Pour qui veut vendre ses photos, il convient d’abord de se poser la question : Pourquoi ? Et ensuite: A qui ? Et combien ?

 

Pourquoi ?

Nous avons tous un rapport particulier à nos photos. Celui-ci commence par l’attention que nous portons à leur conservation et à leur classement. Mais notre apport à nos photos ne s’arrête pas là.  Il porte aussi sur leur devenir une fois fois finalisées, développées et tirées. Il convient de se demander pourquoi nous faisons des photos.  Et de dépasser la question « Pourquoi ai-je commencé à faire des photos ? »  La réponse est simple et souvent trompeuse car anecdotique.  Et donc se poser plutôt la question « Pourquoi ai-je continué à faire des photos ? »

La réponse est assez univoque: C’est un besoin de reconnaissance. Comme les peintres avec leurs dessins, leurs toiles, les écrivains avec leurs manuscrits, les photographes avec leurs photos cherchent une reconnaissance. Toutes les objections à cette affirmation sont sincères. Simplement ce besoin de reconnaissance n’est pas nécessairement conscient, et surtout il ne doit pas être honteux.  Nous avons besoin de reconnaissance, comme tout individu. Surtout s’il a fait quelque chose de bien, qu’il juge comme tel. Ce qui fait une énorme différence entre les individus, c’est le niveau de reconnaissance dont nous avons besoin. Cela commence par des compliments oraux, entre amis, pour aller jusqu’aux marques publiques les plus larges. En passant par les concours gagnés, les publications ponctuelles, puis régulières dans des magazines. Et cela peut se « couronner » par la vente, la notoriété. Les deux étant plus ou moins étroitement liées. Ce qui nous conduit naturellement à la deuxième question: Vendre à qui et combien ?

 

A qui, combien ?

S’il s’agit de vendre quelques photos, à des copains et des proches ou même plus largement, mais occasionnellement, cet article ne vous intéressera que partiellement. Vous pourrez laisser de côté ce qui concerne la vente plus large, plus régulière, voire habituelle. Si cet aspect là de la vente de vos photos vous tente, vous intéresse. Alors continuez votre lecture sans faire de tri.

Par les temps qui courent, il n’y a peut-être pas qu’une solution, mais la solution dominante c’est Internet. Les expositions, les galeries, les concours mêmes, avec le présupposé :  notoriété = ventes, dans cet ordre chronologique, cela appartient au passé.

Les temps changent et, avec eux, les pratiques, et les présupposés. Désormais le présupposé est : nombre de clics/vues >> ventes = notoriété (+/- large) => ventes plus nombreuses.

 

 

Comment construire sa démarche

Nous allons aborder ici le chemin à suivre pour s’engager dans cette aventure, avancer dans cette voie. Celle-ci comporte plusieurs étapes :

  • Le positionnement
  • Vendre ses photos avec un microsite
  • Gagner de l’argent en vendant ses photos sur son site
  • Assurer sa promotion en construisant sa communauté.

Si choisissez cette voie et voulez vraiment vendre vos photos, il vaut mieux aller au bout de votre démarche, et procéder à l’anglo-saxonne (et projeter de devenir autoentrepreneur). Les choses doivent être bien claires.

Donc, passons aux choses sérieuses.

 

 

Le positionnement

Vous devez, pour commencer, définir votre positionnement sur le Web :qui êtes-vous ? Que faites-vous ? Qu’est-ce qui vous identifie ?

Ce positionnement signifie d’abord une réflexion interne, qui sera suivie d’un usage externe. Cette réflexion vous permettra de vous définir comme « marque » identifiable. Pour cela, il convient :

  • D’identifier les points de repère qui vous lient à la photo. [Usage externe]
  • D’identifier vos photos : quels sujets préférés, quelle technique utilisée, quel matériel utilisé ? [Usage externe]
  • Définir le temps que vous prennent les photos que vous faites, le style de vos photos, leur qualité. Quelles photos vous faites rapidement et facilement, quelles photos vous aimez faire, dans quel genre de photos vous êtes bon : [Usage interne]
    • paysages minimalistes
    • natures mortes/aux couleurs vives/aux couleurs pastels
    • pipeule (people)
    • astrophoto
    • déco intérieure
    • cinégraphes (vidéo avec un seul objet
    • voyages/découverte
    • reportage
    • street

Usage externe = vous publierez ces informations (voir plus loin). Usage interne = travail de réflexion qui reste personnel.

Le but de la réflexion est de choisir le(s) type(s) de photos que vous proposerez à la vente. Le résultat de ce choix deviendra public (voir plus loin : avoir son propre site).

Remarque : Ne pas oublier que le mot publicité est un dérivé de public. Pour qu’un produit soit vendu/acheté il faut que le public sache qu’il existe, qu’il est à vendre. Il faut lui communiquer l’information (et l’envie de l’acheter) pour qu’il le réclame… Les mots parlent d’eux-mêmes.

Ce dernier point peut vous amener à modifier votre façon de photographier, avec une différence entre les photos qui se vendent (potentiellement) et celles qui ne se vendent pas (vos photos privées).

 

 

Vendre ses photos sur un microsite

Il existe toute une série d’hébergeurs comme  qui permettent de créer des microsites/blogs, où vous pourrez mettre vos photos. Les règles de création de tels hébergeurs sont plus ou moins similaires. Vous devez bien les étudier avant de vous lancer et ensuite les respecter. Le plus souvent elles concernent :

  • la résolution minimum et la taille maximum des photos
  • la qualité (bonne) de vos photos, qui n’entachera pas la réputation du bailleur !
  • L’absence de logos et de marques visibles
  • les exifs comportant un minimum de données
  • le respect des lois sur la protection des personnes (le plus souvent avec autorisation de publication) (voir article sur le droit à l’image)

La vérification par le site (pas tous) des photos que vous proposez est faite par des personnes réelles, pas toujours les mêmes. Vous pouvez toujours représenter des photos précédemment refusées et elles peuvent être acceptées à la deuxième présentation…

Ce sont:

Instagram, lié au départ à l’usage du smartphone, il est devenu l’outil de l’image. Comptes personnels ouverts ou fermés. C’est en outre une structure qui cherche parmi « ses » photographes hébergés des talents, des pousses prometteuses, et qu’elle peut mettre en avant une fois repérées. Toutefois, si vous avez passé la quarantaine (chiffre arrondi à la dizaine supérieure) les probabilités favorables diminuent sérieusement… www.instagram.com

Flickr, site de partage tourné lui-aussi vers la photo. Stockage de 1To gratuit, espace personnel, permet des recherches (sur les tendances, leur popularité, etc…  www.flickr.com

Google +, avec 2 variantes Google Photos pour le stockage, Google + pour le réseau social (~) offre une audience à l’échelle des possibilités de son moteur de recherche.  plus.google.com

Pinterest permet surtout de trouver des photos « intéressantes » au goût de jour, donne la température du mainstream. www.pinterest.com

Et aussi Tumblr, gros site de blogs libre de censure  – www.tumblr.com,  et 500PX qui élargit sa surface sur le net – www.500px.com

Vous pourrez trouver plus d’informations sur ces sites dans le dernier numéro (307  d’octobre) de RP (Réponses Photo)

 

 

Combien peut-on demander pour ses photos ?

C’est variable et cela dépend de 4 critères :

  • Le couple taille/résolution de l’image. Plus les valeurs sont élevées, plus le prix peut être élevé.
  • L’exclusivité. Plus elle est restreinte, plus le tarif peut-être élevé (1 seul site – tirage limité dans le format – avec stricte observance du nombre de tirages vendus et tout le travail que cela signifie).  Mais des tirages de formats différents permettent en toute légalité des ventes plus nombreuses…
  • Le nombre de téléchargements (downloads)
  • Le type d’achat :
    • à l’unité
    • en nombre (seuils à définir)
    • en souscription (forfait).

Il existe des applis Android qui gèrent cet aspect pratique. La définition des tarifs devra tenir compte des prix du marché. Cela signifie qu’il faut être capable de déterminer sa « position qualité » par rapport à l’offre ambiante. Si vous bradez vos photos (par rapport au marché), vous risquez de perdre les ventes parce qu’on se dira, si elles sont aussi bon marché, c’est qu’elles ne valent pas cher !!  Si vous en demandez trop cher, on risque de penser de vous : « mais pour qui se prend -il ?« . Et de ne pas vous acheter de photos, parce que vraiment « pour qui vous prenez-vous ? »

On est déjà loin du stade « clic-clac-je-fais-des-bonnes-photos-je-pourrais-les-vendre« . Mais on est encore dans le petit commerce, qui ne génère pas beaucoup de marge. On peut passer au stade supérieur.

 

 

Avoir son propre site

Bien entendu vous choisirez les modèles les plus intéressants. Pensez à tous les aspects intéressants : tout d’abord à la facilité à créer le site dans la forme qui vous convient, mais ensuite aussi à la facilité pour les utilisateurs (et acheteurs).

Cette réflexion faite, vous n’oublierez pas :

  • votre bio
  • la (les) galerie(s) (par type de photos)*
  • les services offerts (proposés)
  • les contacts (tél. email. adresse)
  • la boutique (avec le mode opératoire le plus clair possible, les tarifs)

* C’est là que vous utiliserez le résultat du point 3 du Positionnement

 

Les tarifs

La question de tarifs, très transparents ou très opaques, se discute. En effet des tarifs très transparents sont dissuasifs pour certains, qui savent facilement où ils vont et du coup n’y vont pas. Mais des tarifs opaques en rebutent d’autres qui ont horreur qu’on les conduise à des frais sans qu’ils aient pu les connaître à l’avance. Ils se potentiellement piégés, victimes d’arnaque. Ils fuient ces situations et souvent le font savoir autour d’eux. La question reste donc ouverte. C’est une question de choix.

 

Une structure importante

Vous aurez évidemment à prévoir la structure pratique en aval :

  • l’organisation commerciale (enregistrement des commandes – réalisation de ces commandes (par vos propres moyens ou par un laboratoire sous-traitant
  • l’affranchissement et expédition des commandes
  • la sécurité des paiements
  • le SAV (tout arrive)
  • la tenue des registres (même avec l’informatique c’est un boulot), et enfin
  • la comptabilité.

 

Une organisation complexe

C’est toute une organisation, complexe, sinon compliquée, qui demande une rigueur absolue. Cet ensemble de tâches, très éloignées de la photo, peut exiger de devenir une structure commerciale réelle, légale, avec ses avantages… et ses contraintes.
Pour que tout cela fonctionne, il ne faut pas oublier les points suivants :

  • créer une carte de votre site (sitemap). Vous pouvez utiliser l’outil Google Search Console pour cela.
  • Organisez la classification et les catégories de vos photos. Pour qu’on vous trouve, utilisez le positionnement SOE. –
  • Mettez une localisation dans la « Qui suis-je » qui aidera à vous trouver. Le mot photographe seul est trop général et donc peu efficace.
  • Prêtez attention à l’unité visuelle de votre site. Ainsi qu’à son apparence esthétique qui fera partie de votre « marque ».
  • Inspirez confiance en proposant des moyens de paiement sécurisés.
  • Enfin (last but not the least), choyer vos clients en étant attentif, conciliant, courtois (plutôt très que moyennement). Ayez présent à l’esprit que n’importe qui est capable de faire un commentaire désobligeant sur la toile. Tous les lecteurs n’étant pas capables de discerner dans le commentaire la part de responsabilité du client, son effet négatif fonctionne, même injustifié. Un commentaire incendiaire sur cinq égales dans la tête de beaucoup d’internautes à 25 % d’avis négatifs.

 

 

Construire sa communauté

Pour cela 4 points sont à observer :

  • se servir des SOE (Search Engine Optimisation) Ce sont des règles d’encodage à respecter pour que votre site de photos se retrouve en bonne position dans les recherches.
  • se servir des SERP (Search Engine Results Page) : outil Google, microsites, Instagram, Flickr, Tumblr… Dans l’outil Google, par exemple, il faut documenter :
    • la page URL avec des mots clés,
    • tags titres,
    • métadescription,
    • contenu, image.

Tous les SERP demandent à peu près les mêmes informations sous des formes assez proches.

 

 

Conclusion

De façon générale, votre démarche doit s’appuyer sur un projet cohérent, conçu comme un tout, auquel vous donnerez un titre attractif, ou sur des travaux cohérents, présentant une unité de style, sujet par sujet, une unité de qualité, de haute qualité. Sur ce dernier point, vous devez être d’une exigence extrême. Vous pouvez demander des avis extérieurs, dont vous savez qu’ils ne seront pas complaisants.

Vous n’aurez pas manqué de constater que le fond cet article, sous couvert d’approche anglo-saxonne, est très orienté vers la vente, donc vers ce qui se vend. Il ne s’agit pas de pousser qui ce soit à faire cette démarche, ou de l’en dissuader. Il est seulement question de lucidité. Ce qui se vend n’est pas forcément le fruit d’une création originale, audacieuse, libre. Souvent c’est même le contraire. Notre époque voit cette tendance se renforcer. Les fantastiques possibilités de communication dans lesquelles nous baignons désormais, comme dans un liquide sémiotique global, aggravent le phénomène. Ce qui se vend bien est souvent à l’opposé de la création originale, audacieuse et libre, mais c’est mainstream. C’est un fait, il faut faire avec.

Enfin, pour conclure, la différence entre celui qui vend ses photos et celui qui ne les vend pas se trouve souvent, non pas dans leurs photos elles-mêmes, mais dans la volonté forte, chevillée au corps pour l’un, de parvenir à ses fins. L’autre étant, un amateur au sens britannique, très noble et positif, du terme. Cette différence est souvent le produit d’un choix (ou d’un non-choix, ce qui est la même chose) qu’inconsciemment nous faisons. Et ce qui est le propre des « choix » inconscients, c’est que nous ne savons ni comment ni quand ils se font, se sont faits, ou se feront. Mais souvent le hasard joue dans ces choix un rôle plus important qu’on ne l’imagine.