Du temps de l’argentique, un boîtier reflex était le plus souvent vendu avec un objectif à focale fixe. C’était le plus souvent un 50mm à grande ouverture (f/1.8 ou f/1.7), parfois un plus économique 50mm ouvrant à f/2. Les choses ont bien changé aujourd’hui : les boîtiers reflex numériques sont vendus soit nus, soit avec un zoom générique de type 18-55mm à ouverture glissante (f/3.5 au mieux à la plus courte focale !). Plus rarement (mais c’est quand même de plus en plus plus fréquent) avec des zooms de gamme un peu supérieure.

La motivation des fabricants pour ces kits est facile à comprendre : on peut tout de suite, grâce à une gamme de focales en un seul objectif, s’adonner à plusieurs types de photo. Et, en tous cas, cela permet de varier les cadrages. Cependant, on s’aperçoit assez vite que, malgré leur côté pratique, certains zooms ne donnent pas – et de loin – les résultats escomptés. Alors que faire ? La réponse à cette question est simple : utiliser des objectifs à focale fixe !

 

 

Une focale fixe, pour quoi faire ?

Toutes choses égales par ailleurs, un objectif d’une focale fixe donnée fournit de bien meilleurs résultats qu’un zoom utilisé à la même focale. A la condition expresse, bien entendu, qu’on compare ce qui est comparable. Il n’est pas dans notre propos de comparer les résultats d’un Pentax D FA* 24-70mm à 55mm et f/2.8 avec ceux d’un Auto Takumar 55mm f/2.2 (monture M42) utilisé à la même ouverture. Le décalage de génération est beaucoup trop grand, les traitements internes des lentilles (et leur nature même) ne sont pas du tout de la même gamme. Et pourtant ce Takumar offrait, à son époque, des performances tout à fait honorables.

Alors que faut-il comparer ? A la rigueur, des objectifs de même génération. Mais notre but n’est pas d’opposer les zooms aux focales fixes. Pour tout dire, cela n’aurait aucun sens. Il est souvent nécessaire de disposer des uns et des autres, au gré de nos humeurs et de nos envies. Nous allons cependant essayer, avec des arguments… objectifs, de convaincre les inconditionnels du zoom de l’intérêt d’utiliser des focales fixes.

 

 

Les arguments en faveur des focales fixes

Le prix

Le tout premier de ces arguments, pour certains, c’est que les focales fixes sont moins chères. C’est vrai, mais, encore une fois, il faut comparer ce qui est comparable, bien sûr ! Un zoom comporte beaucoup plus de lentilles, leur déplacement est plus complexe (il faut à la fois gérer la focale et la mise au point, seulement la mise au point pour les fixes). Cela explique en très grande partie le coût de fabrication. Mais, j’entends déjà certains affirmer qu’un zoom « de base » (de type 18-55mm) est très bon marché, presque gratuit quand il est vendu avec un boîtier. Cela ne résulte en fait que de la politique des marques : le prix payé dans un kit est sans commune mesure avec le coût réel de l’objectif ou sa valeur de vente hors kit.

Rendons toutefois une justice aux zooms : si l’on devrait posséder autant de focales fixes que de focales couvertes par un zoom, l’argument du prix s’inverserait très largement, à qualité comparable.

Ainsi, un zoom 24-70mm couvre les focales traditionnelles 24, 28, 35, 50 et 70mm. Posséder ces 5 focales en objectifs fixes de même gamme qualitative (ou au moins comparable) reviendrait sans aucun doute bien plus cher ! Dans ce cas précis, il est toutefois impossible de le prouver, chiffres à l’appui, pour cause :

  • de gammes différentes : Pentax ne possède actuellement ni 24mm ni 28mm, ses concurrents ne possèdent pas de 70mm
  • d’ouvertures non comparables (la plupart de ces focales fixes ouvrent à f/1.4, le 70mm de Pentax ouvrant à f/2.4).

En revanche, cela ne fait aucun doute lorsqu’on choisit de comparer ces focales fixes, même de moyenne gamme, à des zooms de gamme comparable.

Néanmoins, si on additionne le prix du FA 35, celui du FA 50 et celui du FA 77 (certes un peu plus long), on constate déjà que c’est plus cher que le 24-70mm seul… Et que dire si l’on considérait le DFA* 50mm f/1.4  (dont le prix n’est pas encore connu mais qui pourrait avoisiner voire dépasser les 1000 €) en lieu et place du FA 50 ?

 

 

La qualité générale

Sur ce plan, une certaine réserve s’impose encore (toujours ce qui est comparable…). La qualité de fabrication peut grandement varier d’une gamme à l’autre. Par exemple, chez Pentax, on trouve un 35mm f/2.4 surnommé « Plastic Wonder » car sa fabrication est majoritairement composée de polycarbonate (y compris la baïonnette). Il n’en reste pas moins que sa qualité optique est réputée excellente. A côté de ce supposé « bas de gamme », il existe toujours le FA 35mm f/2, vieillissant, certes, mais d’une très belle qualité de fabrication. Optiquement, malgré un prix nettement plus élevé, il ne surclasse pas le f/2.4. Avouons aussi que le 35mm f/2.4 est un DA, construit pour le format APS-C (mais il passe bien sur format 24×36 malgré un léger vignettage) quand le 35mm f/2 est un FA, construit donc pour le plein format.

Pentax DA 35mm f/2.4 "Plastic Wonder"

Pentax DA 35mm f/2.4 « Plastic Wonder »

 

On le constate aisément : ce qui compte avant tout, c’est la qualité optique. Mais la qualité de fabrication est tout-de-même un « plus » pour la longévité.

 

 

La luminosité

Même si, aujourd’hui, on trouve des zooms à grande ouverture, ils n’égalent pas encore les ouvertures des focales fixes. Il existe bien un Sigma 18-35mm (pour capteur APS-C) ouvrant à f/1.8 constant, mais il fait figure d’exception. Et il n’arrive tout de même pas, en termes d’ouverture, à concurrencer les 35mm fixes ouvrant à f/1.4, malheureusement absents chez Pentax.

Les grandes ouvertures, donc les grandes luminosités, sont l’apanage des focales fixes. C’est important pour la photo en basse lumière et pour les systèmes autofocus, qui réagissent ainsi bien mieux ! Pour autant, il ne faut pas espérer dans tous les cas une qualité superbe dès la pleine ouverture. Généralement il faut, comme pour les zooms, « fermer » de 2 ou 3 crans pour obtenir le meilleur de l’optique. Chez Pentax, ce « meilleur » se situe très souvent à f/5.6.

 

 

Photographier avec une focale fixe

 Les avantages

 La légèreté et la discrétion

Généralement, les focales fixes (qui, comme nous l’avons souligné, comportent moins de lentilles) pèsent bien moins lourd que les zooms comprenant la même focale. Il en irait évidemment autrement si l’on devait avoir dans son sac toutes les focales fixes correspondant à l’amplitude d’un zoom.

Corollaire (souvent) de la légèreté : la discrétion. Un zoom type 70-200mm ouvrant à 2.8 représente en encombrement et un poids certains. Difficile, dans ces conditions de passer inaperçu. Alors qu’un 70mm comme le DA Pentax (qui est largement compatible avec le plein format) autorise des photos en toute discrétion, sans attirer les regards – souvent réprobateurs – que suscitent les longues focales.

Pentax HD DA 70mm f:2.4 Limited

Pentax HD DA 70mm f:2.4 Limited

L’incitation à une meilleure pratique

C’est bon pour la créativité et pour la recherche de bons cadrages et d’une composition adaptée au sujet.

Pour la qualité d’une photo, cadrage et composition sont des éléments essentiels. Une focale fixe, si l’on est attaché à la qualité du résultat, oblige à chercher le bon angle de vue, le cadrage adéquat, quitte à « zoomer avec les pieds ». C’est sans aucun doute beaucoup plus formateur que de faire une confiance aveugle aux possibilités des zooms. Cela étant, ces derniers, bien utilisés, ne font pas obstacle non plus à une meilleure pratique. Il peut, par exemple, être particulièrement intéressant et formateur de s’astreindre à des séances photos périodiques en utilisant une seule focale de son zoom préféré. Avec de l’habitude, c’est-à-dire une pratique régulière, on y parvient assez vite et après, c’est comme le vélo : ça ne s’oublie pas ! On est alors « mûr » pour utiliser des focales fixes.

La qualité d’image

Elle ne se résume pas au seul piqué. On vante beaucoup, aujourd’hui, la qualité d’image des zooms. Leur piqué également. Pourtant, de ce point de vue, les focales fixes de bon niveau ne sont pas en retrait, bien au contraire ! Leur ouverture plus importante autorise souvent des bokehs nettement plus crémeux, fondus. De quoi isoler parfaitement un sujet sur le fond. En outre, le plus souvent, la couverture du champ photographié est nettement plus homogène : c’est normal, il est moins difficile de fabriquer de très bonnes focales fixes que des zooms de même niveau. Le nombre et l’agencement des lentilles sont plus facilement maîtrisables. Dès lors, on observe moins de pertes sur les bords et dans les angles d’une image shootée avec une focale fixe.

Quelques inconvénients aussi

Si le zoom permet de « rapprocher » le sujet, la focale fixe contraint à aller vers lui pour trouver le bon cadrage : nous l’évoquons ci-dessus par l’expression « zoomer avec les pieds ». C’est bon pour la pratique mais c’est clairement une contrainte et une autre façon de photographier.

De plus, toutes les focales ne sont pas adaptées à toutes les situations. Il faudra le cas échéant changer d’objectif pour cadrer différemment : c’est aussi une contrainte et une perte de temps, en même temps que cela nécessite du soin. Par exemple, on ne change pas d’objectif face au vent dans un endroit poussiéreux. Sauf si l’on tient à ramener des échantillons de poussière.

 

 

Mais quelle focale fixe utiliser ?

Un peu d’histoire

Les focales fixes les plus courantes du temps de l’argentique étaient :

  • 35mm
  • 50mm
  • 85mm
  • 135mm

Elles étaient réputées permettre tous les types de photos, ou presque.

Bien entendu, il a aussi existé des grands angles (18mm, 20mm, 24mm, 28mm) et des longues focales (200mm, 300mm, 400mm et plus), réservées à des usages plus spécifiques. Et aussi d’autres encore !

Aujourd’hui, ces focales traditionnelles ont quelque peu changé pour différentes raisons.

L’une de ces raisons est l’apparition du numérique avec, dans un premier temps, des capteurs APS-C. Il a fallu développer des optiques adaptées à ce type de capteur, en tenant compte de ce que l’on a appelé le « facteur de conversion ». En effet, dans ce domaine, les focales sont indiquées en référence à ce que l’on trouvait sur l’argentique en format 24×36.

Pour cadrer, sur un capteur APS-C, le même champ que sur un négatif 24×36, il fallait une focale plus courte.

On sait que, chez Pentax, le facteur de conversion varie de 1,52 à 1,57 selon les capteurs APS-C, avec une moyenne retenue de 1,53. Même si, souvent, on « normalise » à 1.5.

Classiquement, les zooms « à tout faire » de la fin de l’argentique étaient des 28-80mm (parfois 28-85, chez Minolta par exemple). C’est-à-dire du grand angle au petit téléobjectif.

Pentax K-3 et Pentax K 55mm f/1.8 de l'époque argentique

Pentax K-3 et Pentax K 55mm f/1.8 de l’époque argentique

 

En numérique

Pour cadrer, en APS-C (le format de capteur des premiers réflex numériques), le même champ, ou approximativement, qu’un tel zoom, il a fallu créer des optiques avec une amplitude focale allant de 18 à 55mm. (18 x 1.53 = 27,54 / 55 x 1.53 = 84.15).

Les zooms de ce type ont une ouverture maximale plutôt modeste (f/3.5 le plus souvent) et sont très souvent utilisés seulement aux deux focales extrêmes et rarement aux focales intermédiaires. Mieux vaudrait donc, pour la qualité d’image, les remplacer par les focales fixes correspondantes.

L’apparition du numérique s’est accompagnée (sans qu’il y ait obligatoirement un lien de cause à effet immédiat) de la création de focales non traditionnelles, comme, chez Pentax, le 43mm f/1.9. Notons, au passage, que 43mm correspond à la diagonale d’un rectangle 24×36 : c’est sans doute la focale la plus proche, réellement, de la vision humaine. Même si ce point est controversé. Oui, mais ! Car il y a un « mais » : c’est plus vrai pour le format FF que pour le format APS-C, car, dans ce dernier format, 43mm cadre comme 65mm (environ) en format FF.

D’autres focales non conventionnelles ont aussi vu le jour : 77mm, 70mm, 31mm, 21mm…

 

 

Les domaines privilégiés des focales fixes

Nota : Rappelons que « privilégié » ne signifie pas « exclusif » et que, dès lors, beaucoup d’objectifs peuvent être utilisés à contre emploi. Nous y reviendrons.

200mm ou plus (135mm ou plus en APS-C)

Ce sont les focales plus spécialement indiquées pour la photo sportive ou animalière, toutes activités photographiques qui nécessitent un certain recul par rapport au sujet. Attention : nous ne disons pas que c’est suffisant pour toutes les photos de ces domaines. La photo animalière, par exemple, exige souvent des focales proches de 500mm et même davantage. Avec pour corollaire les difficultés d’utilisation correspondantes. Parfois utilisables aussi en proxi-photographie :

Pentax K-1 + DA* 200mm f/2.8

Pentax K-1 + DA* 200mm f/2.8

Autour de 100mm (70mm en APS-C)

Certains de ces objectifs sont utilisés pour la macro, d’autres pour le portrait. Mais, dans ce dernier domaine, on préfèrera souvent le 85mm.

 

85mm (environ 55mm en APS-C)

La plupart du temps, c’est l’objectif dédié au portrait, en tous cas pour certains types de portrait. Dans l’ordre d’adéquation (du plus adapté au moins adapté) :

  • gros plan (visage)
  • portrait en buste/très gros plan (pour un très gros plan, on peut aussi utiliser un 100 ou un 135mm – 70 à 90mm en APS-C)
  • le portrait en plan américain
  • le portrait en pied

 

Le 50mm (35mm en APS-C)

C’est la focale dite « normale », et en tous cas présentée comme telle par la plupart des documentations commerciales des fabricants. Du reste, avant la mode des zooms en numérique, le 50mm était la focale fixe standard lors de l’achat d’un boitier argentique. Elle permet toutes sortes de photos, sans spécialisation particulière. Mais c’est aussi peut-être ce qui lui est reproché aujourd’hui et qui explique sa relative désaffection auprès du grand public.

 

Le 35mm (environ 23mm en APS-C)

C’est assez typiquement l’objectif pour la photo de rue et pour le reportage. Mais on loue sa polyvalence car il est aussi apte à fournir des portraits de près plutôt convaincants. Bien utilisé, il ne déformera pas le visage du modèle.

 

Jusqu’à 24 mm soit 16mm en APS-C (ou moins)

Le paysage est sans doute ce qui convient le mieux à ce type de focale, avec également les photos pour lesquelles on manque de recul (photos en intérieur, groupes, notamment).

 

 

Les objectifs anciens

Il est tentant de réutiliser les vieux objectifs de l’époque argentique. On en trouve souvent sur les brocantes et les vide-greniers. Parfois aussi sur les sites spécialisés dans les petites annonces.

Passons sous silence les questions de compatibilité : nos lecteurs savent que, sur les boîtiers numériques Pentax, on peut utiliser toutes les montures d’objectifs M42 (avec bague d’adaptation) et les objectifs à baïonnette K (K, M, KA). Avec, bien sûr, les restrictions d’utilisation dans certains cas (MaP manuelle). Sachons gré à Pentax d’avoir su garder aussi longtemps cette possibilité par simple évolution de la baïonnette K.

 

Les zooms

S’agissant des zooms de cette époque, ils sont la plupart du temps à déconseiller, hormis quelques uns connus pour « passer » relativement bien en numérique. Mais la plupart deviennent de vrais « culs de bouteille » avec les capteurs les plus récents. Nous l’avons maintes fois évoqué dans nos articles. Même en les bloquant sur une seule focale, ils décevront.

 

Les focales fixes anciennes

Le cas de ces objectifs est différent et mérite des nuances. Ceux qui étaient seulement moyens en argentique, n’ont aucune chance de devenir bons en numérique : les capteurs modernes sont beaucoup moins tolérants que les pellicules. Rappelons que les meilleures d’entre elles équivalaient sensiblement à des capteurs de moins de 6 Méga-pixels.

Sur un K-1 de 36 Mpx, on imagine le résultat.

Ceux qui étaient réputés bons ou très bons peuvent mériter une chance. Toutefois, sans certitude quant au résultat. C’est à tester au coup par coup. Ce n’est pas seulement une question de piqué : ce n’est pas parce qu’une photo est piquée qu’elle est réussie. C’est aussi une question de rendu général, que le post-traitement n’améliorera pas forcément.

Il nous est personnellement arrivé de trouver des 50 / 55mm et aussi des 28mm qui donnent un résultat honorable, même avec le K-1. Pourquoi ? Parce que ces focales extrêmement répandues, étaient faciles à fabriquer avec une bonne qualité. Bien sûr, les verres et les traitements d’aujourd’hui permettent aux lentilles d’offrir une définition de haut niveau. Mais on a aussi le droit d’aimer de temps à autres un rendu « type argentique » qui repose un peu de ces photos « body-buildées » que l’on voit souvent.

Et puis, chez Pentax, pour qui souhaiterait un véritable objectif macro de « longue » focale, seul le FA* 200mm f/4 argentique – toujours très rare – peut répondre à cette envie. Avec un prix à la hauteur de sa rareté mais, il faut le reconnaître, une qualité elle aussi… rare !

Pentax FA* 200mm f/4 macro

Pentax FA* 200mm f/4 macro

 

Et enfin, il ne faut pas oublier que ces objectifs anciens ne sont généralement pas tropicalisés.