Nous rêvons tous, plus ou moins, à un objectif universel, que l’on pourrait laisser sur notre boîtier à demeure. Même si nous sommes nombreux à nous interdire de l’avouer. Même si nous pensons qu’un tel objectif n’existe pas, soyons honnêtes, nous en rêvons.

 

 

Mais c’est quoi l’objectif universel ?

C’est «l’objectif avec lequel on peut tout faire». C’est bien ça ?
Pour que les choses soient claires, commençons par examiner ce que recouvre cette expression «tout faire».

 

C’est quoi tout faire en photo ?

Si c’est photographier tout ce que l’on peut saisir avec toutes les focales qui existent de 8mm à 1200mm (*1) en FF comme en APS-C, en passant par la macro, le décentrement et la bascule (shift et tilt pour les «polyglottes»), alors évidemment un tel objectif n’existe pas. Si par objectif universel on entend celui avec lequel on peut photographier tout ce que l’on a envie/besoin de photographier, alors peut-être que cet objectif existe.
Henri Cartier Bresson n’a pratiquement utilisé que son 35mm toute sa carrière. C’est donc que cet objectif était pour lui universel. Et il n’a pas été le seul. On objectera que c’était une autre époque. Que peu d’objectifs étaient alors proposés aux photographes. Ou même que les photos de HCB manquent de variété ! Et qu’il n’était pas le seul dans son cas ! (bis). Que la photo a changé. Certes !

Tout cela est audible, sinon recevable (*2). Mais ces objections ne sont-elles pas des plaidoyers pro domo ? Toutes les focales fixes, tous les zooms qui remplissent nos sacs photos ne seraient-ils pas comme des orthèses (*3) sur une pratique photographique déficiente, ou boulimique? Ceci n’est pas une affirmation, mais une interrogation. Le point d’interrogation n’est pas une figure de style, ni un gadget décoratif.

Il est possible d’envisager faire toutes ses photos avec un seul objectif – une focale fixe ou un zoom (de bonne qualité bien sûr).
On aurait donc un objectif universel au sens qu’il permet / permettrait de faire, de manière satisfaisante, toutes les photos que l’on envisage, que l’on souhaite, qu’on a l’habitude de faire. Une fois admise cette idée d’objectif universel subsiste la question : lequel ?

 

 

Quel objectif universel ?

La seconde solution est celle de l’objectif choisi pour la qualité de ses résultats, avec les contraintes que cela implique.
Voici un tableau des possibilités réellement pratiques offertes.

Focale valeur FFModèle d'objectif Pentax comme objectif universelFocale équivalente APS-CModèle d'objectif Pentaxcomme objectif universel
15mmpas d'objectif Pentax21,5mmDA 15mm f/4 ED AL Ltdemploi délicat, très limite.
[20] 21mmpas d'objectif Pentax31,5mmHD-DA 21mm f/3,2 AL Ltdemploi possible, restreint
[30] 31mmFA 31mm f/1,8 AL Ltdpossible large, street46,5mmuniversel
35mmFA 35mm f/2 ALuniversel large, street47,5mmDA 35mm f/2,8 Macro Ltd
DA 35mm f/2,4 AL
universel
40mm(HD-)DA 40mm f/2,8 Ltd
universel60mmuniversel, street
43mmFA 43mm f/1,9 Ltduniversel61,5mmuniversel, street
50mmFA 50mm f/1,4
DA 50mm f/1,8
universel75mmuniversel serré, portrait
55mmDA* 55mm f/1,4 SDMuniversel77,5mmuniversel serré, portrait
70mmHD-DA 70mm f/2,4 Ltdtélé de portrait,
universel jouable
105mmuniversel acrobatique,
parti pris contraignant
77mmFA 77mm f/1,8 Limitedtélé de portrait,
universel jouable
108,5mmuniversel acrobatique,
parti pris contraignant
[90]100mmD-FA 100 mm f/2,8 M WRuniversel délicat150mmparti pris très limite

Les focales plus longues (>200mm) dans les 2 formats sont très astreignantes en usage exclusif, c’est pourquoi nous ne les avons pas incluses dans ce tableau. Mais ce parti pris est possible aussi, bien que le risque de frustration soit élevé. Il est bien évidemment possible «d’ajouter» à ce tableau des objectifs K d’autres marques récents ou anciens. Avec néanmoins les inconvénients du manuel partiel ou total, pour un objectif universel c’est peut-être pousser le purisme à la limite de l’autoflagellation. Mais je ne jetterai pas la pierre, n’étant pas plus adepte de la lapidation que de la flagellation, auto ou pas.

La solution de l’objectif «universel» unique présente le gros avantage d’être légère, peu encombrante, discrète même. Elle présente par contre l’inconvénient de ne pas faire marcher le commerce.
Elle est néanmoins quelque peu rigoriste. Soyons réalistes! Il est plus souple d’envisager un zoom «universel». Les constructeurs l’ont déjà fait d’ailleurs.

Focale valeur FFModèle d'objectif Pentax
ou autre marque.
comme objectif universelFocale équivalente APS-CModèle d'objectif Pentax
ou autre marque.
comme objectif universel
Zooms Ultra Grand Angle
Grand Angle
Sigma 18-35mm f/2,8
FA 20-35mm f:4
universel mais large
universel mais large
27-52,5mm
30-52,5mm
30-60mm
HD-DA 20-40mm f/2,8-4 ED Ltd DC WR
universel
Zooms transtandard 24-75mmDA* 16-50mm f/2,8 ED AL [IF] SDMuniversel , gros gabarit
24-127,5mmHD-DA 16-85mm f/3,5-5,6 ED DC WRuniversel
27-202,5mm
27-400mm
DA 18-135mm f/3,5-5,6 ED AL [IF] DC WR
DA 18-270mm F3.5-6.3 SDM
universel, ~70mm en retrait

universel, télé en net retrait
HD-D FA 24-70mm f/2,8 ED SDM WRuniversel - mais lourd36-105mm
Tamron 28-75mmf/2,8universel mais 28mm42-112,5mm
HD-D FA 28-105mm f/3,5-5,6 ED DC WRuniversel mais 28mm42-157,5mm

Tous les zooms cités en noir sont d’une qualité qui permet l’usage sur un K-1. Nous le citons ici comme une sorte de juge de paix en ce qui concerne la qualité optique des objectifs, pas comme la référence unique pour les pentaxistes.
Avec les zooms se pose la question de l’ouverture glissante. Cette question est intéressante, car elle est exactement du même ordre que celle de cet article. L’objection faite aux objectifs «affublés» de ce défaut est que très vite on perd en ouverture. Pour la luminosité de la visée c’est indéniable. Pour l’AF, selon le boîtier utilisé, cela peut être gênant également. Mais concrètement, sur le terrain, en considérant la réalité des photos faites, on s’aperçoit que la grande majorité d’entre elles sont faites à f: 5,6-8, c’est à dire justement à ces ouvertures reprochées à l’objectif à ouverture glissante. Paradoxal, non ? Pour le résultat, sinon pour la visée et son confort.

 

 

Le droit à la subjectivité

En fait, l’idée de l’objectif universel ne peut être que subjective. Elle correspond à l’objectif qui vous convient pour faire les photos qui vous conviennent. Elle ne peut être que totalement personnelle. Cet objectif qui vous convient, ne conviendra pas à un autre qui ne fait pas les mêmes photos que vous. Le photographe qui se loge – se love – en nous est unique.
Au sujet du dernier tableau des zooms proposés comme universels possibles.
Certains d’entre eux n’y apparaissent pas. Et justement ceux qui pourraient paraître les meilleurs candidats à l’«universalité».  C’est à dire les zooms qui vont du grand angulaire au téléobjectif. Du type 18-270mm, ou bien 18-135mm ou encore 16-85mm.Tous présentent une ouverture glissante 3,5-5,6, voire même 6,3 pour le premier. Cette ouverture glissante signifie de possibles, probables même problèmes d’auto-focus dès que l’on monte en focale, car l’ouverture diminue et met l’AF à la peine. En outre ces objectifs sont souvent moyens, pour rester courtois. La règle à retenir est que plus la couverture en focales est large, plus l’objectif est moyen …Il convient de se rappeler que les objectifs trans-standards de grande amplitude ont toujours tendance à être réellement moins bons à une extrémité de leur range, le plus souvent à la focale longue, parfois même aux deux extrémités. Dans ce tableau, ce n’est que partiellement vrai pour les deux premiers, plus nettement pour le troisième dès 135mm. Mais encore une fois tout choix est respectable. Surtout s’il est lucide, assumé.

Cette hypothèse d’objectif universel peut choquer certains d’entre nous. Elle recoupe quelque part nos choix d’objectif-s fétiche-s. Ces choix ne sont jamais rationnels. Notre hypothèse, elle, est différente. Parce que le propos concernant l’objectif «universel» a forcément une connotation plus raisonnée. C’est un constat factuel sur sa pratique photographique.
Les logiciels de PT permettent par exemple d’avoir une statistique chiffrée sur les focales que l’on utilise le plus souvent avec un zoom (*4). Ce sont très très souvent les deux focales extrêmes dudit zoom ! Toutes les focales intermédiaires ne sont pratiquement jamais utilisées. Intéressant, n’est-ce pas ? Toute analyse de sa pratique photographique est intéressante. (*5)

Ces réflexions, bien sûr, ne sont en rien une injonction à pratiquer l’objectif «universel» et unique. C’est seulement une piste de travail, tout au plus une porte ouverte sur une facilité augmentée à voyager léger, sans frustration. Par exemple, avant de partir en voyage en avion, cette approche facilite le choix des objectifs ou de l’objectif à emporter …
Au pire cet article permettra à quelques uns de partir avec 2 objectifs, éventuellement 3 au lieu de 6!
Et n’oubliez jamais, que tout choix est subjectif, mais qu’un choix assumé est un fait objectif !

 

 

(*1) Nous parlons ici des focales possibles, pas forcément accessibles aisément.
(*2) Combien d’entre nous n’aimeraient-ils pas que dans quelques années on retienne de leurs photos qu’elles étaient aussi peu variées que celle d’HCB !!!
(*3) Prothèses amovibles qui protègent et assistent sans remplacer.
(*4) Quand on sait bien se servir de ces logiciels. Ce qui n’est pas mon cas, je rapporte ici un fait avéré.
(*5) Peut-être cette constatation est-elle le résultat de bagues de zooming trop fluides ?!