Les studios «traditionnels»

Ce sont ceux qui gardent une part de la tradition, le ou les photographes qui travaillent sur place. Assurent un travail à la qualité garantie.

L’exemple emblématique en est le Studio Harcourt.

Référence incontournable du studio photographique en France et hors de France, le Studio Harcourt a été créé en 1934 par Roland Ricci, fils de la couturière Nina Ricci et de Germaine Hirschfeld alias Cosette Harcourt, alors que de prestigieux studios ferment. Le studio se spécialise dans le portrait en N&B de personnalités du cinéma et du monde de la culture.

Gérard Philippe

Gérard Philippe

Jean Marais

Jean Marais

Françoise Sagan

Françoise Sagan

Très vite les photos se reconnaissent à leur style et à la lumière dans laquelle ils baignent. Le style Harcourt se caractérise par une prise de vue assez rapprochée, un angle favorable au modèle et un éclairage au flood de cinéma, généralement latéral, un contre éclairage créant un halo, le tout générant un clair obscur et enfin un fond gris anthracite. Le contraste est fort, mais pas sur le visage.

Le studio survit à la guerre et prospère ensuite. Il fait cependant faillite en 1990. A l’initiative de Jack Lang, le Ministère de la Culture rachète le fond de 5 millions de négatifs de 1934 à 1991 qui va aux Musées Nationaux. Le studio Harcourt est repris en 1993, puis en 2007.

Jean Dujardin

Jean Dujardin


Il s’est ouvert à d’autres publics et s’est diversifié, ainsi il  a lancé des photomatons qui font des portraits dans le style Harcourt, installés dans des endroits prestigieux à Paris ou à l’étranger…

studio Harcourt aux Halles

Exposition de Harcourt aux Halles

 Le Studio Harcourt est devenu une institution, une légende, une sorte d’élément du patrimoine immatériel de l’humanité photographique.

Au point que Roland Barthes (grand sémiologue français, directeur d’études à l’EHESS et professeur au Collège de France) a écrit: «Un acteur qui n’a pas été photographié par le studio Harcourt n’est pas complètement un acteur.»

L e studio Harcourt est le symbole de la photo de studio, célèbre hors des frontières par les célébrités qu’il a fixés dans ses ombres et sa lumière. Mais il n’est pas le seul.

Il existe en province, pardon, dans les régions, des studios qui, toutes proportions de célébrité gardées, sont comparables, comme:

  • le Studio Grand Format à Toulouse
  • le Studio Grand Ouest à Nantes

Ces derniers proposent aux particuliers de réaliser des portraits, des photos d’identités, des CV photo. Pour les entreprises, les offres de services sont adaptées comme des photos publicitaires, de la nature morte publicitaire, de la photo industrielle.

Leurs sites diffèrent par la présentation, les services proposés sont plus orientés vers les particuliers à Toulouse, plus vers les entreprises à Nantes. Mais le positionnement commercial est pratiquement le même. Celui d’une petite entreprise qui utilise les moyens de communication contemporains, qui par eux-mêmes sont déjà une vitrine de présentation avantageuse des produits proposés.

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à Toulouse

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à Nantes

On peut discerner des nuances dans l’adresse aux clients,  mais la démarche est globalement la même. La présentation est résolument moderniste, soignée, réfléchie, engagée dans le XXIème siècle. Elle a pris la mesure de changements irréversibles, tout en gardant un fil de continuité.

Il existe partout des studios de ce genre, plus ou moins up to date, dans leur démarche, mais qui proposent de la photo personnalisée par un(e) photographe professionnel(le) qui répond de la qualité de ses produits. Lesquels sont adaptés à la clientèle, donc sont variables. Ils produisent plus ou moins de photos d’identité, de mariages. Ils travaillent aussi bien en argentique qu’en numérique, car tous n’ont pas succombé à la carte mémoire.

 

A suivre.