Un boîtier de rêve raisonnable ?

K-1 & KP, vue légèrement de dessus

L’énoncé « Un boîtier de rêve raisonnable » n’est-il pas tout simplement paradoxal ? Comment un rêve peut-il être raisonnable ? Le rêve et la raison peuvent-ils être conciliables ? Sûrement pas ! Mais ils peuvent peut-être cohabiter. C’est ce que nous allons essayer d’envisager de manière rationnelle. Rationnelle et… raisonnable. Voilà qui doit pouvoir fonctionner.

Avant d’aller plus loin dans nos recherches, posons un préalable séparant le rationnel de l’irrationnel. Il a longtemps de cela le comique Roland Magdane avait fait sketch dans lequel il disait : « Une 2cv diesel ? – C’est possible ! »

Effectivement tout est possible techniquement, ou le devient, mais est-ce raisonnable ? Ou tout simplement réaliste?  Envisageons donc les besoins des photographes et les possibilités qu’offrent les constructeurs, dans cet ordre.

Les besoins pour un boîtier de rêve raisonnable

Il convient de commencer par celui du format.

Le format

Premier point à considérer avant tout autre. Ai-je besoin d’un APS-C ou d’un FF ? (ou même encore plus grand) ? Il faut s’interroger –côté rêve– sur l’envie qu’on a d’avoir des fichiers hyper fouillés, mais lourds, un boîtier gros et lourd, mais en jette, qui pose le photographe aux yeux de ses pairs informés. Car concrètement, si c’est ce point qui est déterminant dans le choix, il faut avoir présent à l’esprit que les gros boîtiers ne parlent vraiment qu’aux photographes passionnés. Beaucoup de photographes, parfaitement respectables par ailleurs, sont totalement insensibles à un Pentax 645 Z ou 67, un Hasselblad, argentique ancien ou numérique récent (un Blad quoi), un Leica ou encore un 4×5 inches. Non seulement ils peuvent être insensibles, voire indifférents, mais parfois ils peuvent devenir sourcilleux et chercher le détail qui cloche. Et le résultat peut être complètement à celui inconsciemment recherché… Enfin il convient de ne pas oublier – côté raison – le poids du matériel qu’impliquent les gros boîtiers sur les cervicales et le compte en banque. Là on n’est plus dans le rêve, mais potentiellement dans le cauchemar.

Moment réaliste

On va donc se rabattre plus raisonnablement sur le choix APS-C (très réaliste) ou FF (encore assez réaliste). Si vous n’avez pas le loisir ou la possibilité de vous faire prêter un K-1 ou un K-1 II pendant quelques heures pour vérifier par vous-mêmes, soyez assurés que la différence de ~ 300g entre le dit K-1 et un K-5, un KP ou même un K-3, et les objectifs récents qu’on est tenté de mettre dessus (ajoutez ~200g), ne passent pas vraiment inaperçus. Une fois ce stade là dépassé, on entre dans le dur du questionnement, qui n’a plus grand-chose à voir avec le rêve.

Quelles sont les nécessités concrètes auxquelles doit répondre le boîtier de rêve raisonnable ?

Le capteur

Il faudrait qu’il réponde

  • À des nécessités de type professionnel : fichiers riches (RAW), possibilités larges d’agrandissement sans pertes (excessives) de qualité… Cela dit le plaisir qu’apportent les 36 Mpx du capteur du K-1 sont vraiment à prendre en compte même si on à aucun besoin de ce type, mais seulement envie de se faire plaisir.
  • Ou à des nécessités d’ordre familial : bonne richesse des fichiers en RAW, mais aussi des JPEG directs de bonne qualité avec les mêmes programmes de paramétrage préalable des fichiers JPEG (> lien).

Je ne cède personnellement pas aux charmes des capteurs au nombre de pixels étourdissants. Le fait que les boîtiers pros purs et durs soient dotés de capteurs beaucoup plus mesurés en pixels d’une part, et, que d’autre part, il ne devrait être un secret pour personne, quel les capteurs chargés en pixels permettent surtout les grands tirages que peu d’entre nous pratiquent régulièrement. Par contre ils impliquent systématiquement de gros fichiers, avec les conséquences que cela implique. Si l’on doit avoir des capteurs plus chargés en pixels, tant qu’à faire, il serait bien d’en consacrer quelques-uns à l’AF (voir plus loin).

Compacité et poids

Ce sont des qualités qui peuvent paraître secondaires. Elles sont bien sûr directement liées au format du boîtier. Mais dans l’absolu elles jouent un rôle central dans la pratique photographique. Il suffit d’avoir essayé une fois la photographie avec une enclume même « de voyage » pour en être convaincu à vie. Pentax a d’ailleurs toujours produit des boîtiers dont la compacité et le poids étaient un point des points forts, avec d’autres caractéristiques que sont les…

Qualités physiques du boîtier

Il s’agit des matériaux employés, de la robustesse, de la finition, de la longévité prévisible… La conception des boîtiers Pentax, toutes catégories confondues correspondent souvent à celles des boîtiers haut de gamme d’autres marques ! Comme les châssis en acier inox, carcasses en magnésium, polycarbonate de très haute qualité… Conséquence paradoxale : quand la marque laisse passer un défaut (ou pas d’ailleurs), les réactions sont fortes et même outrancières, comme avec le bouton de déblocage de l’objectif du K-5, dont le capot plastique se détachait.

On pourrait rêver d’un boîtier FF un peu moins lourd et un peu moins épais grâce à un écran arrière à la mécanique moins complexe, ne permettant pas de porter le porter par l’écran, mais cependant robuste. Cela permettrait probablement de ne gagner que quelques millimètres, mais ce serait toujours ça de pris.

Passons maintenant aux qualités de rêve qui concernent le processus photographique dans l’ordre chronologique concret.

La sensibilité

Sachant que la sensibilité maximale est inutilisable, mais que plus elle est élevée, plus la sensibilité opérationnelle maximale sera élevée. Il est réaliste de la souhaiter la plus haute possible, de façon que la sensibilité opérationnelle soit de l’ordre de 25600 Iso ou même 51200 Iso (c’est à dire égale ou supérieure d’un cran à celle du K-1 / K-1 II). Encore une fois, soyons réalistes. Le côté opérationnel de ces très hautes sensibilités n’est satisfaisant que dans certaines conditions de prise de vues excluant principalement les forts contrastes, les lumières spéculaires, les grands à-plats, les reflets. Sur ces problèmes, voir >>>

Les modes de prise de vue

Les modes devenus classiques chez Pentax™ que l’on retrouve sur les derniers boîtiers : Auto P-hyper, Sv, Tv, Av, TAV, M- hyper, B, X et les Users (3 ou 5) me paraissent satisfaisants, car ils couvrent largement les domaines photo généralement pratiqués

 

La visée

C’est un moment très important, il se situe entre l’œil qui va se coller au viseur et le fichier photo que en résultera.

Ce viseur devra être lumineux, avoir une couverture de 100% (99% admis) et un grossissement adéquat >1) Ce point est d’autant plus important que c’est de lui que dépendent le confort et la précision d’un cadrage sans PT inévitable et une MaP facile, abstraction faite de l’AF. Même avec un bon système AF la qualité de la visée joue un rôle majeur dans le taux de réussite des prises de vues.

L’Auto Focus

Point critique des boîtiers Pentax, réputé pour être en retard sur la concurrence. Le rêve serait un AF, doté de plus, nettement plus de collimateurs, couvrant une plus grande partie du champ visuel. Qu’il soit rapide, assure un suivi réellement bon, prédictif, capable dans la poursuite d’un rapace en vol de ne pas se faire larguer par le passage d’un fond de ciel à un fond de forêt… Ce que fait la concurrence en un mot, avec un c comme… Mais attention, les AF de ce calibre chez la concurrence n’équipent pas tous les boîtiers. Mais plutôt et souvent les boîtiers haut de gamme… à plus ou moins 7000€ nus. À 3 fois le tarif du K-1 II, un AF de course n’est pas forcément un exploit ! Gardons-nous de comparer ce qui n’est pas comparable.

La rafale

En total contre-pied avec des thèses que j’ai soutenues dans de précédents articles, une rafale plus rapide serait la bienvenue. Mécaniquement, le système complexe de déplacement-rotation du miroir du K-1 me fait craindre qu’il ne faille ne pas trop rêver de ce côté-là. Disons qu’on peut remettre en cause les 3 millimètres d’épaisseur gagnés grâce à cette mécanique si on peut les gagner autrement ailleurs.

La vitesse de transfert

Des fichiers et la taille du buffer pourraient aussi être boostés…

L’écran arrière

Nous avons récemment publié un article consacré à la question de l’aspect tactile de cet écran. Personnellement je n’ai pas changé d’avis, mon smartphone se chargeant quotidiennement de me faire les piqûres de rappel contre les correcteurs orthographiques qui écrivent très souvent n’importe quoi. On pourrait certainement apporter des arguments contraires. Je laisse donc chacun rêver librement sur le thème de l’écran arrière.

KP, écran arrière inclinable

 

Les possibilités

Avant de nous intéresser aux possibilités du marché, un mot concernant Pentax et ces possibilités. Les boîtiers sont devenus, APS-C comme FF, des usines à gaz capables de faire plus de choses que ne peuvent en faire la plupart de leurs propriétaires. Ce qui n’est pas forcément un défaut grave. Depuis 2015 et jusqu’à présent nous avons constaté que Pentax fait bénéficier chaque nouveau boîtier des avancées du précédent, tous formats réunis, en piochant dans un fonds commun de sous-ensemble techniques. Ce qui permet d’abaisser les coûts de RD et de production. Ce dont nous sommes les premiers bénéficiaires. En outre cette politique industrielle permet de réduire de façon forcément notable les « essuyages de plâtre ».

Ce que nous propose Pentax est riche. Mais les nouveautés ne se succèdent pas à un rythme infernal. C’est le moins que l’on puisse dire. Et cela en agace certains.

Pentax à une certaine époque annonçait les sorties et à plusieurs reprises il y a eu du retard. Protestations.

Désormais la marque ne fait plus d’annonces de sorties ou très vagues. Protestations. Au point qu’on pourrait souhaiter des sondages sociologiques pour savoir si les pentaxistes sont spécifiquement grognons ou particulièrement perméables à la pub pour le matériel photographique de toutes marques. Il semblerait que la marque pratique maintenant une sorte de prudente communication « entre deux ». Pandémie oblige…

L’énumération des besoins correspondait à la rubrique rêves, déjà tempérés de raisonnable. Tournons-nous maintenant vers ce que nous propose Pentax. C’est en quelque sorte la rubrique raisonnable éventuellement teintée de rêve.

Du souhaitable au réalisable

Nous avons déjà constaté que Pentax est capable de supprimer certaines fonctionnalités qui se sont avérées peu ou pas utilisées. Pentax a des moyens que nous n’avons évidemment pas pour trier dans les fonctionnalités celles qui sont quasiment inutilisées. Et décider de les supprimer. À plus forte raison si un accessoire existe en parallèle qui remplit la même fonction. Ce qui a été le cas de la fonction astro. Il ne s’agit pas ici de s’en réjouir, seulement de constater qu’en situation de marché en rétraction, les constructeurs rétrécissent leur offre. Et les clients leurs achats. C’est l’illustration parfaite du cercle vicieux ou de la spirale infernale. Ce problème touche tous les fabricants, indépendamment de leurs parts de marché. Mais il est évident que les coûts de RD et de fabrication d’un boîtier sont d’autant plus élevés que la production raisonnablement programmable est moindre. Donc pour un bilan commercial équivalent, chaque boîtier devra être vendu plus cher. Au vu des qualités techniques de ses dernières productions (KP, K-1 II et même K-1 ; GR III), on peut attendre avec une certaine sérénité les prochains produits.

Que cela ne nous empêche pas de souhaiter, sous forme très condensée :

  • Un boîtier compact, moins épais,
  • une ergonomie aussi efficace que celle des boîtiers actuels, en n’oubliant pas les « grosses pattes ».
  • un écran arrière ouvrant à 90°, tactile ou pas
  • une autonomie augmentée (~700 photos pour un accu dans les conditions d’utilisation économiques – souhait raisonnable- c’est à dire avec une utilisation minimale de l’écran arrière, du GPS…)
  • Des fonctions LV (vidéo) plus évoluées, utilisables en un mot.

Nous devrions avoir des réponses assez rapides pour l’APS-C, un peu plus tard pour le FF.

Et l’hybride ?

Enfin pour terminer, il serait inconvenant de ne pas évoquer l’hybride. Pentax en a produit 2.

Nous n’insisterons pas sur le 01, qui était, dès sa conception, une idée saugrenue : concevoir un hybride qui cumulait les « défauts » d’un reflex (volume) et d’un hybride (visée médiocre, ne serait-ce que par son ergonomie) et d’une campagne de pub indigente. Le flop a été au rendez-vous, ponctuel…

Pour le Q le problème a été plus complexe. Il s’est vendu. Beaucoup d’acheteurs, très satisfaits, l’utilisent toujours.

Mais il a été plombé par le format minuscule de son capteur. Il aurait peut-être suffi d’un capteur seulement 2 fois plus grand pour que, dans un volume très sensiblement égal et avec des objectifs assez similaires, il ait eu une autre carrière. C’est probablement passé près. Donc ce n’est pas là que se situe le problème. Rappelons-nous qu’il y a quelques années a brièvement couru l’info que tant que le viseur EVF ne serait pas au point, Pentax ne se lancerait pas dans l’aventure de l’hybride. Depuis l’EVF a certes fait des progrès – disparition notable des bandes, rafraîchissement de l’image accéléré, stabilité accrue – mais un certain nombre des défauts subsistent – consommation électrique importante au point qu’elle est un défi à l’écologie, effets sur les yeux de la technologie des EVF non encore étudiés. Il y a d’ailleurs fort à parier que ces études mettront du temps avant d’émerger tant les acteurs embarqués dans l’aventure n’auront pas très envie les voir sortir. Enfin les réactions d’un certain nombre de professionnels vis-à-vis de l’EVF (voir) ne sont pas très positives. Et puis Pentax est la marque symbolique du pentaprisme. Quel que soit le format de ses boîtiers. On la voit mal abandonner le prisme, quel que soit son destin.