Un zoom, sinon rien !

Un zoom ou une focale fixe ? La question ne se pose même pas pour la plupart des « vrais » photographes. Ceux qui « savent » que ce qui est bon pour eux ne peut être que bon pour tout le monde. Faut-il donner un satisfecit éternel à ce genre d’assertion ? Non, bien sûr ! Mais alors que faut-il choisir ?

PentaxKlub a déjà abordé cette problématique, mais sous un autre angle. Et chacun a probablement son point de vue sur la question !

Un zoom, qu’est-ce que c’est ?

Tout photographe, même débutant (surtout débutant ?) possède ou a possédé dans son sac photo, un ou plusieurs objectifs. À une époque pas si lointaine, on achetait un boîtier avec un seul objectif, fixe, bien entendu : traditionnellement, c’était un 50 mm. Son ouverture la plus grande pouvait être de f/1.4, mais seuls pouvaient se le permettre les plus fortunés. Les autres se contentaient le plus souvent, et selon les marques, d’une ouverture maximale entre f/1.6 et f/1.8.

À l’avènement du numérique, toutes les marques, ou presque, proposaient des kits avec un zoom 18-55 mm à la plus grande ouverture relativement modeste : f/3.5

Aujourd’hui, crise oblige, on ne propose plus de kit de départ unique. On choisit un boîtier nu, ou alors un kit dont la composition peut varier : soit un zoom « grand public », soit un zoom « de standing ». Mais on peut aussi opter pour une focale fixe.

Même le plus débutant parmi les débutants comprend très vite qu’un zoom peut remplacer, en amplitude, plusieurs focales fixes. Mais cette possibilité n’est que fort récente, finalement.

Un peu d’histoire

Que le lecteur soit rassuré : ce ne sera pas long !

Qui sait aujourd’hui que le zoom est – au moins partiellement –  une invention française ? Peu de monde sans doute. Et qui sait que les premiers zooms sont arrivés d’abord au cinéma et à la télévision, et ensuite seulement à la photographie ?

Il y eut tout d’abord diverses tentatives, dès les années 1930, d’origine américaine, puis d’autres, anglaises et allemandes. Mais elles n’eurent pas un grand succès commercial en raison parfois du caractère rudimentaire des produits.

La demande de brevet du tout premier zoom digne de ce nom a été déposée en janvier 1949 (quel beau millésime !) par un ingénieur opticien français nommé Roger Cuvillier (1922 – 2019). La focale de son prototype à 4 lentilles (2 concaves, 2 convexes) pouvait varier d’un facteur 3 (*). Ce zoom, véritable révolution, venait remplacer les 3 objectifs des caméras à tourelle. Il a été commercialisé à des dizaines de milliers d’exemplaires, dans le monde entier, sous la marque Pan Cinor. Diverses évolutions de ce zoom ont ensuite vu le jour.

Une caméra à tourelle
Une caméra à tourelle

 

La technologie employée est dite « à compensation optique ». Mais, quelques années plus tard, un autre ingénieur opticien, sans doute plus connu, Pierre Angénieux, inventera la technologie dite « à compensation mécanique », nettement plus performante. Elle prendra le pas, bien sûr, sur la technologie précédente. Mais c’était une époque où l’industrie japonaise ne s’était pas encore penchée sur cette question. Fin du rappel historique !

Le zoom d’aujourd’hui

L’industrie optique japonaise – mais ce n’est pas la seule – s’est donc intéressée à la chose. Ce qui, bien sûr, a entraîné des progrès assez rapides. Les zooms des années 70 n’ont plus rien à voir avec les tout premiers. Les zooms à une seule bague (zooming + mise au point), dits « à pompe », ont, très provisoirement, remplacé les zooms à deux bagues (1 bague pour le changement de focale, une autre pour la mise au point). Dans tous les cas, bien sûr, une bague de diaphragme assurait le changement d’ouverture.

Zoom "à pompe" (1 seule bague). Ici, un smc Pentax M 35-70mm f/2.8-3.5
Zoom « à pompe » (1 seule bague). Ici, un smc Pentax M 35-70 mm f/2.8-3.5

 

Aujourd’hui, on est revenu aux zooms à deux bagues, plus fiables et plus précis. Ainsi, lorsque l’on vise en plongée ou en contre-plongée, on n’est plus sujet aux changements de focales intempestifs parfois rencontrés avec les zooms à une seule bague. C’est déjà un point très important.

La qualité optique

Les focales fixes ont été largement améliorées au fil du temps : les progrès de fabrication (précision d’usinage), couplés au progrès des traitements des lentilles font que l’on atteint aujourd’hui des sommets avec certaines focales fixes. Chez Pentax, par exemple, les récents DFA* 50/1.4 et 85/1.4 offrent des images d’une qualité optique exceptionnelle. Peut-être seront-ils un jour dépassés, le progrès ne s’arrêtant jamais. Mais, pour l’heure, ils se montrent encore très supérieurs aux meilleurs zooms qui intègrent l’une ou l’autre de ces focales dans leur « range ».

Les progrès des zooms

Optiquement parlant, les zooms des dernières années ont, eux aussi, fait un bond qualitatif considérable. Et, sans aucun doute, un bond bien plus important que celui des focales fixes. Ils partaient, certes, de plus loin. Mais, s’il subsiste encore un écart, celui-ci tend à s’atténuer, et certains zooms d’aujourd’hui arrivent à concurrencer, dans certaines conditions, les focales fixes qu’ils couvrent.

Confrontation interne

Chacun s’accorde à reconnaître une qualité superlative au DA * 300/4 apparu sur le marché en 2008, c’est-à-dire il y a 12 ans. Il « tient toujours la route » en 2020, offrant, quand il est bien utilisé, des images de très grande qualité par le rendu des couleurs, le piqué, l’homogénéité. Et pourtant ! Prenons la peine de le comparer au zoom DFA 150-450/4.5-5.6, en termes de qualité d’image, et à focale égale bien sûr. On est surpris de constater que ce zoom offre des résultats de niveau comparable. Avec une plus grande souplesse d’utilisation.

Le zoom HD PENTAX-D FA 150-450mm F4.5-5.6 ED DC AW
Le zoom HD PENTAX-D FA 150-450 mm F4.5-5.6 ED DC AW

 

Comment est-ce possible ? Tout simplement en raison des progrès évoqués ci-avant. Ce 150-450 est apparu en 2015, soit 7 ans après le DA* 300. 7 années durant lesquelles les ingénieurs opticiens ne sont pas restés les mains dans les poches et les 2 pieds « dans le même sabot ». Ils ont travaillé et ce travail a porté ses fruits. Tant et si bien travaillé que les photographes animaliers équipés en Pentax apprécieraient que leur marque préférée leur propose un zoom du genre de ceux de la concurrence. Pourquoi pas une amplitude focale de l’ordre de 200 à 500 ou 600 mm, avec une ouverture fixe (et non pas glissante) suffisamment grande et à un prix accessible ?

C’est probablement sur ce dernier point que les doutes sont les plus grands : un tel zoom a bien sûr un coût (jusqu’à l’irrationnel), mais il offrirait bien des avantages ! Pas sûr, cependant, qu’une clientèle suffisante existe chez Pentax. D’autant que son poids en dissuaderait plus d’un ! Mais rêver n’engage à rien, n’est-ce pas ?

Pourquoi un zoom ?

Nous venons d’évoquer les avantages des zooms, sans les citer.

Il en est un qui vient à l’esprit de tous : la souplesse d’utilisation. Bien sûr, les tenants inconditionnels des focales fixes diront que l’on peut « zoomer avec les pieds » et que c’est le meilleur moyen de trouver le bon angle, le bon cadrage et, partant, la meilleure composition. On ne peut pas leur donner tort.

Un zoom à l’affût

Toutefois, ils occultent le fait qu’en photo animalière à l’affût, une focale fixe limite largement les possibilités : on ne peut pas bouger, sinon, au moindre bruit, on risque de faire fuir l’animal que l’on cherche à photographier. Très peu d’entre eux, en effet, acceptent de prendre la pose pendant que l’on cherche leur meilleur profil.

Dès lors, seul un zoom permet cette souplesse, parfois relative, permettant non pas de changer l’angle de prise de vue (quoique…), mais de faire varier la composition en jouant sur la focale.

Un zoom en billebaude

Là, ça se complique un peu, en ce sens où un zoom c’est souvent nettement plus lourd qu’une optique de l’une des focales qu’il couvre. Et la conséquence, c’est qu’on a plus de mal à le transporter, surtout quand on est jeune depuis bien plus longtemps que les autres. Mais, d’un autre côté, la variété de focales permet souvent de s’adapter à des situations différentes, ce qui est bien plus difficile avec une focale fixe. Cela étant on observera que le DFA 150-450 pèse 2 kg, quand le DA 560 pèse, lui, 3.04 kg, soit 50 % de plus. Il est donc prudent de relativiser !

Et à part la chasse photo ?

En voyage

Lors de mes récents voyages en Andalousie (automne 2019 et février 2020) je n’ai pas utilisé le même matériel. Si le boîtier est resté le même (K-1 Mk II), la première fois je suis parti avec le seul DFA 24-70/2.8, alors qu’en cette année 2020 j’avais pris 1 zoom (Sigma 17-35/2.8-4) et 2 focales fixes : FA 50/1.4 et F 135/2.8. Ce sont ces deux dernières que j’ai utilisées le plus durant le séjour. Et je les avais prises pour leur légèreté, comparée au poids du DFA 24-70/2.8.

De fait, lors de mes sorties, j’ai toujours eu dans mon sac ces 3 objectifs, « jonglant » parfois pour en changer selon les besoins du moment : on pouvait en effet passer très vite d’un paysage au 50 mm à la photo d’une mouette peu farouche au 135 mm. Tout le monde imagine aussitôt la perte de temps à faire ce changement, et les ratages d’images qui en ont découlé. Alors que ces questions et leurs conséquences étaient inexistantes avec le seul zoom 24-70.

Limitations

Bien sûr, la limitation en focale était évidente, mais elle avait au moins un avantage : c’est celui d’obliger à choisir ses sujets, sans être tenté de « shooter » tout et n’importe quoi. Pas question de photographier une mouette à 50 m à la focale de 70 mm : elle serait apparue si petite qu’un gros crop aurait été nécessaire pour en avoir une image « acceptable ». Mais « acceptable » seulement par le cadrage, sans doute pas par le piqué.

En sacrifiant quelque peu la qualité des résultats, un zoom de type 18-200 monté sur un boîtier APS-C aurait sans doute permis de couvrir un éventail plus large de sujets. Mais, avec le plein format, un deuxième zoom comme le DFA 70-210/4 aurait aussi été un complément très utile et pas trop pesant.

En fait, il n’y a pas d’idéal. La photo est toujours une question de compromis. Mais, quand on ne veut pas trop réfléchir, le zoom apparaît comme une solution presque idéale. Le véritable idéal serait sans doute un zoom 8-800 de grande qualité ouvrant à f/2 constant. Inutile de rêver : il n’existera jamais, pour toutes les raisons faciles à imaginer.

Que choisir en fin de compte ?

Pour tout le monde

Zoom ou focale fixe ? Focale fixe ou zoom ? Chacun aura sa réponse. Mais cette réponse dépend, en réalité, de ce que l’on va faire. Il n’y a pas de règle !

Pour du portrait

Pour de la photo de portrait en studio, il est clair qu’un 85 mm fixe est sans doute ce qui convient le mieux : s’il est utile de changer de cadrage, le studio permet de bouger et, si nécessaire, de « zoomer avec les pieds ». Un zoom de grande qualité (DFA * 70-200/2.8 par exemple) pourrait également être un choix judicieux pour sa qualité d’image. Mais il serait plus difficile d’utilisation, ne serait-ce que par son poids et son encombrement.

Pour de la photo de rue

Tout est utilisable, bien sûr, zoom comme focale fixe. Et même un appareil compact dans le genre du Ricoh GR III qui, soit dit en passant, a un objectif fixe. Mais un compact avec zoom conviendrait aussi très bien !

Pour de la photo de spectacle

Dans ce domaine, si l’on n’a pas la chance de faire partie des personnes accréditées et donc autorisées à s’approcher des artistes, la focale fixe peut être un sacré handicap. Pas toujours, bien sûr, mais souvent. Alors qu’avec un zoom, on peut varier les cadrages sans déranger.

Pour la photo de sport

Tout dépend de quel sport on parle, bien sûr. Mais, si l’on ne dispose que d’un seul boîtier avec un seul objectif, le zoom s’impose dans la plupart des situations. Quant aux professionnels, ils ont souvent, dans ce domaine, au moins 2 boîtiers : il n’y a pas dès lors de difficulté si l’on monte l’un avec un télé fixe et l’autre avec un zoom. C’est l’éternelle constatation : qui peut le plus peut le moins.

En macro

Là, on touche à un domaine interdit aux zooms. Je veux parler, bien sûr, de la vraie macro ou, pour le moins, de la « forte proxi » : celle qui permet des rapports de grandissements de 1:2 à 1:3. Peu de zooms le permettent et, quand cela arrive, les résultats sont assez mauvais. Bien sûr, j’entends déjà ceux qui vont affirmer qu’avec des bagues-allonges en plus, ou tel ou tel complément optique, on peut faire de la macro avec un zoom. D’accord, c’est vrai dans le principe pour ce qui est du grandissement. Mais pour la gestion de la lumière ? Déjà qu’un zoom est souvent moins lumineux qu’une focale fixe… Alors, avec des compléments optiques qui font perdre des valeurs de diaphragme, où va-t-on ? Pour le moins, au-devant de TRÈS grandes difficultés.

Donc, pour la macro, vivent les focales fixes qui amènent allègrement vers le rapport 1:1 !

Autres domaines

Quel que soit le domaine photo pratiqué, sauf la vraie macro comme dit ci-dessus, on utilise ce avec quoi on est le plus à l’aise. L’essentiel est toujours de bien connaître son matériel pour en tirer le meilleur. Alors, zoom ou focale fixe, à chacun de décider !

Plus personnellement

Et mon choix personnel, direz-vous ? Même s’il n’est pas très intéressant, je vous le livre. Malgré le titre de cet article, mon sac photo ne comprend pas que des zooms, loin s’en faut. Mais avec l’âge, l’envie de partir « chargé » disparaît peu à peu et, pour des sorties ponctuelles, le choix d’un zoom adapté s’impose de plus en plus souvent. J’ai débuté, comme beaucoup, avec des focales fixes. Mon premier zoom ? Un Pentax 35-70/2.8-3.5 (photos dans ce dossier), pas mauvais du tout : il est encore dans ma « valise photo » même si je ne l’utilise plus très souvent. Mais, depuis, il a eu beaucoup de successeurs !

Zoom "à pompe" Le zoom smc Pentax M 35-70mm f/2.8-3.5
Le zoom smc Pentax M 35-70 mm f/2.8-3.5
Le zoom smc Pentax M 35-70mm f/2.8-3.5 (de face)
Le zoom smc Pentax M 35-70 mm f/2.8-3.5 (de face).

On remarquera que le diaphragme, ouvert ici à f/2.8 (position 35 mm) est quasiment circulaire.

 

Incongru ? Utiliser un zoom ne serait pas digne d’un bon photographe, comme je l’ai lu un jour ? Et pourtant, Willy Ronis lui-même n’a-t-il pas dans les années 80 utilisé que 2 zooms Pentax : un 28-50 et un 75-150 ?

Loin de moi l’idée de me comparer à ce grand photographe. Mais j’ai la faiblesse de penser que si ce génie de la photo a utilisé des zooms, et à une époque où ils étaient moins bons qu’aujourd’hui, c’est sans doute que l’idée n’est pas aussi farfelue qu’on pourrait le penser !

Et aussi que ceux qui traitent les « zoomistes » de mauvais photographes devraient, pour le moins, se montrer plus mesurés, à moins qu’ils ne soient meilleurs photographes eux-mêmes que Willy Ronis… et quelques autres !

 

 

(*) Tiens tiens ! Ne considère-t-on pas, aujourd’hui, qu’un « bon zoom » ne doit pas dépasser cette amplitude ?