Les objectifs

Les objectifs anciens, vraiment anciens, ont tous en commun de n’être pas autofocus. On les appelle aussi, pour cette raison, objectifs manuels. Mais c’est leur seul point commun. Utiliser les objectifs anciens intéresse les pentaxistes parce Pentax est la marque qui offre la plus grande compatibilité d’utilisation avec un usage minimum de bagues de conversion.

Ces objectifs présentent des différences, principalement 3 différences.

Dans l’ordre historique, des plus récents aux plus anciens, ce sont:

  1. Les objectifs de type A. Dotés d’une baïonnette K, ils possèdent une bague de diaphragme avec, après la valeur la plus fermée (16 ou 22) une position A avec blocage. Ils sont équipés d’un levier de couplage mécanique du diaphragme et d’un contact électrique qui gère celui-ci.
  2. Les objectifs de type M et K. Dotés d’une baïonnette K, ils possèdent une bague de diaphragme sans position A. Ils sont équipés du levier de couplage mécanique du diaphragme, mais d’aucun contact électrique.
  3. Les objectifs vissants. Dotés d’un filetage de diamètre 42mm, ou encore plus anciens de 39mm (Leica). Ils n’ont aucune liaison avec le boitier, ni électrique, ni mécanique. Avec ces derniers, il faut utiliser un bague de conversion 42/K, de préférence de marque Pentax, ou Hama, éventuellement KMZ. Attention, certaines bagues d’origine chinoise sont dotées d’une collerette qui fait perdre la MAP à l’infini. En dehors de la macrophotographie, c’est frustrant !

Nota: Les objectifs actuels comportent 5 contacts électriques + 2 pour le moteur SDM.

 

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Photo1: Objectif type A. Zeiss Planar 1,4/50mm ZK

 

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Photo2: Objectif type M. Pentax smc 3,5/18mm

 

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Photo3: Objectif 42 à vis. Telezenitar MC Apo 2,8/135mm

 

Un bon conseil, si vous pouvez essayer la bague de conversion avant l’achat, faites le sur votre boitier. Elle doit se mettre en place et s’enlever de façon très fluide. Si vous ressentez un quelconque point dur, ou même un frottement un peu marqué, n’achetez pas. Avec internet, cette vérification préalable est évidemment impossible.

 

Truc de bricoleur

Si vous n’avez qu’un objectif vissant 42, vous pouvez installer la bague 42/K à demeure en dévissant la patte métallique de blocage. Cela permettra à la bague de rester sur l’objectif qui se montera et se démontera comme n’importe quel objectif K. Mais il ne se bloquera pas. S’il ne risque pas vraiment de tomber, ce n’est quand même pas rassurant. La solution est assez simple à mettre en œuvre. Il suffit de repérer sur un objectif K la position de la cavité de blocage de l’objectif sur la platine arrière, côté baïonnette. Se servir des ailettes de la baïonnette rend ce repérage facile. Fraiser sur l’objectif ancien une cavité similaire avec une mèche à acier de 2mm de diamètre, profondeur 1mm à 1,5mm selon le biseau de votre mèche. Ce n’est pas très difficile à faire même sans porte-perceuse statique. Cette opération permet d’obtenir un objectif qui se monte et se démonte comme un objectif K natif. Conservez la patte métallique et la vis si vous voulez un jour rendre réversible l’opération et vous séparer de l’objectif tout en conservant la bague.

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Photo4: à gauche: baïonnette d’un FA, à droite: baïonnette 42/K sur un 42 à vis.

 

Le boitier

Les boitiers Pentax sont conçus pour pouvoir utiliser ces objectifs. Noter qu’avec les objectifs non pourvus de contacts électriques (M et 42) le mode de mesure de lumière (AE) bascule automatiquement en centrale pondérée.

La procédure est la suivante :

Phase 1

Aller dans le menu C-4- bas du tableau. Le numéro diffère d’un boitier à l’autre N° 22 sur le K-x, K50, N°27 sur le K-5, K-3…

Ligne : utilisation bague diaphragme. Cocher autoriser (voir photo). Votre boitier est prêt à utiliser les merveilles trouvées dans les brocantes, les foires photos et les greniers de vos grands pères.

Nota: IMPORTANT, toujours monter un objectif ancien sur le boitier éteint, allumer le boitier une fois l’objectif fixé sur le boitier; il va vous demander de lui indiquer la focale de l’objectif pour régler correctement le système SR. Quand vous aurez coché la bonne focale, il sera prêt à fonctionner.

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Phase 2

Avec les objectifs de type A. La seule différence d’utilisation avec les objectifs autofocus, DFA, DA, FA ou F, est que la mise au point se fait manuellement. Si vous restez en mode AF, vous ne pourrez déclencher que si l’AF a trouvé sa MAP (hexagone vert allumé en fixe dans le viseur). Si vous vous mettez en mode MF, vous pourrez déclencher quand vous le souhaitez, quelle que soit la MAP.

Avec les objectifs de type M. Vous devez vous mettre en mode de prise de vue Manuelle. Vous affichez le diaphragme choisi sur l’objectif, Une pression sur le bouton vert ferme brièvement le diaphragme à la valeur choisie et permet au boitier de choisir la vitesse voulue. Vous pouvez déclencher dans la foulée.

Avec les objectifs vissants 42 (sans aucune liaison mécanique avec le boitier). Vous pouvez photographier dans n’importe quel mode de prise de vue, mais avec une modification de l’action des molettes. Vous avez la possibilité de modifier les ISO avec la molette avant (selon votre paramétrage des molettes). Cette modification agit évidemment sur la vitesse qui change avec les ISO, puisque le diaphragme est fixe. Vous gardez donc la main sur vos paramètres de prise de vue. Vous pouvez déclencher en toute tranquillité, votre exposition sera bonne. Evitez le mode M qui ne vous offre aucun garde-fou. En effet le diaphragme n’étant pas affiché électroniquement, le calculateur ne peut pas calculer la bonne exposition et vous l’indiquer.

Nota 1 : Dans certains cas ces objectifs possèdent un bouton à 2 positions M (manuel) et A (automatique) qui permettait de synchroniser le diaphragme, c’est à dire de ne le fermer à la valeur choisie qu’au moment du déclenchement (voir photo 3, en bas à droite). Ce système fonctionnait par l’intermédiaire d’un axe coulissant dans l’objectif d’avant en arrière. Ce système était spécifique à chaque marque et à chaque génération de boitiers (voir photo 4, objectif de droite). Ce système est parfaitement inopérant sur les boitiers actuels. Choisissez la position M, sinon vous serez toujours à la PO !

Nota 2 : Dans cette configuration la mesure de la lumière (AE) se fait à ouverture réelle.

 

Mais pourquoi utiliser des objectifs anciens ?

D’abord pour profiter de son boitier Pentax, qui peut accueillir un maximum d’objectifs sans vraies difficultés techniques. Ce n’est pas par hasard que c’est parmi les pentaxistes qu’il y a la plus importante colonie d’amateurs de vissants 42.

Ensuite pour retrouver la « signature » particulière de ces objectifs, leur rendu chromatique, leur modelé, leur douceur, les qualités de leurs défauts : leur bokeh, leur coma (teintes laiteuses en contre-jour), etc…

Car le piqué superlatif, les objectifs tranchants comme des rasoirs, le focus stacking  qui permet d’obtenir une photo entièrement nette mieux qu’une chambre basculée avec soin sont bien sûr « tendance ». Mais on peut aussi s’en lasser. On peut aussi vouloir « être différent », vraiment différent, en couleur ou en noir et blanc, pas en noir et jaune, comme sur certaines affiches.

On peut vouloir sortir des sentiers battus, respirer un autre air, prendre son temps. Savourer le plaisir de composer sa photo, y compris pendant que l’on fait sa mise au point, pas en « faisant sa MAP » à toute vitesse. Ces plaisirs là se rencontrent plus facilement avec un objectif à mise au point manuelle. Au début ça déroute un peu, puis assez vite on y prend goût, on découvre, ou on retrouve, une autre façon de photographier, de mûrir sa photo pendant qu’on la cadre. On apprend un nouveau rapport à un objectif: connaitre ses qualités, ses défauts, en un mot sa personnalité, sa signature. Et à partir de là photographier en utilisant ce rapport entre votre personnalité et celle de l’objectif; cocktail unique, forcément unique.

 

Qu’est-ce qu’on y gagne ?

Prosaïquement de l’argent, car la plupart de ces objectifs ne sont pas chers. Entre une poignée et une centaine ou deux d’Euro pour les raretés. Il y en a quand même quelques uns qui sont chers.

On y gagne aussi le plaisir de chiner, le plaisir de chercher et le plaisir de trouver. Celui de tomber sur la bonne surprise inattendue… et celui de rencontrer des photographes qui sont aussi de bonnes surprises.

Enfin on gagne à découvrir que les objectifs des années 50 à 90 représentent tout un monde qui va de l’Europe de l’Ouest (Allemagne, France…) en passant par l’Europe Centrale (Tchécoslovaquie), l’Urss (Russie, Biélorussie, Ukraine) au Japon. Découvrir que ces objectifs forment un monde nombreux de  belles, de très belles choses, qui donnent des images pleines de personnalité.

 

Quelques objectifs réputés

La liste n’est évidemment pas complète, elle se borne à ne citer que des très bons objectifs cultes.

Des Takumar (rares) :

  • smc TAKUMAR 3.5/28mm (1971-1979)
  • TAKUMAR 3,5/35mm
  • Super-Takumar 1.4/50mm, modèle II  (7 lentilles dont une au thorium (1965-1971)
  • smc TAKUMAR 1.8/55mm (1971)
  • smc TAKUMAR 2.8/105mm (1971)
  • smc TAKUMAR 2.5/135 modèle II (1973-1979)

 

Des russes :

  • Mir1 2,8/37mm (bokeh tournant)
  • Hélios-44-2, 2/58mm. Modèle 1.b (gravure en lettres latines pour l’export conseillé)
  • Jupiter 11 ou 11A 4/135mm (diaphragme à 20 lames!)  
  • Taïr 11A 135/2,8 (diaphragme à 20 ou 22 lames!) *
  • Hélios 40-2  1,5/85mm (une « enclume » de 1kg, bokeh tournant – un objectif adulé ou haï)

 

Des allemands (rares) :

  • Carl Zeiss Jena Flektogon 35/2.4
  • Carl Zeiss Jena Biotar 2/58mm (1960) ( ! armement manuel du diaphragme à10 lames)

 

Bonne chasse.

 

* Vous trouverez sur le net des posts sur le Taïr 11A (avec photos) dans toutes les langues, par des photographes de toutes marques, et même un blog Fickr de Taïristes 11A !