La question, ainsi posée, ne signifie pas grand-chose a priori.

En français correct, il faudrait plutôt parler de « testeur » de profondeur de champ. « Test » n’étant, en français académique comme en « français néophyte » (qui n’existe pas en réalité), que l’action de tester. Convenons aussi que l’indication de la présence (ou pas) de ce testeur ne fait plus partie aujourd’hui des préoccupations essentielles des descripteurs d’appareils. Du reste, la question de son utilité est régulièrement posée dans les forums. Les réponses sont souvent très contrastées. Elles reflètent généralement la pratique de chacun et manquent d’objectivité. Pourtant, visualiser la profondeur de champ dans l’image que l’on s’apprête à réaliser paraît primordial.

Essayons de débroussailler ce sujet.

 

Les temps de l’argentique

J’ai gardé en mémoire les « colères » d’un rédacteur en chef de Grand Magazine Consacré à la photo (il se reconnaîtra s’il nous lit) qui, à toute sortie d’un nouveau boîtier, constatait, ou pas, la présence de ce petit levier. S’il était présent, point de colère, bien au contraire. S’il était absent, alors les reproches fusaient. Et, avec eux, les raisons pour lesquelles le levier en question s’avérait indispensable.

J’en étais alors à mes débuts dans la « vraie photo », celle des appareils reflex 26×36 réputés sérieux. Les autres, et tout particulièrement les compacts 24×36 télémétriques dépourvus de toutes les fonctions avancées qu’un utilisateur sérieux était en droit d’exiger, n’étant, selon les connaisseurs ou prétendus tels, que des « succédanés ». De toute manière, ces compacts ne permettaient pas de visualiser la profondeur de champ avant de prendre la photo. Il fallait disposer de façon impérative d’un boîtier permettant la visée à travers l’objectif (la visée TTL, « Through The Lens »).

 

Un « truc » à utiliser avec précaution

À cette époque, les APN n’existaient pas, les boîtiers étaient purement mécaniques, automatiques ou semi-automatiques, voire tout manuels.

En l’absence de ce fameux testeur de profondeur de champ, ledit rédacteur en chef expliquait alors que, pour pallier cette absence, il existait bien un moyen, mais relativement dangereux en cas de fausse manœuvre. Et, pour tout dire, peu pratique. Ce moyen consistait, sur certains boîtiers, à presser le bouton de déverrouillage de l’objectif et de tourner légèrement l’objectif, comme si on le retirait.

Au préalable, il fallait, bien sûr, avoir positionné la bague de diaphragme sur l’ouverture souhaitée. N’oublions pas que c’était purement mécanique ! Alors, on pouvait observer, dans le viseur, que l’image virtuelle s’assombrissait, mais qu’elle permettait, si l’on avait une bonne vue, de mesurer approximativement la zone de netteté. C’est tout simplement parce que cela avait pour effet de fermer le diaphragme à la valeur affichée. Et c’est cette visualisation que permet le fameux testeur de profondeur de champ, sans qu’il soit besoin de tenter de retirer l’objectif.

Le bouton de test de profondeur de champ sur un boîtier argentique (Chinon CE-4s)

Le bouton de test de profondeur de champ sur un boîtier argentique (Chinon CE-4s)

 

Comment cela march(e)(ait) -t-il ?

Sur les boîtiers reflex, la visée s’effectue normalement avec le diaphragme ouvert à sa valeur maximale (celle où il entre le maximum de lumière). Par exemple à f/1.7 pour un smc Pentax M f/1.7 de focale 50mm. Pourquoi ? Parce que cela facilite le réglage de la netteté, surtout en mise au point manuelle (la plus utilisée en macro voire en proxi-photo). Comme nous l’avons dit, la contrepartie négative de cette facilité est que cela ne permet pas d’apprécier ta totalité de la zone de netteté. En testant la profondeur de champ, on peut alors visualiser cette zone, mais au prix d’une luminosité moindre.

En effet, le diaphragme étant fermé à la valeur de travail choisie, il entre beaucoup moins de lumière jusqu’au viseur. Ce n’est sinon qu’au moment du déclenchement que le diaphragme se ferme à la valeur choisie sur l’objectif.

 

Quelle utilité pour le testeur de profondeur de champ ?

À cette époque, la pratique de la photo revenait assez cher. Le prix des pellicules et celui du développement et du tirage incitaient plutôt à shooter avec parcimonie et à bon escient. Dans de nombreux cas, ce n’est qu’au moment de la visualisation des images sur le papier qu’on constatait un fond selon le cas trop présent ou pas assez. On comprend dès lors qu’il suffit de peu de chose pour obtenir ce fond trop présent qui vient quelque peu « gâcher » la prise de vue. Et c’est dommage !

C’est particulièrement vrai en macro et surtout en proxi-photo, mais aussi en photo de portrait (sauf, normalement, en studio). C’est vrai aussi dans d’autres situations. Ne vous est-il jamais arrivé, en visualisant vos photos sur écran, de constater à l’arrière-plan un élément indésirable beaucoup trop visible ? Et pourtant, à la visée, il apparaissait flou.

Le test de profondeur de champ en photo numérique

Ce problème est plus facile à appréhender en photo numérique : si l’on s’est trompé, on refait une photo après avoir apporté les corrections nécessaires et le tour est joué ! Du moins le croit-on ! Mais qu’est-ce qui garantit, dans ce cas, que le sujet (insecte, par exemple) sera toujours à sa place ou que l’expression du visage du modèle sera la même ? Rien ! Dès lors, il est plus intelligent et plus prudent de visualiser la PdC avant de prendre la photo.

Bouton de test de profondeur de champ sur le Pentax K-1

Bouton de test de profondeur de champ sur le Pentax K-1

 

Le testeur de profondeur de champ, auparavant purement mécanique, est désormais, sur les APN, le plus souvent électromécanique. Quand il existe ! Dans la famille Pentax, il semble qu’il soit désormais réservé (sous une forme ou une autre) aux boîtiers « experts ».

Bien entendu, les effets de son utilisation restent les mêmes : la visée s’assombrit. Sauf sur les appareils à viseur électronique (hybrides) ou à visée sur le capteur. Car il s’agit alors d’un dispositif entièrement électronique.

 

 

Faut-il utiliser le testeur de profondeur de champ ?

Beaucoup répondront qu’ils ne savent pas ce que c’est et qu’ils font tout de même de bonnes photos. D’autres diront qu’ils savent apprécier la PdC en fonction de l’ouverture choisie et que la vérification ne leur apporterait rien.

Tout le monde peut avoir raison ! Mais nous conseillons cependant aux débutants de se familiariser avec ce petit levier. Ils en percevront très vite les avantages.

Nous avons écrit « levier », parce que c’est la commande traditionnelle du testeur de profondeur de champ. Dans les faits, c’est de moins en moins un « petit levier » et de plus en plus l’appui sur un simple bouton. Parfois, devant un nouveau boîtier, on constate l’absence de tout dispositif de test de la PdC. On se prend alors à imiter le personnage évoqué au début de ce dossier et on peste contre « ces fichus ingénieurs qui n’ont rien compris aux besoins des photographes ». Jusqu’à ce que l’on s’aperçoive, en lisant le manuel, qu’on peut programmer par menu un bouton qui remplira cette fonction. C’est notamment le cas du récent Pentax KP.

Par défaut, le Pentax KP ne dispose pas d'un bouton de test de profondeur de champ.

Par défaut, le Pentax KP ne dispose pas d’un bouton de test de profondeur de champ.

 

Qu’il nous soit permis à cette occasion de le dire et de le répéter : il est utile (pour ne pas dire indispensable) de lire le manuel d’utilisation de son APN. Quand il est suffisamment complet, bien sûr !

Dans quelles conditions

Si vous prenez en photo un large paysage avec un objectif grand-angle ou ultra grand-angle, le testeur de PdC ne sera d’aucune utilité. La zone de netteté sera tellement étendue (mais c’est recherché pour ces photos) qu’il sera inutile de la mesurer.

Si, au contraire, vous utilisez un téléobjectif pour cadrer « plus serré » un sujet donné, c’est probablement que vous voulez l’isoler de son environnement. Et, en pareil cas, le testeur de PdC vous rendra des services. La proximité de l’arrière-plan est à cet égard un élément déterminant. Attention s’il est près du sujet.

En macro pure (rapports de grandissement de 1:1 à 10:1), il ne vous servira pas à grand-chose. En effet, la profondeur de champ est si faible que la différence entre une ouverture donnée et une autre (voisine de la première) ne sera pas visible par ce moyen. Mais en proxi-photo, en portrait en extérieur, en photo de rue pour isoler un détail, c’est presque indispensable. Bref, c’est à vous de trouver dans vos domaines de prédilection les situations où son utilisation vous sera bénéfique.

 

En APS-C ou en FF ?

On le sait, à conditions identiques, la PdC apparaît plus importante en APS-C qu’en FF. Si vous passez souvent d’un format à l’autre, il peut être utile de vérifier la PdC à l’aide du testeur. Toutefois, si vous restez sur le même format de capteur et que vous utilisez souvent les mêmes objectifs, viendra un moment où l’expérience vous dispensera probablement de l’utilisation du testeur de PdC.

Mais entendons-nous bien : que l’on utilise ou pas le testeur de profondeur de champ, cela ne changera rien à la photo que l’on s’apprête à enregistrer. Absolument rien ! Simplement, en l’utilisant avant de déclencher, on s’assure de l’étendue de la zone de netteté. Dès lors, en cas d’erreur par rapport à ce que l’on souhaite, on peut tout de suite rectifier le réglage de l’ouverture.

 

Pour « améliorer le modèle »

Il y a un petit « truc » pour ceux qui se plaignent de l’assombrissement de la visée. Utilisez une loupe d’oculaire comme celle qui est référencée « O-ME53 » chez Pentax. Elle « agrandit » la visée (1.2x), ce qui permet de mieux apprécier la PdC. Ce n’est pas pour autant la panacée et c’est très controversé par les porteurs de lunettes : certains jugent que c’est inutilisable, d’autres que cela améliore le confort. Mais, pour en posséder une, je peux dire que cela rend des services, surtout en proxi-photo.

Et si vous êtes allergique au testeur de PdC ?

Il reste une solution : passer en live-view, surtout si vous opérez sur trépied. Vous y gagnerez en lisibilité (la visée ne sera pas assombrie) et vous y perdrez en autonomie de la batterie : le live-view est gourmand en énergie. Mais vous êtes prévoyant et vous avez toujours, en cas de nécessité, une batterie chargée à portée de main, non ?

Et surtout, n’oubliez pas que la profondeur de champ, que vous la testiez ou non, est un élément important de la composition d’une photo.

Pentaxistes, réjouissez-vous ! Sur les boîtiers de votre marque qui en sont munis, le testeur de PdC est superbement bien placé, autour du déclencheur. Quand il n’existe pas, vous pouvez programmer le bouton de votre choix pour assurer la fonction. Par conséquent, vous ferez un choix ergonomique. Pensez à vos amis, équipés dans une autre marque, moins bien lotis qui, pour actionner le testeur, devraient quasiment lâcher l’appareil photo tellement il est mal placé ! Charitables, nous ne citerons personne !