La photographie macro ou macrophotographie est le terme le plus couramment employé pour désigner ce qui, en réalité, devrait être nommé « photomacrographie ». Elle constitue une sorte d’intermédiaire entre la proxiphotographie et la photomicrographie. Comment cela se peut-il ? Ces termes sont basés sur les rapports de grandissement qui ne sont pas les mêmes.

On entend par « rapport de grandissement », la relation qui existe entre la taille de l’objet photographié dans sa réalité et sa taille enregistrée sur le support photographique. Ce support est la pellicule photo pour l’argentique, le capteur de nos APN pour le numérique.

Ainsi, la proxiphotographie représente la technique dans laquelle ce rapport est inférieur à 10 sans tout à fait atteindre 1. L’objet est dans la réalité d’environ 1 à 10 fois plus grand dans la nature que sur le support photo.

En photomicrographie, c’est l’inverse : l’objet photographié est de 10 à n fois plus grand sur le support que dans la nature (« n » étant supérieur à 10).

La « macro », elle, concerne les objets dont la taille sur le capteur ou la pellicule est au moins égale à sa taille réelle dans la nature. Jusqu’à 10 fois supérieure à cette taille. Inutile de dire que certains grandissements seront très difficiles à obtenir avec les matériels actuels dédiés au monde amateur !

Nota : nous éludons complètement le négatif photo dans la suite de cet article.

Pourquoi ce rappel ? Eh bien parce que, vous l’avez deviné, la taille du capteur dans notre monde numérique va grandement influer sur la pratique de la macro. Nous ne rappellerons pas, ici, les tailles respectives des capteurs APS-C et 24×36, ce sujet ayant été abordé dans de précédents articles. Mais, si l’objet photographié ne change pas de dimension dans la nature, sa représentation sur le capteur ne sera pas la même dans les 2 formats.

Dès lors, si les objectifs macro, à quelques exceptions près sont compatibles avec les 2 formats de capteur, leur utilisation ne donnera pas obligatoirement le même résultat. Parmi les exceptions, notons le DA 35mm Limited f/2.8 Macro de Pentax, mais c’est tout relatif (voir galerie in fine, avec des images croppées).

 

La macro sur format APS-C

Si nous prenons comme objectif pour cette pratique le D FA 100mm macro f/2.8 WR de Pentax, il va, sur un appareil APS-C, cadrer comme un 153mm. Nous disons bien « cadrer comme » et non pas « se comporter comme ». La différence est essentielle, notamment en termes de profondeur de champ, problème oh combien crucial dans la pratique de la macro !

Bien sûr, quand nous évoquons la profondeur de champ, nous rappelons qu’elle est étroitement dépendante d’autres facteurs. Par exemple, l’ouverture du diaphragme, même si, en macro, les règles habituelles sont quelque peu battues en brèche ! Ainsi, en raison des distances de mise au point particulièrement faibles (30cm pour l’objectif cité), la zone de netteté évoluera peu en passant, par exemple de f/4 à f/5.6, juste de l’ordre de quelques dixièmes de millimètre. Cela peut certes être sensible à des rapports de grandissement élevés, mais beaucoup moins au rapport 1:1.

En revanche, ce qui changera dans des proportions non négligeables, c’est la qualité du bokeh. L’une des caractéristiques de la macro est qu’elle permet d’isoler le sujet du fond. Si l’on choisit une ouverture de f/8, au lieu de f/4, on n’accroîtra que très peu la zone de netteté. Mais on changera significativement la qualité du bokeh en arrière-plan, qui deviendra alors nettement plus visible, moins « fondu », nuisant ainsi à l’impression générale.

 

Exemples de bokeh

Contexte : les 2 fleurs de ciboulette sont distantes (en profondeur) de 6 cm environ. La prise de vue est effectuée sur pied, à la télécommande, à 60 cm du sujet au 1er plan.

(Pentax K-3 + Tamron 90mm macro – Iso 200)

à f/2.8K4MC1925PKK4MC1927PK
à f/9K4MC1928PKK4MC1929PK

 

Il faut cependant moduler les arguments, tout dépend de ce que l’on veut faire de sa photo. Si on l’imprime ou si on la regarde sur écran, dans quelles dimensions, à quelle distance, etc., on n’aura évidemment pas le même ressenti ! Si l’on regarde « normalement » une photo papier au format 10*15 et le même sujet sur grand écran ou la photo imprimée en format A2, la sensation sera radicalement différente.

Notons toutefois qu’en macro, le format APS-C présente de grands avantages :

  • la profondeur de champ est globalement plus importante.
  • On ressent une impression de grandissement supérieur. Au rapport 1:1, comme nous l’avons dit, la taille du sujet est la même dans la nature et sur le capteur. Le capteur APS-C étant plus petit que le capteur FF, la place occupée par le sujet paraîtra plus grande.
  • La densité de pixels étant généralement plus importante (on dit bien densité, et non quantité !), plus de détails seront visibles.
  • Autre avantage, même s’il n’est pas propre au domaine de la macro, les défauts de l’objectif seront moins visibles. Ces défauts concernent le vignetage, les aberrations chromatiques, la distorsion.
  • le prix de l’APN est un argument de poids ! Si l’on reste dans notre marque favorite, un K-3II, sommet de gamme APS-C, coûte, boîtier nu, moins de 900€ à la date de cet article. Le K-1, format FF 24×36, coûte-lui 1 999€, boîtier nu également.

 

 

La macro sur format 24×36 (full frame)

Le même objectif D FA 100mm macro f/2.8 WR de Pentax, va, sur un appareil tel que le K-1, cadrer comme un… 100mm. Les conséquences en termes de cadrage sont donc complètement différentes. Mais elles ne changent pas le rapport de grandissement qui reste de 1:1 (objectif utilisé seul, bien entendu, sans accessoires tels que bonnettes, bagues-allonges, soufflet, etc. Du reste, soufflet et bagues-allonges sont difficilement utilisables avec cet objectif dépourvu de bague de diaphragme !). Pour conserver un cadrage identique, il faudra jouer sur la distance de mise au point, ce qui influera sur le rapport de grandissement.

Ce qui va aussi changer, avec un capteur plein format, c’est, par exemple, la qualité du bokeh obtenu en raison d’une profondeur de champ globalement plus courte. Le sujet sera mieux isolé du fond, se détachera beaucoup mieux.

 

Exemples de bokeh

Contexte identique au précédent, ce qui permet d’apprécier la différence de cadrage.

(Pentax K-1 + Tamron 90mm macro – Iso 200)

à f/2.8K1MC0397PKK1MC0398PK
à f/9K1MC0399PKK1MC0400PK

 

Indépendamment du capteur, la visée va être considérablement améliorée. Le viseur d’un FF est plus grand et beaucoup plus lumineux que celui d’un APS-C. Il suffit, pour s’en convaincre, de porter à son œil l’un et l’autre. La conséquence immédiate de ces deux éléments est une plus grande facilité de mise au point. Et elle entraîne donc une meilleure netteté finale de l’image, en tout cas pour des photographes « normalement constitués ». Cependant, les défaillances de mise au point ne sont jamais à exclure.

Un autre avantage non négligeable des capteurs plein format, c’est la quantité de photosites. 36 Mpx au lieu de 16 ou 24, cela donne de bien meilleures possibilités de « crop » pour les adeptes de cette technique, la perte étant bien moindre que si l’on part de beaucoup plus bas.

Par ailleurs, les capteurs plein format sont réputés, à juste titre, pour leur meilleure capacité à monter en sensibilité. Les capteurs APS-C plafonnent parfois à 1600 ISO. Les capteurs FF montent sans crainte, dans des conditions satisfaisantes, à 6400 voire 12800 ISO.  C’est un gros avantage en photo de macro. En effet, cela génère, à lumière égale, des vitesses d’obturation plus grandes, donc des temps d’obturation plus courts. On évite ainsi les flous de bougé, que ce soit un (très) léger bougé du sujet (dû au vent, par exemple) ou du photographe. C’est cependant tout relatif compte tenu de la profondeur de la zone de netteté.

 

 

Quel format choisir ?

Au terme de cette courte étude se pose inévitablement la question du choix du format.

Si le budget et la profondeur de champ sont pour vous des arguments imparables et primordiaux, alors le format APS-C s’impose incontestablement.

Au contraire, si ces éléments vous paraissent moins cruciaux, mais que vous attachez beaucoup d’importance au bokeh, à la visée, à la composition, alors le format FF (24×36) doit être sérieusement envisagé.

Mais tout ceci dépend, d’abord, de la place que vous accordez à la macrophoto dans votre pratique photographique générale. Et n’oubliez pas que la macro nécessite souvent des objectifs dédiés. On peut toutefois la pratiquer de différentes manières comme nous avons déjà eu l’occasion de l’évoquer.

Une chose est sûre, cependant : dans le domaine de la macro, le format APS-C a encore de très beaux jours devant lui !

 

Galerie

Oedémère mâle (K-1 + Tamron 90mm macro)

Oedémère mâle (K-1 + Tamron 90mm macro)

Cache-Cache (K-1 + Tamron 90mm macro)

Cache-Cache (K-1 + Tamron 90mm macro)

 

(K-3 + Tamron 90mm macro)

(K-3 + Tamron 90mm macro)

 

(K-1 + DA 35mm Ltd macro)

(K-1 + DA 35mm Ltd macro)

 

(K-3 + DA 35mm Ltd macro)

(K-3 + DA 35mm Ltd macro)

 

(K-1 + Tamron 90mm macro)

(K-1 + Tamron 90mm macro)

 

Crédit photo : MiCaz (cliquer sur les images pour les agrandir)