Un photographe peut-il, doit-il avoir plusieurs objectifs ? Intéressante question à laquelle il est facile de répondre. Peut-il avoir plusieurs objectifs ?

Bien sûr, il peut avoir plusieurs objectifs, il suffit pour cela qu’il ait les moyens financiers et un sac suffisamment grand ! Ah, ah ! Ceci est une plaisanterie, bien sûr. Tant il est évident que la question ne parle pas d’objectifs à monter sur un boîtier, mais d’objectifs en tant que projets à faire. En d’autres termes, un photographe peut-il courir plusieurs lièvres à la fois ? Un chasseur peut-être non, un photographe peut-être oui. La question, en tout cas, est pertinente.

Un photographe peut-il avoir plusieurs objectifs ? → porte sur la possibilité.

Un photographe doit-il avoir plusieurs objectifs ? → porte sur la nécessité, l’utilité.

 

 

La possibilité

Est-il possible pour un photographe d’avoir, dans le même temps, plusieurs projets ?

La réponse est, sans équivoque, positive. Dans une optique d’amateur comme de professionnel, il est parfaitement possible de mener de front plusieurs projets (reportage – projets d’exposition – album, etc.. •) Cela implique que l’amateur travaille en ayant présents à l’esprit des projets (voir à ce sujet les articles sur les séries, les expositions). Mais pas forcément non plus. Cette approche peut se concevoir a posteriori à partir de photos faites au fil de la vie, mais qui peuvent ensuite se regrouper suivant des thèmes.

Dans cette optique-là, les travaux – entendre par là les prises de vues – peuvent être très concentrés dans le temps ou bien étalés sur une période longue. Les prises de vues concentrées correspondent tendanciellement plus à une pratique de professionnel, les prises de vues étalées dans le temps à une pratique d’amateur.
La seule chose impossible pour un photographe, quel que soit son statut professionnel et son emploi du temps, c’est de faire deux séances de travail en même temps, car personne n’a le don d’ubiquité.

Par contre il est possible d’enchaîner des prises de vues totalement indépendantes par leur sujet, leur thème, leur destination et de passer à la phase de traitement plus tard, quelle que soit la forme de celui-ci. Il est évident que pour un amateur cette échelle de temps –  la période sur laquelle s’étendront les séquences successives de prise de vues, comme le Post-Traitement éventuel – sera plus longue, voire beaucoup plus longue, car il ne supporte pas ou très peu les contraintes d’un professionnel. Ce dernier a des impératifs financiers qui lui imposent un calendrier beaucoup plus resserré. Enfin il vaut mieux pour lui qu’il ait un calendrier resserré…

Dans tous les cas, la cohabitation des plusieurs objectifs signifie une organisation sérieuse de répartition dans le temps des différentes phases du travail photographique, c’est à dire la marche dans le temps depuis l’idée de projet jusqu’à la publication, au sens de rendre publique. Concrètement ce sont, dans l’ordre : la mise en place des idées de réalisation, les repérages, le choix du matériel, la vérification de son état (énergétique particulièrement), l’organisation des déplacements, la prise de vue, le tri initial des clichés, le tri final (editing), l’impression des clichés (s’il y a lieu) et les éventuelles ramifications du thème, et donc des prises de vues, qui peuvent apparaître de manière imprévue en cours de route.

Pour un amateur qui ne répond à aucun impératif de commande et de délai, ce travail peut s’étendre sur quelques mois, voire quelques années. Il en est de même des professionnels pour des travaux personnels qui ne répondent pas à des commandes très ciblées et ne souffrant pas de délai. Ce qui permet d’alterner les projets différents.

Donc oui, un photographe peut avoir plusieurs objectifs.

 

Planifier - photographier - éditer/trier - classer -etc...

Planifier – photographier – éditer/trier – classer – etc.

 

 

L’utilité

Un photographe doit-il, trouve-t-il une utilité à avoir plusieurs objectifs ?

Sauf à ne pratiquer qu’un seul type de photos comme la reprographie, le portrait ou la macro, ou n’importe quelle autre spécialité, les motos italiennes ou anglaises par exemple ; les photographes ont souvent plusieurs cordes à leur arc. Par envie d’universalité pour les amateurs, par nécessité pratique pour les pros. Ce qui est déjà un premier argument, de taille qui plus est, en faveur de la multiplicité des objectifs, aux deux sens du mot, ici.

Un argument, tout aussi solide, est celui de l’effet positif des compétences diverses que donnent les pratiques photographiques diversifiées. Elles permettent d’acquérir et de renforcer les compétences complémentaires – usage de diverses focales – gestion des perspectives induites par ces focales – connaissances augmentées des profondeurs de champ dans la pratique photo – gestion des couleurs liées aux différentes focales employées, particulièrement avec les longues focales.

Ces arguments plaident en faveur d’une pratique large de divers matériels. Ce qui ne signifie pas, bien sûr, qu’il est obligatoire, ni même souhaitable de posséder un parc optique allant de 8 mm à 1200 mm, et une demi-douzaine (ou plus) de boîtiers (sur ce sujet, vous pouvez relire les articles suivants : Un objectif universel est t-il possible,  Un guide des objectifs, ou encore De vieux objectifs pour le plein format). Sauf à passer du statut de photographe à celui de photographe -collectionneur ou même collectionneur-photographe. Ce qui n’est obligatoire, ni déconseillé, ni surtout honteux.

Ce phénomène de « collection » qui n’était pas rare chez les pros, il y a une vingtaine d’années, est devenu beaucoup plus rare.

Ce n’est pas non plus un devoir.

 

De 30mm à 300mm en 6x6 - Utiles ou collection ?

De 30 mm à 300 mm en 6×6 – utiles ou collection ?

 

 

Il ne peut y avoir d’injonction à faire aux photographes, quant à leur pratique ni à leur matériel, qu’ils soient amateurs ou professionnels. D’autant plus que des formes de travail globalement identiques peuvent avoir des formes concrètes très variées dans le détail.

 

Chaque photographe gère sa (ses) pratique(s) comme il l’entend. Et c’est très bien comme ça.