Cette question vient tout naturellement après celle qui concernait les objectifs mais en tant que buts à poursuivre. Ici, les objectifs sont des « cailloux ». Partons arbitrairement d’un principe : le photographe a des moyens financiers suffisants, un sac photo pouvant accueillir de nombreux objectifs et il est suffisamment « costaud » pour se promener avec ce sac bien rempli. Est-ce une situation idéale ?

Cette interrogation concernant l’équipement photographique idéal ne peut pas, dans l’absolu, recevoir de réponse unique. Un seul « caillou » ou « plusieurs cailloux » ? Devant une telle question, une « réponse de normand » pourrait certes permettre de se tirer d’affaire sans dommage. Mais elle ne donnerait pas satisfaction pour autant.

 

Cailloux et lentilles

On associe souvent cailloux et lentilles quand on parle de légumineuses, mais c’est pour déplorer la présence des premiers dans les secondes.

En matière photographique, chacun sait qu’un « caillou » est un terme familier pour désigner un objectif. Et dans ce domaine, ce sont les cailloux qui contiennent des lentilles. Pour l’heure, nul ne s’en plaindra ! Mais il pourrait en aller différemment à l’avenir, la technique évoluant constamment (voir ici).

 

Un objectif unique

C’est le rêve de bien des photographes : ne posséder qu’un seul « caillou », pourvu qu’il soit bon « à tout faire ». Pensez donc : rien à changer, pas d’entrée de poussières dans la chambre du miroir ou sur le capteur, pas trop de question à se poser !

Mais, au fait, ça existe, ce genre d’objectif ? OUI ! Ça a existé : à l’époque de la généralisation du format 24×36 de nombreux boîtiers étaient dotés d’un 50mm fixe. Même quand ce 50mm « standard » est devenu interchangeable, beaucoup n’avaient que ce seul objectif… Ça existe encore : le plus souvent sur des appareils que l’on nomme des « bridges ». Des bridges dont la gamme de focales, en équivalent 24×36 (FF), va souvent de 8/10mm à parfois plus de 1200mm. Des exemples ? Le Canon SX430 IS, qui possède un petit capteur CCD de 1/2,3″ (20.5 Mpx), est doté d’un zoom de 4,3 à 193,5 mm, soit, en équivalent 24×36, de 24 à 1080mm (45x, extensible, par programme à 180x !!)

Canon SX 430 IS

Canon SX 430 IS

Les bridges

Ces appareils sont incontestablement en voie de disparition. Seuls quelques représentants subsistent sur le marché du neuf. Pourquoi, si ces appareils sont faciles à utiliser et performants sans avoir à changer d’objectif, en reste-il si peu ? C’est lié à un ensemble d’éléments qui se cumulent :

  • les capteurs sont assez petits et les images produites ne permettent pas, sauf traitements particuliers, d’être agrandies trop fortement ; ce cas se rencontre aussi avec les photos produites par les smartphones. On a certes pu voir sur certaines façades d’immeubles des images très agrandies, mais les traitements pour y parvenir ne sont pas à la portée des utilisateurs ordinaires ;
  • les objectifs, de très vaste amplitude, et même s’ils sont signés par des marques par ailleurs renommées, ne sont pas non plus le haut de gamme de ces marques. Leurs performances s’en ressentent. Et le prix ne laisse aucun doute à cet égard : quand un compact ou bridge doté d’un tel objectif coûte moins de 300€, un objectif « normal » (hors boîtier) de ces marques, mais en 24×36, d’amplitude bien moindre, peut coûter plusieurs dizaines de fois plus cher ! Mais avec une qualité bien supérieure.
  • L’ouverture maximale de ces objectifs est parfois un frein à l’obtention d’images de qualité. Non seulement elle est quasi toujours glissante, mais en plus elle est aussi modeste. Sur l’APN cité ci-dessus, elle va de f/3.5 à f/6.8.

 

Notre intention n’est pas de dénigrer ces produits, et encore moins leurs fabricants : il faut pouvoir satisfaire tous les besoins de tous les candidats photographes. Et après tout, celui qui n’a pas besoin de plus n’est pas blâmable ! Il se cantonne seulement à certains types de photos. Et si c’est son désir et son besoin, c’est tout à fait respectable. Notons cependant que, trop souvent, la qualité des images produites est vraiment assez pauvre.

 

Les compacts

Eux aussi sont désormais en nombre relativement restreint, « phagocytés » par les smartphones (dont la qualité d’image a progressé de façon ahurissante). Leurs capteurs sont souvent encore plus petits que ceux des bridges. L’amplitude de leurs zooms est aussi bien moindre.

Parmi eux, il reste cependant des compacts de haut de gamme, capables de fournir des images de haut niveau. On observera que la plupart du temps, ces compacts haut de gamme sont dotés d’objectifs de focale fixe et de capteurs de type APS-C, nettement plus grands. Leur qualité est incontestable (par exemple le Ricoh GR II) mais bien sûr tous les domaines de la photo ne leur sont pas permis. Les inconvénients de ces boîtiers sont souvent les mêmes que ceux des bridges. Par ailleurs, le point commun aux compacts et aux bridges est que les objectifs dont ils sont dotés ne sont pas interchangeables. On achète donc en connaissance de cause et on accepte cette obligation. Si l’on veut pouvoir changer d’avis, alors il faudra aussi changer d’appareil.

Ricoh GR II (Source : Ricoh Imaging)

Ricoh GR II (Source : Ricoh Imaging)

Les appareils de type « Reflex »

Ce sont typiquement les appareils – bien plus répandus que les boîtiers moyen-format – sur lesquels on peut monter pléthore d’objectifs différents. Ce sont aussi les préférés des photographes « amateurs avertis » et des photographes professionnels. Bien entendu, pas forcément avec les mêmes types de capteurs. Quand un photographe de studio portraitiste pourra préférer un appareil à capteur moyen format, un photographe animalier pourra, lui, préférer un reflex à capteur plein format 24×36 (professionnels) ou APS-C (amateurs). Que l’on nous comprenne bien : ce sont là des généralités souvent observées, mais en aucun cas des vérités vraies. On peut aussi rencontrer des amateurs passionnés (et/ou fortunés) équipés comme des professionnels !

On entrevoit dès lors, hormis pour les compacts et bridges qui sont le plus souvent dotés d’objectifs fixés à demeure au boîtier (mais il existe des exceptions : chez Pentax, la – défunte – gamme Q, par exemple), qu’il faut pouvoir disposer d’un appareil reflex pour pouvoir, le cas échéant, changer d’objectif, y compris en cours de prise de vue. Pour autant qu’on le désire, bien sûr ! Et selon sa pratique, c’est aussi un point essentiel.

 

La gamme d’objectifs

La plupart des photographes, principalement amateurs, débutent souvent avec un boîtier et un objectif « de base ». Personnellement, j’ai débuté dans le numérique Pentax avec un K-5 et le zoom de kit 18-55mm, auquel j’avais adjoint aussitôt un 70-300mm de Tamron. Autant dire, le boîtier mis à part, des objectifs aux performances relativement modestes, même si l’on peut toujours en tirer de très belles images. Willy Ronis* ne disait-il pas (et d’autres avec lui) que peu importe le matériel avec lequel on fait la photo : c’est le photographe le plus important.

Mais, très vite, on perçoit les limitations de cet équipement de base et, s’ils sont assidus, les photographes ont rapidement envie de s’équiper en matériel plus varié. Des zooms, des focales fixes, peu importe, mais de nature à combler leurs besoins selon leurs domaines de prédilection. Car tout de même, si le matériel ne fait pas tout, loin de là, il contribue grandement à faciliter les choses !

Et c’est ainsi que l’on se retrouve assez rapidement à la tête d’un parc optique suffisamment large pour n’avoir plus alors que des problèmes de choix ! Problème de choix = problème de riche, pourrait-on dire ? Pas forcément : les achats d’occasion, donc à des montants parfois très raisonnables, permettent d’acquérir à bon prix les objectifs convoités. Même si cela ne résout pas le problème du choix de l’optique à monter quand on fait une sortie photo. En tous cas, pas toujours.

 

Le mythe de d’un objectif unique

Si l’on a une pratique éclectique de la photo, alors l’objectif unique est réellement un mythe.

D’abord parce qu’il n’existe sur le marché aucun objectif capable de tout faire dans tous les domaines à la fois. Il faudrait, pour cela, disposer d’un zoom. Donc à focales multiples, donc forcément moins bon que les objectifs à focale fixe qu’il remplacerait. Et ce zoom devait avoir une très large amplitude (un large « range » pour ceux qui préfèrent les termes anglo-saxons, ceux-là même qui tuent lentement notre créativité linguistique et que nous sommes parfois, mais pas toujours, contraints d’accepter). De fait, il faudrait qu’il couvre tous les champs de l’ultra-grand-angle au long téléobjectif. Avec, c’est évident, une ouverture fixe la plus grande possible (f/1.4 ?), un poids et une taille de nature à pouvoir le transporter et l’utiliser sans difficulté. Passons sous silence les autres avantages qu’il devrait présenter (qualité optique, notamment..). Nous savons tous qu’un tel objectif est une utopie, qu’il n’existe pas et n’existera jamais avec la technologie actuelle. Exit, donc, l’objectif unique ?

 

Un objectif préféré

Nous entrons là dans un domaine plus concret, plus conforme au bon sens.

En effet, si l’on souhaite s’adonner à la photo dans des domaines très divers (paysage, portrait, macro, chasse animalière, photo de rue, …), on ne pourra sans doute pas se contenter d’un seul objectif dans toutes les situations.

Mais si l’on a parmi ces domaines un domaine préféré, largement préféré, on pourra se satisfaire d’un seul objectif, dédié à ce domaine, et qui ne servira qu’occasionnellement et de façon très imparfaite pour les autres domaines. C’est ce que nous appelons « l’objectif préféré ». Bien entendu, si on l’a choisi pour un domaine photographique particulier, il sera satisfaisant – voire parfait – pour ce domaine, mais très imparfait pour les autres domaines, selon les situations, encore une fois. Par exemple, s’il est admis qu’un objectif macro est construit pour la macro (donc prises de vue à très courte distance) on peut aussi parfois l’utiliser pour du portrait ou du paysage ou de la photo de rue. Quoique, dans ce dernier domaine, la relative lenteur de l’AF de ce type d’objectif peut constituer un handicap certain.

Photo prise avec un Tamron 90mm f/2.8 macro

Photo prise avec un Tamron 90mm f/2.8 macro

Ce n’est là qu’un exemple, on pourrait en trouver d’autres. Mais il est important d’avoir conscience que l’objectif préféré n’est pas obligatoirement unique dans le sac photo.

 

Un objectif réellement unique

Il ne peut se concevoir que si l’on s’adonne exclusivement à un domaine photographique et un seul, et qu’on est certain de ne pas en changer : il faudrait sinon changer aussi d’objectif. Notre opinion – qui n’est pas forcément à partager par tous – est que cela exclut d’office les objectifs de type zoom puisqu’ils sont censés représenter plusieurs objectifs à focale fixe. Mais c’est assez peu réaliste dans le monde d’aujourd’hui.

Certes, dans le passé, de nombreux photographes, et pas des moindres, ont pu se contenter d’un appareil monté d’un objectif de 50mm de focale, dit « objectif standard ». Pour changer d’angle, il fallait changer de place. Et, la plupart du temps, ces photographes ne s’intéressaient qu’à un domaine, la photo de rue, ou bien les métiers. Photographier l’humain avec un objectif dont le champ de « vision » est proche de celui de l’œil humain est tout à fait normal ou, du moins, concevable. C’était aussi le cas au temps des chambres photographiques. Avec toutefois tous les inconvénients que l’on imagine concernant la transportabilité de ces appareils.

Depuis, le monde et la photographie ont évolué, et peu nombreux sont aujourd’hui ceux qui, volontairement, n’utilisent qu’un seul et unique objectif.

 

Les faux objectifs uniques

Les zooms sont de « faux objectifs uniques » puisqu’ils englobent plusieurs focales. Ne posséder qu’un seul objectif de ce type est aussi possible que ne posséder qu’un seul objectif à focale fixe. Mais cela rend tout de même beaucoup moins confortable la pratique photo. Par exemple, et pour se limiter à la gamme D FA de Pentax, on ne pourra sans doute pas photographier les mêmes paysages avec un 15-30mm et un 150-450mm. Et de toute manière le résultat sera très différent !

 

S’il fallait absolument donner une réponse à la question initiale, elle serait évidemment affirmative : oui, il faut posséder plusieurs « cailloux » si l’on veut pouvoir exploiter chacun dans le domaine pour lequel il a été conçu. Cependant c’est moins un « devoir » qu’un conseil de bon sens. Sinon, eh bien chacun a la liberté de pratiquer la photo comme bon lui semble, et avec le matériel de son choix !

 

 

(*) A propos de Willy Ronis, on ne peut que recommander la visite de l’exposition qui se tient, en ce moment et jusqu’au 28 septembre 2018, au Pavillon Carré de Baudouin, 121 rue de Ménilmontant – 75020 PARIS. Elle est remarquable …et l’entrée est libre !