Que serait la photographie s’il n’existait pas d’objectifs photo ? Et, en 2018, peut-on toujours se passer des objectifs à focale variable, appelés aussi « zooms » ? Certains l’affirment avec conviction. Et pourquoi pas, après tout, ne photographier qu’avec des objectifs à focale fixe ? Les bénéfices en termes de qualité d’image peuvent être très importants. Pour autant, utiliser des zooms procure aussi un certain nombre d’avantages non négligeables. De l’argentique au numérique, voit-on de grandes différences entre les zooms ? Et quelles sont les conséquences en termes d’image sur des capteurs de formats bien différents ? Essayer de répondre à ces interrogations est la raison d’être de ce dossier.

 

 

Au temps de l’argentique…

Eh oui, on y revient encore et toujours. Parce que cette époque est tout de même celle qui a marqué toute une époque de la photographie. Des images au collodion dont l’anglais William Hyde Wollaston et le français Gustave Le Gray se sont partagé la paternité au tout début des années 1850 aux dernières images sur capteur numérique, il existe un point commun : il a fallu des appareils photographiques munis de dispositifs optiques appelés des objectifs.

Les premiers avaient bien sûr une longueur focale fixe.

 

 

Les objectifs à focale fixe

Relativement faciles à concevoir et à fabriquer – du moins dans une certaine mesure et pour certaines longueurs focales – ils restent bien souvent les préférés des photographes professionnels et restent incontournables pour certains travaux ou domaines photo. Le grand public, en revanche, leur préfère les objectifs à focale variable, les zooms. Pourquoi ?

 

 

Les objectifs zooms

Plus difficiles à concevoir et à produire, avec des formules optiques parfois complexes, ils offrent, malgré leur moindre qualité, une souplesse d’emploi très appréciée. On oublie souvent le fait que la qualité d’image se situe souvent un cran en dessous de celle des bonnes focales fixes correspondantes. Pour le grand public, ce n’est pas significatif. On le note avec encore plus d’acuité aujourd’hui avec les images « jetables » produites par certains appareils de bas de gamme ou non conçus, dès l’origine, pour faire exclusivement des photos.

Oui oui, on parle bien là de quelques « smartphones » de gamme inférieure qui ne sont pas à la hauteur des outils spécialisés dans le domaine photo. On peut cependant concéder que certains de ces appareils, mais de haut de gamme, tous dotés d’un zoom numérique (et non optique), parviennent aujourd’hui à fournir des images très regardables.

 

Un zoom récent, le D FA 15-30mm f/2.8 :

Zoom UGA D-FA 2,8/15-30mm

D-FA 2,8/15-30mm

 

Un peu d’histoire

Dans tout domaine, ou presque, « l’état de la science » aujourd’hui n’est que la résultante des inventions successives au cours des décennies et des siècles passés.

L’Encyclopedia Universalis nous apprend que c’est le même William Wollaston qui a inventé le ménisque, précurseur des lentilles utilisées en optique. Mais l’invention a été développée et améliorée par d’autres, notamment, en France, Vincent Chevalier et surtout son fils Charles, dans les années 1840. De développement en développement, l’objectif a été amélioré, les progrès de l’optique et une meilleure connaissance de ses lois n’y étant bien entendu pas étrangers.

Et c’est en progressant que les objectifs fixes ont peu à peu connu une évolution vers la focale variable. Tout d’abord destinés au cinéma, les zooms se sont développés pour la photographie à partir des années 1950.

Paradoxalement, l’évolution est plus rapide dans le domaine des objectifs de cinéma que dans celui des objectifs pour la photo.

 

 

En France aussi…

On ne le sait pas toujours, mais la France n’est pas restée étrangère à cette progression. En la personne, notamment de Pierre Angénieux qui, avec ses méthodes (similaires d’ailleurs à celles de Carl Zeiss et Ernst Abbe) crée en 1956 un zoom à la mise au point rigoureuse et constante. C’est le déplacement particulier des lentilles dans le fût qui le permet grâce à une « compensation mécanique ». Ainsi peuvent exister des zooms de grande amplitude et de haute définition. L’amplitude, d’abord limité à un facteur x4 en 1956 (un zoom 17-68mm f/2) atteint un facteur 20 en 1964. Plus tard (1968), Angénieux inventera un zoom à diaphragme automatique.

 

 

Les différents types de zooms

Les zooms peuvent être classés de plusieurs manières : soit par leur technologie de construction (une ou 2 bagues), soit par leur amplitude de focale.

 

La technologie de fabrication

Les zooms à deux bagues

Aujourd’hui, on ne trouve plus sur le marché du neuf que des zooms à 2 bagues (minimum).

Une de ces bagues est consacrée au changement de focale (« zooming »), la seconde à la mise au point manuelle, ce qui ne fait pas obstacle à l’utilisation de l’autofocus.

Parfois, bien sûr, mais de plus en plus rarement, existe une 3ème bague permettant de changer l’ouverture du diaphragme. Quand elle est absente, cela veut seulement dire que le changement d’ouverture est commandé à partir du boîtier.

 

 

Les zooms mono-bague

Mais, il y a maintenant plusieurs années, existaient des zooms dit « à pompe » où une seule bague permettait à la fois de changer de focale et de mettre au point. Pour ce faire, le changement de focale s’opérait par un déplacement manuel de cette bague d’avant en arrière et vice versa, la mise au point par un mouvement de rotation traditionnel.

Mais il semble que les avantages évoqués (1 seule bague = processus plus rapide) ont été battus en brèche par d’autres progrès. Le premier d’entre eux est très certainement l’autofocus, de plus en plus perfectionné et donc plus efficace et, sans nul doute, plus rapide qu’une manœuvre manuelle. Et aussi, bien sûr, la possibilité de commander le diaphragme depuis le boîtier ; ainsi, une seule main pour une seule manœuvre permet la seule opération manuelle : le changement de focale.

Et on s’est également aperçu que ces zooms « à pompe » pouvaient aussi avoir la fâcheuse conséquence d’aspirer la poussière. Ce qui était un inconvénient, mais relativement peu important, du temps des pellicules, devenait majeur pour des capteurs numériques.

 

Mon « vieux » Chinon CE-4s avec le zoom Pentax f/2.8-3.5 35-70mm mono-bague (« à pompe »)

L’amplitude de focale

Comme c’est le cas pour les focales fixes, les zooms ont aussi leurs domaines privilégiés d’utilisation.

Pour prendre un exemple chez Pentax, il ne viendrait à l’idée de personne – ou de peu de monde – d’utiliser un D FA 150-450mm pour faire de la photo de paysage. C’est la même chose pour un zoom fish-eye DA 10-17mm qui ne sera jamais utilisé pour faire de la photo animalière. Cela tombe sous le sens, sauf cas très exceptionnel, bien entendu !

Ceci étant précisé, que trouve-t-on actuellement chez Pentax ?

Précisions tout de suite que, même si la gamme Pentax est plus réduite que chez ses concurrents, ceux-ci ont aussi globalement les mêmes catégories de zooms. Il appartient aux « aficionados » de chaque marque d’aller le vérifier pour ce qui les concerne.

La situation est résumée dans le tableau ci-après :

TypeFormat APS-CPlein Format (*)
Fish-EyeDA 10-17mm fish-eye f/3,5-4,5 ED (IF)-
Grand angleDA 12-24mm f/4


HD PENTAX-DA 20-40mm f/2,8-4 ED Limited DC WR
HD PENTAX-D FA 15-30mm f/2,8 ED SDM WR
Standard et Trans-standardDA* 16-50mm f/2,8 ED AL [IF] SDM


HD PENTAX-DA 16-85mm f/3,5-5,6 ED DC WR


DA 17-70mm f/4 AL (IF) SDM


HD PENTAX-DA 18-50mm f/4-5,6 DC WR RE


DA 18-55mm f/3,5-5,6 AL WR


smc DA 18-135mm f/3,5-5,6 ED AL [IF] DC WR


DA* 50-135mm f/2,8 ED [IF] SDM
HD PENTAX-D FA 24-70mm f/2,8 ED SDM WR



HD PENTAX-D FA 28-105mm f/3,5-5,6 ED DC WR
Zooms à grande amplitude
(égale ou supérieure à 4x) et ne figurant dans aucune autre catégorie
smc DA18-270mm F3.5-6.3 SDM


HD PENTAX-DA 55-300mm F4-5.8ED WR


HD DA 55-300mm f/4,5-6,3 ED PLM WR RE


DA* 60-250mm f/4 ED [IF] SDM
-
Zooms-télé-HD PENTAX-D FA* 70-200mm f/2,8 ED DC AW


HD PENTAX-D FA 150-450mm f/4,5-5,6 ED DC AW

 

(*) TOUS les objectifs FF sont utilisables en APS-C, mais il faut noter une variation de l’angle de champ photographié (coefficient x1,5 environ)

 

Ce tableau présente TOUS les zooms actuellement commercialisés par Pentax pour les reflex de type APS-C et FF. On pourrait bien sûr y adjoindre ceux qui sont dédiés au moyen format (645D et 645Z) dont l’utilisation est beaucoup moins répandue, du moins dans le monde amateur.

Ils sont au nombre de 6 :

  • 1. HD PENTAX-DA 645  28-45mm f/4.5 ED AW SR (équivalent 22,4-36 mm)
  • 2. smc FA 645  33-55mm f/4,5 (équivalent 26.4-44mm)
  • 3. smc FA 645  45-85mm f/4,5 (équivalent 36-68mm)
  • 4. smc FA 645  55-110mm f/5,6 (équivalent 44-88mm)
  • 5. smc FA 645  80-160mm f/4,5 (équivalent 64-128mm)
  • 6. smc 645 FA  150-300mm f/5,6 (équivalent 120-240mm)

 

On indique ici l’équivalent 24×36 uniquement pour information. Mais il faut savoir, par exemple, qu’en moyen format, 50 mm n’est pas la focale standard, contrairement au format 24×36. Ces zooms ne peuvent donc pas être classés dans les catégories indiquées dans le tableau.

 

 

La révolution APS-C

Ce même tableau fait apparaître le nombre supérieur de zooms pour le format APS-C. Et cela s’explique, bien entendu.

On sait que Pentax, au tout début des années 2000, a voulu produire un reflex numérique plein format. Le projet, qui comportait notamment la fourniture d’un capteur par Philips n’a jamais vu le jour en raison des performances de ce capteur. Du reste, Contax, qui avait lui aussi un projet similaire avec le même capteur, n’a jamais rencontré le succès, ce qui a provoqué sa chute.

A cette époque, les objectifs de Pentax, et donc les zooms, datant de l’époque argentique, évidemment, étaient tous destinés au format 24×36. L’échec du projet FF a donc conduit la firme à se lancer dans la production de boîtiers APS-C, moins coûteux, comme les autres constructeurs. Mais il n’existait pour ce format aucun objectif dédié. Il a donc fallu reconstituer une gamme aussi complète que possible. Et ceci, bien que les objectifs destinés au format 24×36 puissent se monter sur boîtier APS-C (la baïonnette est bien sûr identique). En revanche, un capteur plus petit signifie un angle de champ cadré plus étroit. La conséquence inéluctable était que la gamme APS-C ne comptait plus d’objectif grand-angle, notamment dans les zooms.

 

 

Nouvelle gamme

L’application du coefficient de conversion (entre 1,50 et 1,53 environ chez Pentax, Nikon et Sony) faisait, par exemple, que l’excellent zoom FA 20-35mm f/4 cadrait, sur un boîtier à capteur APS-C comme l’aurait fait un 31-52,5, ce qui aurait fait passer d’un zoom grand-angle à un zoom standard. Et ce type de problème explique pourquoi Pentax a développé, dans la nouvelle gamme, plus de zooms à courtes focales basses que de zooms à focales plus longues. En utilisation sur le terrain, passer de 20 mm à 31 mm constitue une différence considérable, plus importante que de passer par exemple de 200 mm à 300 mm pour un téléobjectif. Et surtout, cela ne répond pas aux mêmes besoins.

 

Le FA 20-35, un objectif ancien qui ne s'en laisse pas conter.

Le FA 20-35, un objectif ancien qui ne s’en laisse pas conter.

 

Le format 4/3 et micro 4/3 et les zooms

PentaxKlub vous a maintes fois parlé des différents formats de capteurs, et notamment dans cet article.

Pentax n’a pas investi dans ce domaine des capteurs 4/3 et micro 4/3. Faut-il le regretter ? Peut-être. Mais les autres « grands » (Canon et Nikon) ont suivi une voie identique. Et s’ils ont décidé d’entrer dans le monde hybride, c’est avec des capteurs de type APS. Par exemple, le capteur d’un Canon EOS M est un CMOS de 22,3 × 14,9 mm, soit un ratio de 3/2.

Le format « micro four third » (micro 4/3) est le domaine des 2 grands constructeurs que sont Panasonic et Olympus, rejoints par Kodak en 2014. Il est ainsi appelé parce que son ratio d’image est de 4/3 (capteur de 18 mm / 13.5mm) alors que celui du format 24×36 est de 3/2 (36 mm / 24 mm). Il est issu du monde du cinéma et de la télévision.

Mais ce qui est très intéressant avec ces deux fabricants, c’est qu’ils ont une baïonnette commune : les objectifs de l’un peuvent se monter sur les boîtiers 4/3 de l’autre. Il est résulte une gamme très large d’objectifs et, parmi eux, de zooms.

Par rapport au format 24×36, le coefficient de conversion est de 2. Un 25 mm dans ce format cadrera comme un 50mm en 24×36. Les zooms souvent présentés en « standard » sont des 14-42mm, soit l’équivalent, en 24×36, d’un 28-84mm.

Sur un micro 4/3, le tirage mécanique est de seulement 20 mm, ce qui autorise le montage, par le biais de bagues adaptatrices, de quasiment n’importe quel objectif : il suffit que la bague adaptatrice existe ! Bien entendu, l’ouverture devra être réglée manuellement et, si la bague ne permet pas de conserver l’autofocus, la mise au point sera aussi manuelle.

 

 

Les appareils hybrides et les zooms

Les hybrides ont été évoqués ci-dessus. Et Pentax a pris sa part dans ce domaine, notamment avec la série Q, en fin de vie, si l’on peut s’exprimer ainsi, et ensuite avec le K-01.

Boitiers Pentax Q (Image Ricoh-Imaging)

Boitiers Pentax Q (Image Ricoh-Imaging)

 

La série Q bénéficiait d’une gamme d’objectifs dédiés, notamment un zoom 5-15mm à peu près équivalent, en termes de champ cadré, à un 28-80mm. Ce qui n’était pas le cas du K-01.

Ce dernier a été grandement décrié. Équipé d’un capteur de format APS-C de 16 Mpxl (le même que celui du K-5), il présentait l’avantage d’être compatible avec toute la gamme des objectifs à monture K, zooms compris. Personnellement j’aimais beaucoup son aspect (son « look » pour les franglicistes) plutôt original, que certains pseudo-esthètes ont qualifié de « post-industriel ». Mais ses détracteurs lui ont surtout reproché son gabarit, nécessairement épais pour pouvoir accueillir les objectifs K, leur monture et leur tirage. Cela allait à l’encontre de la tendance qui exigeait des boîtiers hybrides plus petits et compacts que ceux des reflex. Et c’est aussi ce qui a causé sa perte et son abandon.

 

De cette couleur, le K-01 ne passe pas inaperçu !

De cette couleur, le K-01 ne passe pas inaperçu !

 

Avouons cependant que le boîtier, malgré son encombrement, paraîtrait sans doute bien petit si on lui greffait un DA 560mm ou un D FA 150-450mm. A son débit, il faut dire aussi que la mise au point avec certains zooms était plutôt lente, obligeant même l’appareil à commander des « aller et retour » de l’objectif jusqu’en butée avant de réussir à faire le point.

De fait, il est probable que cet appareil s’accommodait mieux des objectifs à focale fixe que des zooms. Et le grand public préfère les zooms, ce qui peut aussi expliquer, au moins en partie, son échec commercial.

 

Le boitier Pentax K-01 (ici avec zoom 18-55mm)

Le boîtier Pentax K-01 (ici avec zoom 18-55mm)

 

 

Et pour finir…

Quel que soit le type d’appareil numérique utilisé, les zooms constituent le type d’objectif préféré du grand public. Et ceci d’autant plus que, depuis leur apparition sur le marche, ils ont fait des progrès fulgurants en termes de qualité d’image et de facilité d’utilisation. Et, si on les retrouve avec tous les formats de capteurs, la tendance est désormais de les construire en conformité avec le gabarit des boîtiers. Mais Pentax a hélas pris du retard, accentué par la disparition de la gamme Q et du K-01. On peut même supposer que la marque bénéficierait d’une meilleure image dans l’esprit de ses clients si elle avait choisi de rejoindre le consortium µ4/3. Mais on ne refait pas l’histoire.