Visée optique ou visée électronique ? Il y a quelque temps, lors d’une chronique ailleurs, je me suis interrogé sur la fin imminente de la visée optique que certains annoncent. Mais en est-on réellement au stade de ce remplacement ? Et où se situe Pentax par rapport à cette évolution qui semble inéluctable ?

 

 

 

Le règne de la visée optique

À l’heure actuelle, on ne sait pas faire mieux ! Si vous n’êtes pas convaincu, mettez un œil derrière la visée optique du K-1 et regardez. Lumière, transparence et toutes les informations utiles sont au rendez-vous. Et cela dure depuis des dizaines d’années, avec de nombreux systèmes différents, comme le télémétrique prôné par Leica ou le pentaprisme, mis en avant par Pentax et repris par de nombreux fabricants de reflex.

 

 

Le pentaprisme justement

Tout l’intérêt de la visée reflex est de permettre de « voir » précisément l’image telle qu’elle arrivera sur le capteur.

Pentaprisme et visée optique

La visée est simple puisqu’elle s’effectue à travers l’objectif. Un miroir placé à 45° va alors renvoyer l’image vers un bloc spécifique, lequel va permettre de redresser la vue dans le « bon sens » pour que le photographe voie exactement le cadre photographique au travers du viseur. Évidemment, la qualité finale sera dépendante des choix du fabricant pour la fabrication de ce bloc spécifique. Quand il est fabriqué avec des miroirs, il se nommera pentamiroir. Quand il est fabriqué en verre, il se nommera pentaprisme. De manière générale, les pentaprismes proposent une qualité supérieure aux pentamiroirs. Au prix d’un coût de fabrication plus important et d’un poids supplémentaire.

Plus on s’élève dans les gammes, meilleur est souvent le viseur. L’augmentation de prix de vente permet en effet de proposer des pentaprismes plus lumineux, un grossissement plus important ou encore une couverture optique plus importante. Il convient aussi de garder à l’esprit qu’un pentaprisme sera plus volumineux et lourd pour des reflex plein format que pour des APS-C.

 

 

Le grossissement visuel

Il s’agit là d’un point important, parfois difficile à appréhender pour l’utilisateur. Le grossissement est le rapport qu’il y a entre la dimension de l’image vue à travers l’instrument et celle obtenue à l’œil nu. Quand ce grossissement est de 1, cela veut dire que l’objet est vu au travers du viseur à sa taille réelle. Quand cette valeur du grossissement diminue, l’objet vu sera alors plus petit que dans la réalité.

Ce qui peut occasionner une gêne à de nombreux photographes. S’ils conservent les deux yeux ouverts au moment de la prise de vue, l’œil qui regardera au travers du viseur verra la scène plus petite que l’œil qui regardera la scène « réelle ». La superposition des 2 images par le cerveau peut provoquer des troubles de la vue, voire des migraines. Il s’agit là d’une des explications du « pourquoi on ferme un œil quand on prend une photo ». Rares sont ceux capables de vraiment conserver les deux yeux ouverts !

Ce grossissement visuel est réalisé par une loupe, située entre le pentaprisme (ou pentamiroir) et l’œilleton de visée. Plus le grossissement sera important, plus grande et lourde sera cette loupe.

Il convient de ne pas confondre le grossissement visuel du viseur et le facteur d’agrandissement des optiques selon le type de capteur. Pour ce dernier cas, c’est le comportement visuel de l’optique qui est modifié. Par exemple, un 100mm sur un FF aura une couverture visuelle de 100mm. Monté sur un APS-C, il aura un champ visuel comparable à celui d’un 150mm sur un FF. Par simplification, on dira souvent que la focale d’un objectif est multipliée par 1,5 environ quand il est sur un APS-C. Le facteur est variable selon les marques. Ces deux notions sont différentes et il convient de ne pas les mélanger.

Le grossissement fait donc partie des éléments constitutifs du confort visuel. Plus il sera important, mieux il permettra de voir, de distinguer les détails pour la composition. Mais il ne fait pas tout. Un troisième et dernier facteur est déterminant.

 

 

La couverture optique

Rares encore sont les reflex à disposer d’une couverture de presque 100%. Elle est souvent l’apanage des boîtiers hauts de gamme, car le pentaprisme doit être plus grand et donc revient plus cher à fabriquer. Dans la pratique, cela signifie que l’image vue dans le viseur ne représente pas la totalité de ce que votre capteur va réellement enregistrer.

Couverture visuelle : x0,95 (en vert) - x0,90 (en rouge)

Couverture visuelle : x0,95 (en vert) – x0,90 (en rouge)

 

Certains photographes pensent qu’il s’agit d’une bonne chose qu’un utilisateur voit moins que ce qui va être réellement pris en photo. La raison invoquée est que le cliché obtenu aura plus de matière autour. En cas de mauvais cadrage initial, la photo aura des chances d’être moins ratée ! Pour eux, la couverture est un « détail » auquel on accorde une importance nettement exagérée… Puisque l’on va nécessairement recadrer en post-traitement et dont qu’il vaut mieux avoir une marge supplémentaire. Laquelle servira à redresser une image penchée, etc.

D’autres pensent au contraire qu’un champ visuel moins important encourage l’absence de réflexion en matière de prise de vue. Peu importe si le cadrage est mauvais ! De toute façon, le reflex prendra plus que ce qui a été vu. Ce qui est sûr, c’est qu’une couverture de 100% ou presque nécessite une plus grande attention, une plus grande réflexion à ce que l’on va faire. Car le filet de sécurité n’existera pas.

 

 

Pentax

Pendant quelque temps, Pentax a utilisé aussi bien le pentamiroir pour ses reflex d’entrée de gamme que le pentaprisme pour les autres gammes. Il en est désormais autrement. Le premier a complètement été abandonné, afin de privilégier la photographie et le photographe. Tous les reflex Pentax sont équipés de pentaprisme, ce qui n’est pas toujours le cas chez la concurrence. Si la couverture visuelle est quasiment de l’ordre de 100% (cela oscille entre 99 et 99,99% selon les modèles), les principales différences porteront sur la luminosité et la correction dioptrique.

À ce jeu-là, c’est le K-1 qui remporte la première place. Sa luminosité est très importante, une des meilleures de ce qui est proposé sur le marché, toutes marques confondues. Quant à la correction dioptrique, elle va de -3,5 à +1,2. Ce qui est une amplitude très importante !

Quant à la couverture optique, le débat a été tranché, Pentax préférant offrir le maximum de vision possible au photographe. L’approche photographique de la prise de vue est donc conservée. A charge au photographe de composer soigneusement sa photo. Sans laisser à des choix techniques le soin de compenser son manque de rigueur.

 

 

 

Les EVF ou la visée électronique

C’est avec la gamme des bridges que la visée électronique opère sa percée auprès du grand public photographe. Elle existe depuis longtemps dans le monde des caméscopes, mais n’avait pas pu encore s’implanter dans le monde voisin. Le Minolta Dimage 7i fut un de ceux qui ont contribué à cette percée.

 

Minolta Dimage 7i et son viseur électronique

Ce bridge, sortie en 2002, avait des caractéristiques impressionnantes pour l’époque. Un capteur de 5mpx avec un zoom 28-200, une sensibilité allant de 100 à 800 ISO et la possibilité d’utiliser une carte compact flash de type disque dur. Sans compter le viseur numérique de type petit écran LCD, orientable verticalement. En 2002, c’était une révolution haut de gamme… au prix d’un K-3II aujourd’hui ! 2 ans plus tard, l’EOS 300D était proposé au tarif de 1300€.

L’Electronic ViewFinder, ou EVF, n’est ni plus ni moins qu’un petit écran LCD sur lequel l’image est affichée. À l’instar de ce qui se passe sur les caméscopes, en plus amélioré. Le principe est simple. Le miroir qui renvoyait l’image réelle vers un viseur optique est supprimé. C’est désormais le capteur qui « filme » directement et qui renvoie l’image vidéo vers l’écran LCD. L’idée est de gagner en espace, en supprimant la cage reflex.

Cela induit par contre une nouvelle gamme optique, le tirage n’étant plus le même.

 

 

Du liveview à l’EVF

Pour produire des compacts de plus en plus compact, l’industrie a décidé de supprimer les viseurs optiques en vogue dans la période 2005-2010. Comme ce Canon Powershot A590IS.

Canon Powershot A590IS

 

Très rapidement, le liveview est imposé dans cette gamme de boîtiers. L’image est désormais visible sur un écran situé au dos. Peu importe s’il y a un manque de visibilité en plein soleil ou si l’écran se montre incapable de restituer correctement une scène ! Le système va très vite s’imposer, reléguant la visée optique sur ce segment aux oubliettes.

C’est donc très naturellement que les fabricants d’électronique lancés dans la production d’appareils photo ont voulu étendre le concept aux boîtiers reflex. Sony en fut sans doute le leader, proposant tout d’abord un miroir semi-translucide (permettant à la fois une visée optique et un liveview), avant de basculer vers le mirrorless total et sa gamme optique (la monture type E) associée.

 

 

Des problèmes récurrents

Soyons-en persuadés, un jour les fabricants parviendront à concevoir un viseur électronique d’une qualité exceptionnelle comparable à celui du K-1, tout en ne consommant que très peu d’électricité. Mais malgré les indéniables progrès réalisés, les EVF ne sont pas encore totalement à la hauteur de la visée optique. Il existe de nombreux domaines où il pêche encore :

  • Difficultés à saisir les contre-jours ;
  • Difficultés à saisir les subtilités du sujet (lumière et couleur principalement) ;
  • Une dynamique parfois difficile à restituer ;
  • Une réactivité parfois… légère. Le temps de latence peut sembler parfois intolérable. Néanmoins, sur ce point précis, les avancées ont été considérables, y compris sur les fourmillements en basse lumière ;
  • Une interruption de la visée au moment opportun ;
  • L’image vue au travers d’un EVF reste un aperçu électronique, parfois éloignée de la réalité ;
  • Une autonomie en forte baisse. Car être limité à 300 photos avec une batterie, c’est pénible. Un shooting studio ou une sortie photo, cela peut-être le double ou plus !

 

 

Des avantages peu convaincants… mais pas pour tous !

Les EVF ont fait des progrès considérables ces derniers temps. Et après une liste des problèmes récurrents, voici une liste des points positifs :

  • Les EVF sont supérieurs au Liveview ;
  • Une réactivité qui s’est réellement améliorée, avec un scintillement en forte baisse ;
  • La visée est de 100%, ce qui pour les reflex proposant moins, est une réelle avancée ;
  • Un viseur EVF est plus lumineux qu’un viseur optique, surtout dans le noir. On pourrait même dire qu’il est trop lumineux, ne reflétant pas la réalité, ce qui peut poser problème ;
  • La vue d’un EVF est celle qui sera enregistrée par l’appareil, car l’EVF tient compte des différents réglages d’exposition (luminosité, profondeur de champ, hautes et basses lumières) ;
  • L’EVF propose dans le viseur des informations complémentaires à l’œil. Comme le contrôle de l’exposition, le focus peaking, le télémètre électronique ou l’échelle des distances. Sauf que les derniers Pentax intègrent déjà un système permettant de savoir si la photo va être sur ou sous-exposée, dans le viseur optique. Il a aussi un système d’aide pour la mise au point manuelle très efficace. Le viseur du K-1 offre d’ailleurs tout un ensemble d’informations très utiles et souvent suffisantes !

 

Mais, il semble que ceux qui fabriquent les EVF investissent moins que ce qui est nécessaire pour de vraies améliorations. Le viseur « universel » est signé Epson et il est intégré dans la majorité des mirrorless du marché. Comme il phagocyte l’essentiel du marché, la concurrence est presque inexistante et Epson semble se reposer sur ses lauriers monopolistiques. Au point qu’on peut s’interroger sur l’investissement consacré à l’amélioration du système.

 

 

Le risque de l’EVF

Au-delà de toutes les suppositions d’investissement technologique, il convient malgré tout de poser une question sur ce que pourrait proposer ce système à l’avenir. Et en profiter pour tirer une sonnette d’alarme.

Au rythme où la technologie avance, il est fort probable que l’EVF pourra proposer une visualisation des transformations de la vue avant la prise de vue réelle. C’est-à-dire que le système nous proposera une photo « déformée », « corrigée » de la réalité, avant même le déclenchement. On peut imaginer que le système informatique embarqué transformera la vision en temps réel, proposant des vues enrichies au photographe. Dès lors celui-ci ne verra plus qu’une scène modifiée au travers du prisme de l’EVF, que l’appareil proposera. Les retouches, faites jusqu’ici après la prise de vue, s’effectueront avant même celle-ci.

Certains s’en gargarisaient déjà dans les allées du salon de la photo parisien en novembre dernier. Pour eux, c’était la nouvelle évolution inexorable, où le photographe ne verra plus la réalité, mais une vision « photoshopée » de cette dernière.

Espérons qu’on n’arrivera pas à cette évolution, où l’appareil imposera ce que l’on devra voir, avec les couleurs qu’il aura décidées, les éléments qu’il aura supprimés de lui-même.

 

 

 

Comment Pentax peut s’inscrire dans le mouvement ?

Le progrès est en marche. Un jour, une société arrivera à produire un EVF qui en vaille la peine. Un EVF qui sera bon photographiquement parlant, qui donnera l’envie d’y coller son œil. Il est donc plus que probable que l’avenir nous apporte le triomphe des EVF.

Et Pentax ? Difficile pour la firme qui a popularisé la visée optique au travers de l’exploitation de ses brevets, d’en finir brutalement avec. Néanmoins, on peut penser que la firme regarde avec attention cette technologie. Et qu’elle y succombe le jour où un EVF de qualité photographique existera. De plus, certains signes comme l’obturateur électronique présent depuis les K-S1 et K-3, laisse penser que Pentax envisage des solutions pour du mirrorless. Peut-être aussi que, fort des brevets et de l’intelligence Ricoh + Pentax, les ingénieurs soient tentés par une nouvelle approche, alliant mirrorless et pentaprisme et que ce qui ne semble pas possible aujourd’hui le soit prochainement.

Si Ricoh-Imaging a très certainement dans ses cartons un projet mirrorless, on peut aussi penser que Pentax tente dans un premier temps de réduire la taille des boîtiers, sans sacrifier la cage et la visée reflex. Jusqu’ici, Pentax ne semble pas vouloir abandonner la monture K apparue en 1975 et surtout l’héritage optique existant. Pour preuve, le lancement du K-1 et les arguments commerciaux mis en œuvre.

Si Pentax décide de continuer avec la monture K et le tirage existant, il ne reste qu’une autre voie possible, la miniaturisation de l’électronique. Or, si on ouvre un boîtier reflex, on se rend compte que l’espace n’est pas si optimisé que cela. L’électronique peut être encore réduite, sans doute en ayant recours à plus de SOC (puce spécialisée regroupant plusieurs fonctions).

Il ne serait pas surprenant que, dans un avenir proche, les boîtiers numériques de la marque se rapprochent d’un boîtier du type K-1000, tout en conservant la visée optique. Certes, cela imposera un changement du type de batterie, mais au prix d’un gain appréciable en compacité et poids.

Mirrorless, miniaturisation ou les deux, dans tous les cas, ce serait une vraie évolution !