Il existe de nombreux lieux qui ont été tellement photographiés qu’il devient compliqué de se démarquer. À Paris, l’exemple de la Tour Eiffel est flagrant. Sur le net, on trouve moult photos la concernant. Alors, trouver un nouvel angle, c’est compliqué. Mais il ne s’agit pas du seul lieu où l’on rencontre ce type de problème.

De passage récemment dans le sud-est, je me suis rendu pour la première fois au Pont du Gard, magnifique ouvrage d’art romain, construit pour amener de l’eau à la ville de Nîmes. Une fois sur place, j’ai compris que faire un cliché non habituel allait se révéler être compliqué. Pour des raisons aussi diverses que variées, allant du temps passé sur les lieux à la météo.

 

Alors, comment faire original pour un lieu des milliers de fois photographié ?

À vrai dire, ce n’est pas si simple. Parce que le photographe ne dispose pas forcément de tout le temps qui s’avérerait nécessaire pour réfléchir posément. En effet, composer une photo demande parfois plus de quelques secondes. Et encore plus s’il s’agit de faire original. Alors, comment faire ?

Il existe heureusement quelques pistes que nous vous proposons d’explorer :

  • Sortir du chemin traditionnel ;
  • Essayer d’avoir une vue en hauteur du sujet ;
  • Utiliser la pose longue ;
  • Changer les conditions de lumière, de composition ;
  • Changer de sujet principal, l’ancien devenant un élément (important) du décor.

 

Sortir des sentiers battus

Tout d’abord une mise en garde, car les accidents sont vite arrivés. S’il existe un chemin balisé, c’est souvent pour d’excellentes raisons. Souvent d’ailleurs pour des raisons de danger. Par exemple, à l’île de La Réunion, si on va marcher au Piton de la Fournaise, il est impératif de ne pas s’écarter de la piste. Le brouillard peut s’installer en quelques minutes. Or un massif volcanique est dangereux, crevasses et fissures étant légion. On remarquera d’ailleurs que les rares décès survenus dans la région sont dus à des chutes ou des imprudences, mais pas à une éruption. On a vu aussi de nombreuses chutes mortelles pour des selfies en bord de falaise un peu partout dans le monde. Il convient donc de faire très attention quand on décide de s’écarter des sentiers battus.

Il faut toujours tenir compte de son environnement et éviter de perdre raison sous prétexte de faire une bonne photo. Votre sécurité doit toujours primer.

Dans la plupart des cas, il est tout à fait possible de s’écarter quelque peu du chemin officiel, tant que les précautions d’usage sont prises. Car, il n’existe pas de mur l’empêchant.

Voici deux photos du Pont du Gard prises au mois de juin. La première a été prise depuis la route piétonnière de la rive gauche, qui mène de l’entrée du parc au pont lui-même. Elle est banale et surtout l’angle est assez fermé. La seconde a été prise en s’écartant de cette route, en direction du bord de la rivière. La distance séparant les deux points de prise de vue doit être de l’ordre de 20 m, guère plus. En toute sécurité !

En ouvrant l’angle de vision grâce au déplacement latéral, la photo semble plus intéressante. Évidemment, elle n’a rien d’original par rapport à tout ce qui se fait. Mais grâce aux changements des conditions de prise de vue, la photo paraît un peu plus intéressante. À se demander s’il n’aurait pas mieux valu s’approcher de la rivière un peu plus. Voire d’y entrer carrément !

Ce qui reste évident, c’est qu’en restant avec les « troupeaux » de touristes qui prennent tous les photos aux mêmes endroits, il est normal d’avoir tous des photos très similaires.

La photo ci-dessous est l’exemple même de la photo qui peut-être prise par tout le monde, vu que l’endroit est indiqué et recommandé par les guides du Pont. Toutes les personnes, du moins celles qui veulent ramener un souvenir, y vont donc. Et prennent le même cliché. Le seul détail qui « sauve » ma version, c’est la présence des kayaks. Sans eux, elle n’aurait pas été conservée.

K-1 mk II - 1/125s à f/13, ISO 200

K-1 mk II – 1/125s à f/13, ISO 200

 

Sortir des sentiers battus, c’est donc parfois rajouter un détail qui amènera un petit plus à votre photo. Contrairement à ce que l’on peut croire, avoir des personnes sur une photo, cela peut changer la perspective et l’histoire du cliché.

K-1 mk II - 1/1640s à f/5.6, ISO 100

K-1 mk II – 1/1640s à f/5.6, ISO 100

 

Changer l’angle de vue

Un angle moins usuel

L’expression « sortir des sentiers battus » peut aussi être prise différemment. Il s’agit alors de changer l’angle de vue habituel au profit d’un angle moins usuel. Par exemple, au lieu d’être à hauteur d’homme, pourquoi ne pas essayer une prise de vue décalée, de biais par exemple ?

Dans l’exemple qui suit, photographier la Tour Eiffel de nuit, depuis le Trocadéro permettra d’avoir une photo correcte, bonne, honnête. Mais elle ne se distinguera pas forcément des milliers de photos similaires prises au même endroit, ou du moins très proches. Pour ne pas dire des milliards, vu que ce monument parisien est sous le feu des touristes tout au long de l’année.

L’approche de la deuxième photo est un peu différente. La vue de la Tour Eiffel n’est plus que partielle, de beaucoup plus près. De plus, elle est prise de manière à donner un mouvement vers le haut. La photo est un peu décalée, donc plus originale. À noter qu’il n’est pas sûr que depuis le nouveau dispositif de sécurité, cette photo soit encore possible.

 

Prendre de la hauteur

Il est aussi possible de céder à la tentation d’effectuer les prises de vue en hauteur. Mais à moins de disposer d’un drone et des autorisations nécessaires, il conviendra de ruser pour les obtenir.

La première ruse est de faire une promenade en hélico, en avion, en ULM ou en montgolfière. Ce qui nécessitera des moyens financiers, car cela reste assez coûteux. De plus, il faut que les circuits (et le vent pour les montgolfières) passent par les endroits que vous souhaitez. Ce qui n’est pas le cas forcément. Par contre, il est vrai que la vue offerte est parfois spectaculaire.

 

La vision de la plage de Boucan Canot sur l’île de La Réunion est différente selon le point de vue adopté.

 

La deuxième ruse est d’utiliser d’autres moyens pour faire prendre de la hauteur à votre appareil photo. Le plus classique est la perche à selfie. Inconvénients, c’est le smartphone qui va gagner quelques centimètres, mais pas le boîtier reflex, les perches supportant 2 kg étant assez rares. De plus, on voit désormais plein de perches un peu partout, ce qui est gênant. Sinon, il reste les ballons gonflés à l’hélium et une bonne corde, qui amènera le boîtier à quelques mètres de hauteur. De quoi changer la perspective visuelle.

La troisième ruse est de monter vous-même en hauteur. Au choix, cela peut être un escabeau (très sympa à porter en ballade !), un arbre, une petite colline, etc. Ou, comme pour la photo d’illustration, en montant au sommet de l’Arc de Triomphe. L’inconvénient, c’est que ce point de vue n’offrira peut-être pas l’angle idéal…

K-1 mk II - 1/200s à f/13, ISO 125

K-1 mk II – 1/200s à f/13, ISO 125

 

Pour ceux souhaitant se différencier en apportant un détail supplémentaire qui retiendra l’attention, il s’agit là d’un excellent moyen.

 

La pose longue

La pose longue n’est pas une technique qui se prête toujours aux photos. Plusieurs facteurs vont entrer en jeu, comme la lumière disponible (trop de lumière ne facilitant pas les poses longues, sauf à utiliser des filtres ND), le ciel, l’eau. Elle va être utilisée principalement pour obtenir des cours d’eau plus ou moins figés, des filés de nuages, des reflets ou encore une disparition des sujets mouvants.

K-3 II - 4s à f/10, ISO 100

K-3 II – 4 s à f/10, ISO 100

 

Attention toutefois de ne pas en abuser, car trop d’effet tue l’effet.

 

Changer les conditions de lumière et/ou de composition et/ou de Post-Traitement

Nous l’avons souvent répété, la lumière du matin est différente de celle de fin d’après-midi. Il convient de les favoriser autant que possible, la lumière du midi ayant tendance à écraser les perspectives ou changer durablement les couleurs. Suivant l’orientation du soleil, le sujet principal de votre cliché sera sans doute mieux mis en avant suivant l’heure à laquelle la prise de vue s’est effectuée. Il conviendra donc d’en tenir compte.

Couché de soleil = lumière rasante

Couché de soleil = lumière rasante

 

Très souvent, un soleil rasant crée de belles ombres, ce qui fait que l’on peut obtenir des effets plus intéressants, comme un reflet plus présent (plus le fond de l’eau est sombre, plus le reflet sera intense, profond)

Dans l’exemple ci-dessous, la photo a été prise de nuit. Afin de lui donner une touche originale, j’ai joué avec la balance des blancs, afin de lui donner une teinte irréelle. Évidemment, ce type de post-traitement doit être utilisé avec parcimonie, sous peine de lasser. De plus, il faut que le sujet s’y prête particulièrement, que cela s’inscrive dans une démarche artistique.

 

Il convient aussi de prêter une grande attention aux couleurs disponibles. Par exemple, trop de vert uniforme peut rendre une photo indigeste, ou du moins difficilement lisible. C’est souvent le cas de panoramas de vallées prises à midi. Il est alors difficile de distinguer les différentes profondeurs. Ce qui ôtera tout relief.

K-1 mk II - 1/125s à f/11, ISO 160 (assemblage de 6 photos)

K-1 mk II – 1/125s à f/11, ISO 160 (assemblage de 6 photos)

 

Changer le sujet principal

Il s’agit de présenter les choses d’une manière totalement différente. Le sujet principal n’est désormais plus qu’un élément du décor, un accessoire. Il n’est plus que suggéré et occupe donc une place secondaire. Néanmoins, ceux qui connaissent les lieux seront en mesure de l’identifier.

K-1 - 1/80s à f/10, ISO 100 (assemblage de 2 photos)

K-1 – 1/80s à f/10, ISO 100 (assemblage de 2 photos)

La Tour Eiffel ici n’est qu’un élément du décor, au même titre que le Grand Palais ou la Grande Roue sur la place de la Concorde. Elle sert à indiquer aussi le lieu où l’on se trouve. Mais il ne s’agit plus du thème principal de la photo, qui serait plutôt « une ville au soleil couchant« .

 

Vous l’aurez compris, faire une photo moins classique peut être à la fois simple et compliqué. Parce que les circonstances ne s’y prêtent pas toujours, à notre grand dam ! Mais si vous suivez les quelques pistes livrées, moyennant un peu de réflexion et d’effort (la photo, cela se mérite), vous pourrez sans doute vous démarquer des autres photographes. Ainsi, vous arriverez à produire une photo moins courante, un peu plus originale, du lieu visité.

 

Crédit photo : © fyve